Dans l’enclave juive de Jérusalem-Est, des Juifs plus contents de Trump que de Netanyahu
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'Même s'il est un goy, nous le qualifions encore de messie'

Dans l’enclave juive de Jérusalem-Est, des Juifs plus contents de Trump que de Netanyahu

Depuis le complexe cloisonné au sein de Ras Al-Amoud, les résidents de Maale Hazeitim saluent une décision "avec une part biblique"

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Le quartier juif de Maale Hazeitim, au coeur du quartier arabe de Ras al-Amoud, sur le mont des Oliviers, au mois de mai 2011 (Crédit : Yossi Zamir/Flash90)
Le quartier juif de Maale Hazeitim, au coeur du quartier arabe de Ras al-Amoud, sur le mont des Oliviers, au mois de mai 2011 (Crédit : Yossi Zamir/Flash90)

En reconnaissant Jérusalem en tant que capitale d’Israël, le président américain Donald Trump a sciemment évité de détailler comment il envisageait l’élargissement des frontières de la ville sainte israélienne. Mais les habitants d’une enclave juive située dans la partie Est de la municipalité ont indiqué jeudi être confiants : Pour eux, le président a gardé leur présence à l’esprit en prenant cette décision.

« Il a été essentiellement vague et je suis tout à fait à l’aise avec ça », s’exclame un habitant de Maale Hazeitim, Mordechai Taub. « Reconnaître les frontières entières de la ville [comme israéliennes] sera un processus à venir, mais qui se fera à un moment ».

Taub est l’un des 500 habitants approximativement qui se sont établis dans ce quartier religieux adjacent au mont des Oliviers en 1997. Situé au sud-est de la Vieille Ville, Maale Hazeitim a été construit le long du quartier arabe de Ras Al-Amoud, et a entraîné les protestations de ceux qui s’opposent à une présence israélienne à Jérusalem-Est.

Les Palestiniens considèrent Jérusalem-Est comme la capitale de leur futur état et s’opposent avec férocité à tout changement qui pourrait être considéré comme légitimant le contrôle israélien sur Jérusalem-Est, capturé lors de la guerre des Six jours de 1967. Israël a annexé Jérusalem-Est et revendique la souveraineté sur tout Jérusalem, que le pays considère comme sa capitale éternelle et indivisible.

Tandis que les sept habitants de Maale Hezeitim qui se sont entretenus avec le Times of Israel jeudi ont applaudi la déclaration de Trump, certains ont toutefois tempéré leurs éloges. « Je le félicite parce qu’il est celui qui a saisi l’opportunité de faire cette annonce mais je ne le remercie pas de l’avoir fait », a insisté Eyal Yechezkel. « C’est Dieu qui a décidé que Jérusalem nous appartenait. Ce n’est pas quelque chose qui a commencé ou qui s’est achevé avec lui ».

En même temps, Yechezkel a également comparé Trump au roi Cyrus de Perse (à l’instar de la ministre de la justice Ayelet Shaked), qui avait permis aux Juifs exilés de revenir en Israël depuis Babylone et la Perse et de reconstruire le Second Temple. « Même s’il est un goy (non-Juif), on l’appelle un messie. C’est ainsi que nous nous référons à ceux qui rejoignent notre lutte et aident à notre rédemption ».

Concernant la décision de Trump de signer une dispense qui reportera la relocalisation de l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem pour six mois supplémentaires, Yechezkel a qualifié cette initiative de « malheureuse » tout en reconnaissant : « Il a d’autres considérations politiques ».

« Ce qui est important, c’est qu’il n’est pas resté en marge. Il a pris une décision qui n’a rien d’autre qu’une part biblique », a expliqué cet habitant de Maale Hazeitim, soulignant particulièrement le mot « biblique ».

Un habitant de Maale Hazeitim entre dans le garage du parking de sa résidence d’appartement à Jérusalem-Est, le 8 décembre 2017 (Crédit : Jacob Magid/Times of Israel)

Josh Wander, qui habite le quartier depuis quatre ans, a déclaré que l’échec de Trump à relocaliser immédiatement l’ambassade est « autant la faute d’Israël que celle de n’importe qui d’autre ».

Wander a affirmé qu’Israël a, de manière erronée, autorisé les pays à placer leurs ambassades à Tel Aviv tout en clamant en même temps que la capitale était Jérusalem. « Trump défend Israël plus que ne le fait le propre gouvernement du pays », a-t-il dit.

Arieh King est allé encore plus loin, stipulant que le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le maire de Jérusalem Nir Barkat veulent voir la division de la ville sainte. « La déclaration de Trump montre que la pression présumée [contre une présence juive à Jérusalem-Est] n’existe pas ».

Arieh King, directeur et fondateur du Fonds foncier israélien, lors d’une réunion de la Commission des Affaires internes à la Knesset le 2 novembre 2014 (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)

King est membre du Conseil municipal de Jérusalem et à la tête du Fonds foncier israélien, une organisation d’extrême-droite engagée dans l’achat de terrains à Jérusalem-Est.

Il a démenti la notion qu’en ne disant pas « capitale indivisible », Trump laissait ouverte la possibilité que certaines parties de la ville puissent devenir la capitale d’un futur état palestinien. « Il n’y a qu’un seul Jérusalem. Il n’y a aucune raison de dire ‘indivisible », a indiqué King. « Les Etats-Unis ne pousseront assurément pas vers une telle issue, mais c’est moins sûr de la part de notre gouvernement ».

Des enfants juifs jouent avant une cérémonie d’inauguration du quartier juif de Maale HaZeitim, au coeur du quartier majoritairement arabe de Ras el Amoud à Jérusalem-Est, le 25 mai 2011 (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Maaleh Hazeitim est l’un des complexes juifs les plus importants établis dans un quartier arabe, et comprend 110 unités de logement. Il est situé dans un corridor géographique important qui offre un accès à la Vieille Ville et au mont du Temple, depuis Ras al-Amoud et Bethléem au sud.

Les terrains sur lesquels se trouve l’enclave juive ont été achetés au gouvernement ottoman par des philanthropes juifs, Nissan Bak et Moshe Wittenburg, au milieu du 19e siècle. Au cours du siècle suivant, ils ont changé d’usage et de propriétaires mais sont restés entre des mains juives jusqu’à la guerre d’Indépendance de 1948, lorsqu’ils ont été conquis par les Jordaniens. Suite à la guerre des Six jours, où Israël a re-capturé les terrains, ils ont été transférés sous le contrôle de l’administration israélienne, qui les a ensuite confiés à la municipalité de Jérusalem. Ils ont été finalement cédés en 1984 à Irving Moskowitz, un milliardaire américain qui a financé le développement des logements.

« Tandis que tous ceux qui s’installent à Maaleh Hazeitim croient dans le droit des Juifs à vivre partout à Jérusalem, nous ne nous trouvons pas par ailleurs tous ici pour des raisons idéologiques », a estimé une mère emmenant ses trois enfants à une école maternelle située de l’autre côté de la rue de sa résidence d’appartements – deux complexes cloisonnés au sein du quartier voisin de Ras Al-Amoud.

« Ils ne sont véritablement pas d’ici », a déclaré pour sa part Walid Zatari, résident de Ras Al-Moud, en observant ses voisins juifs. « Regardez comment ils vivent. Complètement cloisonnés de tous », a-t-il ajouté alors que le portail électronique menant à l’école maternelle s’est fermé derrière la mère juive et ses enfants.

Le président américain Donald Trump visite le mur occidental, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 22 mai 2017 (AFP PHOTO / MANDEL NGAN)

« Nous devons nous protéger des Arabes », a expliqué la mère en rentrant chez elle, peu après.

« Mais en fin de compte, lorsque nous serons plus nombreux ici, nous n’aurons plus à avoir aussi peur. Je pense que la décision de Trump nous fait avancer vers cette réalité », a-t-elle ajouté, avant de faire un signe de la tête aux deux agents de sécurité qui ont refermé le portail derrière elle.

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