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D’anciens chefs de la police demandent la révocation du ministre Ben Gvir

Dans une lettre adressée au Premier ministre, 6 anciens chefs et 42 chefs adjoints de la police avertissent que la police israélienne est sur le point de s'effondrer

Le ministre de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, sur les lieux de la fusillade qui a coûté la vie à cinq personnes à Yafa an-Naseriyye, le 8 juin 2023. (Crédit : Fadi Amon/Flash90)
Le ministre de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, sur les lieux de la fusillade qui a coûté la vie à cinq personnes à Yafa an-Naseriyye, le 8 juin 2023. (Crédit : Fadi Amon/Flash90)

Six anciens chefs de la police et 42 chefs adjoints de la police ont demandé au Premier ministre Benjamin Netanyahu de démettre le député d’extrême-droite et chef du parti Otzma Yehudit, Itamar Ben Gvir, de ses fonctions de ministre de la Sécurité nationale, l’avertissant qu’il représentait « un danger tangible et immédiat pour la sécurité de l’État d’Israël ».

Dans une lettre adressée au Premier ministre, qui dirige la coalition de droite, d’extrême-droite et religieuse dans laquelle Otzma Yehudit est un partenaire clé, six anciens chefs de la police et 42 commissaires adjoints ont mis en garde contre « l’effondrement imminent de la police israélienne » et ont déclaré que le ministre était un « élément central » des problèmes qui affligent les forces de police, selon le site d’information Ynet vendredi.

Les signataires comprennent les anciens chefs de la police Yohanan Danino, qui a servi de 2011 à 2015, Dudi Cohen (2007-2011), Moshe Karadi (2004-2007), Shlomo Aharonishki (2001-2004), Asaf Hefetz (1994-1997), et Rafi Peled (1993-1994).

Dans leur lettre, les signataires demandent une réunion avec Netanyahu, sans la présence du ministre, afin de « présenter des propositions qui renforceraient les forces de police » et de « développer… les facteurs qui ont conduit à cette situation », a rapporté Ynet.

Ben Gvir s’est publiquement disputé, et à plusieurs reprises, avec le chef de la police Kobi Shabtaï, qui occupe ce poste depuis 2020, au cours des six mois qui ont suivi l’entrée en fonction de la nouvelle coalition Netanyahu, qui a confié le ministère en charge de la police à un homme politique d’extrême-droite qui a sévèrement critiqué l’organisation. Depuis son entrée en fonctions, Ben Gvir a cherché à exercer un contrôle plus direct sur les opérations et les forces de police, notamment par une tentative ratée de destitution du chef de la police de Tel Aviv, et à étendre ses pouvoirs, ce qui, selon les critiques, porte atteinte à l’indépendance de la police.

Le ministre a dû faire face à de vives critiques concernant l’augmentation des attaques terroristes et la forte hausse des meurtres dans les communautés arabes d’Israël depuis la fin du mois de décembre, alors qu’il s’était présenté sur un programme visant à assurer la sécurité des citoyens.

Jeudi, le quotidien israélien Haaretz a rapporté que l’extrémiste juif Bentzi Gopstein, à qui la Cour suprême a interdit de se présenter à la Knesset en raison de ses opinions racistes, aurait conseillé Ben Gvir sur des questions de police et aurait été impliqué dans un certain nombre de décisions concernant les échelons supérieurs de la police et les opérations.

Le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, à droite, et le chef de la police Kobi Shabtaï lors de la cérémonie de Yom HaAtsmaout de la police israélienne au siège national de la police israélienne, à Jérusalem, le 20 avril 2023. (Crédit : Oren Ben Hakoon/Flash90)

Ben Gvir a également cherché à embarrasser le chef de la police en divulguant les détails d’une conversation privée concernant la vague de criminalité persistante et meurtrière qui touche les communautés arabes à travers Israël, un phénomène sur lequel Ben Gvir et Shabtaï se sont opposés.

Selon le dernier décompte de l’observatoire anti-violence Abraham Initiatives, 99 membres des communautés arabes d’Israël ont été tués depuis le début de l’année. Le dernier meurtre en date a eu lieu vendredi, lorsqu’une jeune femme de 18 ans a été abattue dans le nord d’Israël.

Ce meurtre est survenu moins de 24 heures après une fusillade meurtrière dans la ville arabe de Yafa an-Naseriyye, dans le nord du pays, qui a fait cinq morts, l’un des pires actes de violence criminelle de ces dernières années.

De nombreux responsables locaux accusent la police qui, selon eux, n’a pas réussi à sévir contre les puissantes organisations criminelles et ignore largement la violence, qui comprend les querelles familiales, les guerres de territoire entre mafias et la violence à l’égard des femmes. Les communautés ont également souffert d’années de négligence de la part des autorités de l’État.

Le chef d’une unité de police chargée de lutter contre la criminalité parmi les Arabes israéliens, le commissaire adjoint Natan Bozna, a démissionné mardi. Ni Bozna ni la police n’ont fourni de raison à ce départ, et la police n’a pas encore annoncé de remplaçant.

L’annonce a été faite un jour après que Ben Gvir a annoncé qu’il nommerait un coordinateur pour aider à lutter contre l’effusion de sang endémique.

La police sur les lieux d’une fusillade qui a coûté la vie à cinq personnes, à Yafa an-Naseriyye, le 8 juin 2023. (Crédit : Fadi Amun/Flash90)

Vendredi, la Douzième chaîne a rapporté que Ben Gvir s’était emporté contre Shabtaï lors d’une conversation le jeudi précédant les tueries de masse, et avait suggéré que le chef de la police n’en faisait pas assez pour lutter contre la vague de criminalité.

Selon des sources anonymes familières avec le contenu de la conversation, citées par la Douzième chaîne, le ministre et le chef de la police ont d’abord parlé des nominations de hauts fonctionnaires de police, mais Ben Gvir n’a pas tardé à exprimer son mécontentement.

« Au lieu de vous concentrer sur la nomination de vos amis, commencez par vous concentrer sur la criminalité », aurait-il dit à Shabtaï, selon les sources.

Ben Gvir a exprimé sa déception quant aux performances de Shabtaï en tant que chef de la police et a vanté les 9 milliards de shekels qu’il a contribué à obtenir dans le dernier budget de l’État pour le ministère de la Sécurité nationale, dont le ministre a déclaré qu’ils seraient consacrés à des augmentations de salaire, au recrutement et à la mise en place controversée d’une garde nationale.

La mise en place d’une telle force a été décriée par les critiques comme pouvant donner à l’homme politique d’extrême-droite une « milice privée » et a été freinée par Netanyahu.

Dans sa conversation avec le chef de la police, rapportée par la Douzième chaîne, le ministre a demandé plus de forces sur le terrain dans les communautés arabes, ce à quoi Shabtaï aurait répondu que de nombreuses ressources ont été consacrées à la sécurisation des manifestations anti-gouvernement depuis janvier et à la lutte contre une vague continue d’attaques terroristes au cours des derniers mois, et qu’il « n’y a pas 9 milliards », d’après le reportage.

Le chef de la police israélien Kobi Shabtaï s’adressant à la commission de Contrôle de l’Etat, à la Knesset, le 6 juin 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La police affirme que le budget supplémentaire dont Ben Gvir s’est vanté ne s’est pas encore concrétisé.

Pour saper un peu plus la police, Ben Gvir a également demandé à impliquer le service de sécurité intérieure du Shin Bet dans la lutte contre la vague de criminalité dans les communautés arabes, ce à quoi Shabtaï s’oppose fermement, même si la police n’a pas les ressources nécessaires pour en faire plus.

En début de semaine, Shabtaï a lui même déclaré à la commission de Contrôle de l’Etat de la Knesset que la police n’était pas préparée à une flambée de violence sur plusieurs fronts dans tout le pays, telles que les émeutes et les affrontements ethniques qui ont accompagné la guerre de Gaza en 2021, soulignant le manque « d’effectifs, de ressources, de moyens et d’équipements » qui, selon lui, empêche la police de « se montrer à la hauteur de la situation ».

Le Shin Bet n’est généralement chargé que de la lutte contre la criminalité à motivation nationaliste et de nombreux dirigeants arabes s’opposent à l’implication de l’agence de sécurité intérieure dans des questions non liées au terrorisme.

De hauts responsables du Shin Bet seraient également farouchement opposés à l’implication de l’agence dans la lutte contre les organisations criminelles, craignant qu’il ne soit même pas légal d’utiliser les outils qu’elle utilise dans la lutte contre le terrorisme palestinien sur des civils et que cela puisse être préjudiciable.

Dans une interview accordée à la Treizième chaîne jeudi soir, Karadi a déclaré à propos de Ben Gvir qu’il n’avait « jamais entendu un ministre dire autant de bêtises en si peu de temps ».

« Il répand des slogans. Faire venir le Shin Bet, c’est du populisme. Le Shin Bet n’est pas un formule magique, ce ne sont pas des forces armées qui entrent dans les villes arabes. Il s’agit d’un service de renseignements, l’un des meilleurs au monde, qui doit produire des renseignements pour contrecarrer les attaques terroristes », a-t-il déclaré.

Karadi a également déclaré qu’il ne voyait pas comment Ben Gvir pourrait même être « inclus dans les discussions du Shin Bet parce qu’il n’a pas d’habilitation de sécurité ».

Ben Gvir, 46 ans, a grandi au sein du mouvement Kach du rabbin extrémiste assassiné Meïr Kahane, qui a été inscrit sur la liste noire tant aux États-Unis qu’en Israël. Il a été arrêté et inculpé des dizaines de fois pour son militantisme d’extrême-droite et a été condamné pour incitation à la violence et soutien à un groupe terroriste pour avoir distribué des autocollants sur lesquels on pouvait lire « Expulsez l’ennemi arabe » et « Kahane avait raison ». Il s’est fait connaître à l’adolescence lorsqu’il avait été filmé en train de se vanter d’avoir arraché l’insigne de la voiture du Premier ministre de l’époque, Yitzhak Rabin, peu avant l’assassinat de ce dernier par un extrémiste juif.

« Le Shin Bet ne révélera pas ce qu’il sait si Ben Gvir est présent dans la pièce », a affirmé Karadi.

L’ancien chef de la police a déclaré que la première prérogative de la police serait « le remplacement du ministre de la Sécurité nationale et la nomination d’un ministre sobre et compétent, qui ne s’embarrasse pas de slogans, mais de travail ».

Selon Karadi, les forces de police ont besoin d’une restructuration majeure et d’une nouvelle évaluation de la situation.

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