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Cyberattaque de l’aciérie iranienne : Israël accusé, Gantz ordonne une enquête

Le ministre de la Défense a déclaré que les récentes fuites violaient la "politique volontairement ambiguë" d’Israël

Emanuel Fabian est le correspondant militaire du Times of Israël.

L’usine iranienne de Khuzestan Steel Co. après une défaillance de machinerie lourde et un incendie, à la suite de ce qui semble être une cyberattaque, 27 juin 2022. (Crédit : Capture d’écran Twitter)
L’usine iranienne de Khuzestan Steel Co. après une défaillance de machinerie lourde et un incendie, à la suite de ce qui semble être une cyberattaque, 27 juin 2022. (Crédit : Capture d’écran Twitter)

Le ministre de la Défense Benny Gantz a ordonné jeudi au département de la sécurité de son ministère de mener une enquête sur de récentes fuites dans les médias, dommageables à la « politique d’ambiguïté » d’Israël. Ces derniers jours, la télévision a laissé entendre qu’une unité du renseignement militaire était responsable d’une cyberattaque en Iran.

Les Douzième et Treizième chaînes et le radiodiffuseur public Kan ont indiqué que le chef d’état-major de l’armée israélienne, Aviv Kohavi, s’était récemment rendu au siège de l’unité de renseignement 8200 et avait visionné une vidéo montrant les conséquences de la cyberattaque de lundi, qui a contraint la société d’État iranienne Khuzestan Steel Co. à stopper sa production.

L’impressionnante vidéo, diffusée par ces chaînes, donne à voir le violent incendie qui embrase l’usine et entendre des personnes qui appellent à l’aide.

En se rendant à l’unité 8200, Kohavi a « probablement » félicité ses membres pour « des incidents » attribués à Israël, a déclaré le correspondant militaire de la Douzième chaîne, Nir Dvori.

Dans un tweet publié après la cyberattaque, Or Heller, de la Treizième chaîne, a déclaré « qu’il y avait beaucoup d’yeux rouges » au siège de 8200.

Israël a pour habitude d’entretenir une politique d’ambiguïté concernant ses opérations contre l’Iran.

En légère rupture avec la tradition, l’ex-Premier ministre Naftali Bennett a évoqué à plusieurs reprises, sur fond d’assassinat de plusieurs hauts responsables du régime en Iran, ce qu’il a qualifié de « doctrine de la pieuvre », consistant à frapper l’Iran au cœur, plutôt que ses « tentacules ».

Toutefois, Bennett n’a jamais confirmé un incident en particulier.

Gantz a ordonné au directeur de la sécurité du ministère de la Défense, une unité de contrôle interne connue en hébreu sous le nom de Malmab, d’enquêter sur « les fuites récentes de discussions à huis clos… ainsi que des fuites d’événements opérationnels, d’une manière qui viole la politique d’ambiguïté d’Israël », a déclaré son cabinet dans un communiqué.

L’enquête fait également suite à une information selon laquelle des officiers supérieurs du renseignement auraient été en désaccord avec Kohavi et l’agence d’espionnage du Mossad sur la position à tenir dans l’accord nucléaire iranien. Gantz s’était exprimé sur ce point, affirmant que les discussions relatives à l’accord nucléaire devaient être tenues à huis clos.

Le ministre de la Défense Benny Gantz lors d’une commission des Affaires étrangères et de la Défense à la Knesset, le 20 juin 2022. (Crédit : Noam Moskowitz/Porte-parole de la Knesset)

Trois grands producteurs d’acier auraient été ciblés par la cyberattaque de lundi. Un groupe de pirates anonymes a revendiqué la paternité de l’attaque sur les réseaux sociaux, affirmant avoir agi en représailles à « l’agression de la République islamique ».

Le groupe, qui se fait appeler « Gonjeshke Darande », a publié ce qu’il prétend être des images des caméras de surveillance de l’usine Khuzestan Steel Co., montrant le dysfonctionnement d’une machinerie lourde sur une ligne de production de barres d’acier, à l’origine d’un violent incendie.

Les correspondants militaires israéliens, qui sont régulièrement informés à titre officieux par de hauts responsables israéliens, ont laissé entendre qu’il s’agissait de représailles à une cyberattaque qui avait déclenché des sirènes antiaériennes à Jérusalem et Eilat, la semaine passée.

Bennett a déclaré mardi que quiconque lancerait une cyberattaque contre Israël « en paierait le prix », avertissement à peine voilé contre l’Iran.

Le Premier ministre Naftali Bennett prend la parole à la Semaine annuelle de la cybersécurité à Tel Aviv, le 28 juin 2022. (Crédit : Cyber Week, Université de Tel Aviv)

Israël et l’Iran s’affrontent depuis des années dans le cadre d’une cyberguerre clandestine qui, parfois, remonte à la surface. Les responsables israéliens ont accusé l’Iran d’avoir tenté de pirater le système d’eau d’Israël en 2020.
À son tour, l’Iran a accusé les États-Unis et Israël de cyberattaques qui ont nui aux infrastructures du pays.

L’Iran a ainsi dû déconnecter une grande partie de son infrastructure gouvernementale d’Internet suite au virus informatique Stuxnet – considéré comme une création américano-israélienne – qui a perturbé le fonctionnement de milliers de centrifugeuses [nucléaires] iraniennes, à la fin des années 2000.

Lors d’un incident de grande ampleur l’an dernier, une cyberattaque contre le système de distribution de carburant iranien avait paralysé les stations-service dans tout le pays, créant de longues files d’attente d’automobilistes en colère. Le groupe de pirates anonymes, Gonjeshke Darande, avait revendiqué la responsabilité de cette attaque.

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