Dans l’avion de retour de Sotchi, Netanyahu fait une sieste… avec la presse
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Dans l’avion de retour de Sotchi, Netanyahu fait une sieste… avec la presse

Épuisé, le Premier ministre est venu dans notre espace pour s'allonger. Mais l'ayant déjà protégé des tirs du Hamas, ses gardes du corps ne l'ont pas laissé s'exposer à nouveau

Shalom Yerushalmi est analyste politique pour Zman Israël, le site en hébreu du Times of Israël sur l'actualité israélienne.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu sur le vol de retour de Sotchi, le 12 septembre 2019. Derrière lui se trouvent Ze'ev Elkin (à gauche) et Meir Ben-Shabbat (à droite). (Shalom Yerushalmi/Times of Israel)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu sur le vol de retour de Sotchi, le 12 septembre 2019. Derrière lui se trouvent Ze'ev Elkin (à gauche) et Meir Ben-Shabbat (à droite). (Shalom Yerushalmi/Times of Israel)

SOTCHI, Russie – Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait l’air épuisé et semblait inhabituellement désinhibé dans son vol de retour de Sotchi jeudi soir, après sa rencontre avec le président russe Vladimir Poutine.

Tellement épuisé et désinhibé, en fait, qu’il s’est aventuré hors de la cabine de première classe et vers l’arrière de l’avion, dans la zone presse, pour tenter de dormir un peu. « Vous avez trois sièges chacun », a-t-il expliqué en ramassant une couverture bleue. « Dans mon siège à l’avant, je ne peux même pas m’étirer les jambes correctement.

« Ne m’ennuyez pas avec vos questions », ajouta-t-il alors qu’il se préparait à faire la sieste.

L’idée, cependant, n’a pas été bien accueillie par ses gardes du corps du Shin Bet. Mardi soir, ils avaient évacué Netanyahu hors du podium d’un rassemblement électoral à Ashdod, au son des sirènes avertissant des roquettes lancées par le Hamas depuis Gaza. Le fait d’être maintenant obligé de protéger le Premier ministre de la foule en délire des journalistes, prêts à poser des questions à tous les coups, c’était trop pour la sécurité, et ils l’ont fait savoir clairement à son attention.

Alors Netanyahu se retourna, apparemment déçu, et regagna son siège exigu à l’avant de l’avion. Il a passé le reste du vol sur son ordinateur portable, branché sur la prise électrique entre les fauteuils.

Netanyahu est allé plusieurs fois en Russie. Et si ce voyage d’une journée n’a eu lieu que cinq jours avant les élections générales, ce n’était pas seulement dans l’intérêt de sa campagne. Les officiers de l’armée qui l’ont escorté ne mentaient pas en soulignant la nécessité d’une coordination constante et maximale entre la Russie et Israël – partout, tout le temps, avec des lignes de communication directes et de nombreux officiers israéliens parlant russe.

Le président russe Vladimir Poutine, (à droite), salue le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant leur rencontre à Sotchi, en Russie, le 12 septembre 2019. (Crédit : Shamil Zhumatov/Pool Photo via AP)

Et vous pouvez croire Netanyahu quand il a dit aux journalistes à bord que la délégation israélienne s’est assise pendant trois heures avec le ministre russe de la Défense Sergei Shoigu et son équipe, concentrés sur des plans d’opérations militaires et des cartes avec les zones de commandement en Syrie. Poutine, ses ministres et leurs assistants solennels ont besoin de cette coordination avec Israël parce qu’ils ont leurs propres intérêts à défendre quand il s’agit de l’Iran – même si, lors de cette visite, ils se sont parfois sentis comme des figurants sur le plateau de la campagne de Netanyahu.

La question, bien sûr, c’est le moment choisi. Il y a toujours quelque chose de louche chez un Premier ministre qui saute dans un avion pour rencontrer le chef d’une superpuissance quelques jours avant le jour du scrutin.

Menachem Begin et sa femme Aliza votent aux élections de 1981. (Moshe Milner/GPO)

Menachem Begin a été inflexible jusqu’au jour de sa mort en affirmant qu’il n’avait pas ordonné l’attaque du réacteur nucléaire irakien précisément à la veille des élections de 1981 à cause de l’enjeu électoral. « Est-ce que j’enverrais nos meilleurs soldats et fils dans une mission si audacieuse, si dangereuse, juste pour gagner une élection ? » a-t-il protesté. Eh bien, peut-être que oui ou peut-être que non – mais de toute façon, Begin a remporté ces élections par une large majorité, malgré l’état de détresse du pays à l’époque.

La rencontre de Netanyahu avec Poutine a eu lieu à Sotchi, un centre de villégiature sur la mer Noire, qui est devenu une attraction touristique israélienne populaire en raison de sa proximité géographique relative et de ses prix attractifs. La plage près de la maison de vacances de Poutine rappelle la côte méditerranéenne d’Israël dans les années 1950. La structure elle-même est en béton blanc, grande et bien entretenue, mais avec l’aspect terne de l’architecture soviétique d’antan.

Poutine passe ses étés ici. Mais mercredi, il s’est envolé pour la République du Daghestan, dirigée par la Russie, pour commémorer sa victoire sur les forces tchétchènes dans la région il y a 20 ans. À l’époque, Poutine avait réprimé les militants tchétchènes radicaux par tous les moyens nécessaires, au grand dam de la communauté internationale.

Plage de Sotchi, le 12 septembre 2019. (Shalom Yerushalmi/Times of Israel)

Jeudi, Poutine est rentré tard et Netanyahu a dû attendre près de trois heures dans un Hyatt voisin. S’agissait-il là d’une manière pour le Kremlin d’exprimer son mécontentement envers Netanyahu ? Avigdor Liberman, le chef d’origine moldave d’Yisrael Beytenu et l’ennemi juré de Netanyahu, affirme qu’“avec les Russes, rien n’est fortuit”. Pourtant, si Liberman était obligé d’attendre trois heures pour une réunion avec Poutine, il soutiendrait probablement que « c’est assez courant en Russie. Compréhensible, même. Pas de problème. »

Forcés de tuer le temps dans le jardin de la résidence de vacances de Poutine, les journalistes russes ont peu fait pour cacher leur irritation. Certains d’entre eux avaient pris le vol de deux heures au départ de Moscou spécialement pour cet événement, même si c’était manifestement plus important pour le Premier ministre israélien que pour leur public local.

Anton Vernitsky, l’analyste politique de la chaîne de télévision russe Channel One, a déclaré qu’il s’attendait à une confrontation entre Poutine et Netanyahu sur la promesse faite mardi par ce dernier de faire appliquer la souveraineté israélienne dans la vallée du Jourdain ; le ministre russe des affaires étrangères Sergey Lavrov, a déjà été critique sur cette question.

Mais il n’y a pas eu de telles querelles publiques. Netanyahu a dit plus tard qu’il avait montré la Russie et Israël sur les cartes, indiquant le vaste territoire de la Russie de Poutine et la petite taille d’Israël, et a vu son hôte avoir un large sourire compréhensif. C’est possible.

Les journalistes israéliens tuaient aussi le temps. Comment ? En feuilletant les albums de fin d’études secondaires des politiciens de haut rang. Saviez-vous, par exemple, que Ayelet Ben-Shaul (Shaked), leader de Yamina et ancienne ministre de la Justice, était ballerine au lycée, et qu’elle sortait avec Niv Raskin, aujourd’hui un grand reporter sportif de télévision ? Ou que le ministre de l’Énergie du Likud, Yuval Steinitz, a brisé le cœur de toutes les filles ? Ou que Yair Lapid a écrit sa propre description dans son album de fin d’année avec un point après chaque mot – « Sexy. Guerrier. » – un peu comme les slogans électoraux de son parti Kakhol lavan ?

Poutine est revenu du Daghestan, enfin, avec un esprit combatif. Cette amère guerre tchétchène avait rappelé des souvenirs – dont certains qu’il avait partagés avec Netanyahu, tout en louant la guerre menée par ce dernier contre le terrorisme. À ses côtés, ses ministres étaient assis le visage impassible ; pour Lavrov, bien sûr, c’est la norme.

L’entourage de Netanyahu comprenait le conseiller à la sécurité nationale, Meir Ben-Shabbat ; le major-général. Amir Abulafia, chef de la direction de la planification de Tsahal, et le général Dor Shalom, chef de la division de la recherche du renseignement militaire. Dans les conversations officieuses, les officiers de l’armée semblaient modérés et tempérés, certainement pas avides de bataille. Heureusement, les uniformes sont parfois ceux qui apprivoisent les costumes.

Et puis il y a eu Zeev Elkin, ministre du Likud, qui accompagne toujours Netanyahu à ces réunions de Poutine, en tant que traducteur.

Le ministre du Likud Zeev Elkin (à gauche) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’une rencontre avec le Président russe Vladimir Poutine, le 12 septembre 2019. (Shamil Zhumatov/Pool Photo via AP)

Elkin est ce que l’on pourrait appeler un polyvalent, expert dans presque tous les domaines et capable de fournir des explications convaincantes sur la plupart des événements, même ceux qui peuvent bouleverser Israël – comme l’actuelle cour du président américain Donald Trump avec le président Hassan Rouhani.

Il vaut donc la peine de tenir compte de l’affirmation d’Elkin selon laquelle Israël devra faire face à un troisième tour des élections au début de 2020. Pourquoi ça ? Il nous a renvoyés au jargon juridique de la Loi fondamentale d’Israël : Le Gouvernement, qui déclare explicitement que si aucun candidat élu n’est en mesure de former un gouvernement dans le délai imparti après les élections, « la Knesset sera alors réputée avoir décidé de se dissoudre ».

Elkin sait quelque chose qu’on ignore ? Et Netanyahu ? Et Poutine ?

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