Dans un accord avec le Canada, Israël retarde l’expulsion de 2 000 migrants
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Dans un accord avec le Canada, Israël retarde l’expulsion de 2 000 migrants

Les demandeurs d'asile africains qui ont déjà été acceptés de s'établir au Canada ne risquent pas d'être emprisonnés lorsque les expulsions commenceront en avril

Les migrants africains partent du centre de détention de Holot pour aller à la prison de Saharonim, un centre de détention israélien pour demandeurs d'asile africains le 22 février 2018 (Crédit : AFP / MENAHEM KAHANA)
Les migrants africains partent du centre de détention de Holot pour aller à la prison de Saharonim, un centre de détention israélien pour demandeurs d'asile africains le 22 février 2018 (Crédit : AFP / MENAHEM KAHANA)

Israël aurait accepté de suspendre l’expulsion de 1 845 demandeurs d’asile africains en attente de réinstallation au Canada.

Selon un article paru samedi dans le Toronto Star, les responsables canadiens de l’immigration ont déclaré que Jérusalem avait conclu une entente de dernière minute avec Ottawa, selon laquelle les migrants ne seront pas emprisonnés ou expulsés avec des dizaines de milliers d’autres personnes.

Israël a récemment lancé une campagne pour expulser les demandeurs d’asile masculins non mariés vers des pays dont on dit souvent qu’ils sont le Rwanda et l’Ouganda, ou qui sont condamnés à des peines de prison pour ceux qui refusent. Environ la moitié des 38 000 demandeurs d’asile pourraient être expulsés en vertu du plan. Les femmes, les hommes mariés et les enfants ne seront pas expulsés dans le cadre de la « première étape » des expulsions, a déclaré le Premier Ministre Benjamin Netanyahu.

Selon le rapport, 1 845 demandeurs d’asile ont déjà été acceptés pour être réinstallés au Canada, mais attendent toujours les parrainages et l’approbation finale des autorités canadiennes. Cela représente environ 10 % du nombre total de demandeurs d’asile qui pourraient être expulsés dans le cadre de la première étape du plan d’expulsion.

Pendant que leurs demandes sont en cours d’examen, ils seront autorisés à rester en Israël. Le processus de réinstallation peut prendre des années avant d’aboutir.

Le Canada a exprimé sa réprobation à l’égard des mesures prises par Israël pour expulser environ 38 000 migrants africains, que les responsables israéliens qualifient souvent d' »infiltrés ».

« Le Canada est contre les politiques d’expulsions massives de demandeurs d’asile. Les droits des demandeurs d’asile et des réfugiés sont énoncés dans la Convention de Genève sur le statut des réfugiés, dont Israël est signataire », a déclaré Chrystia Freeland, porte-parole du ministre des Affaires étrangères, au Star.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (D) serre la main du Premier ministre canadien Justin Trudeau au Forum économique mondial à Davos, en Suisse, le 24 janvier 2018. (GPOl)

« En tant que pays qui accueille le plus grand nombre de demandeurs d’asile africains en provenance d’Israël, nous sommes en contact direct avec le gouvernement d’Israël pour lui faire part des préoccupations du Canada au sujet de la situation », a-t-il ajouté.

Israël a affirmé que la plupart des demandeurs d’asile ne sont pas persécutés dans leur pays et qu’ils se sont rendus en Israël à la recherche d’un emploi et d’un niveau de vie plus élevé.

Un porte-parole de l’ambassade d’Israël à Ottawa a déclaré au site de nouvelles canadiennes que la démographie des demandeurs d’asile « correspond à une population composée principalement de migrants économiques ».

Depuis 2013, le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, en collaboration avec un certain nombre de différents pays, a réinstallé 2 400 demandeurs d’asile dans des pays tiers qu’il considère comme sûrs, dont les États-Unis et le Canada. Le HCR est en pourparlers avec un certain nombre de pays différents pour réinstaller une partie de la population israélienne de demandeurs d’asile en échange d’un statut protégé en Israël.

Les Africains, presque tous originaires de l’Érythrée dictatoriale et du Soudan déchiré par la guerre, affirment qu’ils ont fui pour sauver leur vie et qu’ils risquent à nouveau de se retrouver en danger s’ils y retournent. La grande majorité est arrivée entre 2006 et 2012.

La politique d’expulsion, qui offre à chaque migrant 3 500 dollars et un billet d’avion, a été condamnée par les Nations Unies comme chaotique, mal exécutée et peu sûre. Des demandeurs d’asile précédemment expulsés en Ouganda et au Rwanda ont déclaré au Times of Israel qu’ils étaient confrontés à un grave danger et même emprisonnés après leur arrivée en Afrique sans papiers en bonne et due forme.

Ces dernières semaines, des groupes de pilotes israéliens, de médecins, d’écrivains, d’anciens ambassadeurs, de dirigeants juifs américains et de survivants de l’Holocauste ont appelé le Premier ministre Benjamin Netanyahou à mettre un terme au plan d’expulsion en rappelant qu’il était contraire à l’éthique et qu’il porterait gravement atteinte à l’image d’Israël qui se décrit comme une lumière pour les nations.

Un récent sondage de l’Institut de la démocratie israélien a révélé que les deux tiers du public juif soutenaient les expulsions prévues. Le meilleur espoir des migrants peut être le manque de préparation du gouvernement. Les autorités pénitentiaires doutent qu’elles seront en mesure de traiter les 15 000 à 20 000 personnes qui devraient être emprisonnées. Il y a environ 500 lits disponibles dans la prison Saharonim, la seule prison qui peut accueillir les demandeurs d’asile qui refusent l’expulsion.

Samedi soir, plus de 20 000 demandeurs d’asile africains et d’Israéliens ont manifesté devant la gare routière centrale du sud de Tel Aviv, en signe de protestation contre le plan d’expulsion du gouvernement.

Melanie Lidman a contribué à cet article.

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