Dans la Jérusalem terrestre, les légendes des églises sont une grâce salvatrice
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Dans la Jérusalem terrestre, les légendes des églises sont une grâce salvatrice

Le roi Hérode, les moines médiévaux, les croisés et d'autres jouent leurs rôles dans les histoires colorées derrière les lieux saints de la Vieille Ville

L'église de Saint-Jean-Baptiste a été fondée par l'impératrice byzantine Eudocia au 5ème siècle (Crédit : Shmuel Bar-Am)
L'église de Saint-Jean-Baptiste a été fondée par l'impératrice byzantine Eudocia au 5ème siècle (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Vers l’an 326, deux moines syriens visitèrent Jérusalem. Quand ils se sont réveillés le premier matin dans la ville sainte, ils ont tous deux rapporté que Jean-Baptiste leur était apparu en rêve et leur avait dit où trouver sa tête (selon les Evangiles, Saint Jean-Baptiste a été décapité par le roi Hérode).

Au début, les moines n’ont pas pris leurs rêves au sérieux. Mais quand la même chose s’est produite deux nuits de suite, ils se sont armés de pelles et ont creusé là où on leur avait indiqué de creuser. Et là, au grand étonnement des moines, se trouvait la tête.

La reine byzantine Helena était dans la région à ce moment-là, pour localiser les sites sacrés du christianisme. Quand elle a entendu parler de la découverte des moines, la reine a immédiatement ordonné qu’une chapelle soit érigée sur ce lieu saint. Debout sur ce même site aujourd’hui, se trouve l’église orthodoxe russe de l’Ascension.

Des dizaines d’églises historiques peuvent être trouvées dans et autour de la Vieille Ville de Jérusalem – la ville compte aujourd’hui 14 000 chrétiens. Chacun de ces édifices possède sa propre histoire fascinante.

En ce début de saison estivale, propice à la découverte touristique de ces endroits, nous offrons à nos lecteurs un avant-goût des contes populaires, des légendes inspirantes et des récits historiques passionnants qui se cachent derrière leurs portes en fer et leurs murs de pierre.

À L’INTÉRIEUR DE LA VIEILLE VILLE

LA CATHÉDRALE DE SAINT-JACQUES : une cathédrale orthodoxe arménienne

Située à l’intérieur de la porte de Jaffa

Jacques le Grand, fils de Zébédée, était l’un des douze apôtres de Jésus. Parfois appelé le premier martyr apostolique, Jacques a été décapité par le roi Hérode Agrippa en l’an 44. Sa tête est ensevelie sous le mur nord de la cathédrale Saint-Jacques, une église arménienne qui se trouve sur le site de la décapitation du martyr.

Construite au 12e siècle sur des ruines anciennes, la cathédrale grandiose possède une vaste collection de peintures, de carreaux en céramique et de riches ornements. Eclairé seulement par la lumière qui entre par quelques fenêtres, le dôme, quelques bougies, et des douzaines de lampes à huile suspendues, l’intérieur de l’église est mystique et oriental. L’odeur d’encens imprègne l’air, accentuant l’aura mystérieuse.

Au cours des siècles, les pèlerins qui ont visité l’église ont ressenti le besoin de laisser derrière eux quelque chose de personnel. Leurs cadeaux sont appelés khatchkars et sont des dalles avec un motif en forme de croix distinctif, et sont placés sur les murs de la cour de la cathédrale.

Juste à l’extérieur de l’entrée principale de la cathédrale, il y a deux claquettes. Un édit musulman du 14e siècle interdisait aux églises d’appeler leurs fidèles à la prière avec des cloches. Ces gongs — en réalité une planche en bois et une planche de fer appelée nakus en arabe — ont été substitués aux cloches.

Aujourd’hui, les cloches des églises sonnent quand il est temps de prier. Cependant, en souvenir de ces siècles durant lesquels la sonnerie des cloches fut interdite, un moine arménien émerge de l’intérieur et martèle les nakus.

L’ÉGLISE SAINTE-ANNE : église catholique

Située à l’intérieur de la porte des Lions

Les résidents de Jérusalem ont utilisé un certain nombre de réservoirs d’eau de pluie pendant la période du Second Temple, y compris la double piscine appelée Bethesda.

Les personnes avec divers handicaps se seraient attardées aux piscines de Bethesda, car on croyait que ses eaux avaient des pouvoirs magiques de guérison. En effet, on raconte qu’un ange survolait les piscines une fois toutes les 24 heures et celui ou celle qui se trouvait dans l’eau à ce moment-là serait miraculeusement guéri.

Selon une tradition chrétienne, la Vierge Marie est née dans une grotte près de la piscine où Jésus guérira un jour un invalide. Les croisés croyaient qu’une grotte découverte près des ruines du réservoir était le lieu de naissance de Marie et ont incorporé la grotte dans une église impressionnante nommée d’après la mère de Marie, Anne.

Aujourd’hui, l’église Sainte-Anne appartient au gouvernement français et est dirigée par les Pères Blancs, un ordre de l’église catholique nommé ainsi d’après la couleur de leurs robes.

Ce qui frappe d’abord le visiteur, c’est la simplicité de l’église, à la fois à l’intérieur de l’église qui est sans fioritures et de par les lignes claires et nettes de sa façade. Pourtant, elle donne aussi un sentiment de majesté, peut-être dû à ses plafonds voûtés et ses piliers géants. L’acoustique est incroyable, et quand un chœur chante dans l’église, le ciel semble résonner.

L’ÉGLISE SAINT-MARC : une église syrienne orthodoxe

Située à la frontière entre les quartiers juif et arménien de la Vieille Ville, l’église Saint-Marc est une structure croisée construite sur des ruines byzantines. Elle appartient à l’ancienne communauté orthodoxe syrienne de Jérusalem, l’une des premières sectes chrétiennes. La langue syriaque utilisée par les paroissiens pour la prière ressemble beaucoup à l’araméen de la période du Second Temple.

Le Nouveau Testament raconte que lorsque Pierre a suivi un ange hors de la prison d’Hérode, il s’est enfui à proximité dans « la maison de Marie, mère de Jean, surnommé Marc » [Actes des apôtres, chapitre 12, verset 12]. Selon les syriens orthodoxes, cette maison était située à l’endroit même où se trouve aujourd’hui l’église de Saint-Marc. En fait, on croit que Pierre a frappé à ce qui est maintenant la porte décorative de l’église.

Et, en effet, lors de la restauration de l’église dans les années 1940, une importante inscription araméenne du VIe siècle a été découverte sur le site. Cette inscription indique : « C’est la maison de Marie, mère de Jean, surnommé Marc. L’église a été consacrée par de saints disciples. Elle a été reconstruite après la destruction de Jérusalem par le roi Titus, en l’an 73. »

L’EGLISE DE LA FLAGELLATION : église catholique

Elle se situe le long de la Via Dolorosa de la Vieille Ville — le Chemin de la Souffrance.

À l’époque romaine, les prisonniers condamnés à mort étaient d’abord flagellés avec des fouets de cuir appelés flagelle. La chapelle de la Flagellation, le long du Chemin de la Souffrance, est un rappel particulièrement sombre du tourment que Jésus a enduré.

À l’origine un lieu de culte médiéval qui a probablement été construit par les croisés, la chapelle a été convertie en écurie au 17e siècle et est devenue plus tard une boutique de tisserand. Elle a été sauvée par des membres de l’Ordre franciscain en 1839 et rénovée dans un style médiéval pendant les années 1920.

Des vitraux étranges et réalistes en trois dimensions se trouvent derrière et de chaque côté de l’autel. Dans l’un d’entre eux, Ponce Pilate lave le péché de ses mains. Dans un second vitrail, le voleur Barabbas exprime de la joie suite à sa libération et dans le troisième vitrail, ses geôliers romains placent une couronne d’épines sur la tête de Jésus.

En effet, les épines sont le motif de base de cette chapelle peu décorée mais puissante. Une extraordinaire couronne d’épines en mosaïque entrelacées de fleurs de couleur claire recouvre le dôme intérieur du sanctuaire, tandis qu’une épine abstraite semi-circulaire domine l’entrée.

ÉGLISE DE SAINT JEAN LE BAPTISTE : église grecque orthodoxe

On peut la visiter dans le quartier chrétien de la Vieille Ville.

Tout a commencé avec l’impératrice byzantine Eudocie, l’ex-épouse de Théodose II. Critiquée pour avoir laissé son épouse influencer les décisions d’État, l’empereur a d’abord tenté de l’assassiner, puis a finalement banni Eudocia de façon permanente de Terre Sainte. Ici, elle a joué un rôle dans l’établissement de plusieurs sanctuaires au Ve siècle, y compris l’église de Saint-Jean-Baptiste.

Nichée confortablement derrière une rangée de boutiques dans le marché de la Vieille Ville, l’église de Saint-Jean-Baptiste n’est guère impressionnante. C’est pourquoi l’intérieur richement décoré est une énorme surprise. L’iconostase verte et dorée à l’intérieur est l’une des plus ornées de Jérusalem — et l’œuvre d’art sur les murs et le plafond est absolument magnifique.

L’église contemporaine a été construite au-dessus de la chapelle d’origine entre le huitième et le onzième siècle et a plus tard été rénovée par les Croisés. Les visiteurs descendent sept mètres sous le niveau de la rue pour entrer dans l’église du cinquième siècle, une chambre de pierre voûtée et humide qui sent littéralement l’antiquité. Sur un des murs se trouve une petite icône de la reine Eudocia, qui aurait sombré dans le sommeil éternel à l’âge de 59 ans, en l’an 460.

Des icônes représentant Saint-Jean se trouvent partout dans l’église en forme de croix. L’une des possessions les plus prisées de l’église, située à l’entrée, est une icône de la tête de Saint-Jean, avec une relique bordée d’or et de pierres précieuses qui serait un morceau de son crâne.

JUSTE EN DEHORS DE LA VIEILLE VILLE

BASILIQUE DE L’AGONIE / GETHSÉMANI : église catholique

Située au pied du mont des Oliviers

En l’an 380, le souverain byzantin Théodose Ier a érigé une élégante basilique à Gethsémani — le site où Jésus a agonisé dans le jardin des Oliviers (Évangile de Matthieu, chapitre 26, versets 36 à 46). La basilique de l’Agonie a été détruite par les Perses au VIIe siècle et a été reconstruite par les Croisés, et plus tard démolie par les envahisseurs musulmans.

Elle a été ressuscitée en 1924, quand une nouvelle structure impressionnante a surgi au-dessus des ruines. Conçue par le célèbre architecte Antonio Barluzzi, elle présente une mosaïque dorée phénoménale et une façade imposante qui se combinent pour faire de l’extérieur de l’église un point de repère de Jérusalem.

Également connue sous le nom d’Église de Toutes-les-Nations, la nouvelle basilique a été financée par des dons de plus d’une douzaine de pays. Au-dessus de chacune des trois nefs, il y a quatre dômes exquis. La plupart d’entre elles contiennent des œuvres en mosaïque sur un fond bleu foncé et chacune d’entre elles contient un thème unique lié à son pays d’origine.

Le mot grec « Gethsémani » se traduit par « presse à huile » en hébreu et provient probablement des oliviers du jardin. Quelques-uns des arbres sont si épais et noueux qu’ils pourraient avoir plus de mille ans. Certains chercheurs soutiennent que ce sont les arbres originaux qui ont été témoins de l’agonie de Jésus. Même s’ils ne sont pas si anciens, il y a toujours certainement des ramifications des oliviers qui se trouvaient dans le jardin il y a plus de 2 000 ans.

LA CATHÉDRALE DE ST. GEORGE : église anglicane (épiscopalienne)

Située sur la route de Naplouse, à Jérusalem Est

Bien qu’elle soit l’une des nombreuses églises consacrées à Saint-George, un martyr du deuxième siècle, la cathédrale de Saint-George à Jérusalem est unique. Non seulement le splendide édifice néo-gothique servait de base pour convertir les non-croyants de Jérusalem au christianisme, mais seulement sept ans après sa consécration, il fut le lieu de la signature d’un traité historique entre les Turcs et les Britanniques.

En 1914, alors que la Turquie et l’Angleterre étaient en guerre, des milliers de résidents non turcs ont été expulsés de Terre Sainte. Le gouverneur turc de Jérusalem s’empara de la cathédrale Saint-Georges, ferma l’église et forma une garnison avec ses troupes à l’intérieur de l’enceinte.

Quand les vents ont tourné en 1917, et que les Britanniques ont conquis la Terre Sainte, l’histoire s’est écrite dans les murs de cette même cathédrale. C’est ici que le gouverneur turc a rendu Jérusalem au général britannique Edmund Allenby et que les deux hommes ont signé un accord de paix capital.

L’un des murs de l’église comprend les armoiries royales britanniques qui, jusqu’en 1948, étaient accrochées au siège du haut-commissaire britannique au Government House. Lorsque le mandat britannique a pris fin en 1948, les armoiries ont été déposées ici — dans le dernier bastion de la domination anglaise pendant le mandat britannique sur la Palestine.

Pour plus d’informations sur les heures de visite des églises, visitez le site Web du Christian Information Center.

Cet article est adapté du livre d’Aviva Bar-Am : Beyond the Walls : Churches of Jerusalem.

Shmuel Bar-Am est un photographe et guide touristique agréé qui propose des visites privées personnalisées en Israël pour les particuliers, les familles et les petits groupes. Tous droits réservés.

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