Dans un avion d’El Al, la « rage » des Israéliens qui rentrent au pays
"Ceux qui égorgent froidement des enfants, kidnappent des vieillards et violent des femmes, ne méritent pas de vivre", explique une résidente de Jérusalem
Dans le Boeing 767 d’El Al parti de Paris, la colère se mêle à la tristesse des passagers qui rentrent en Israël, quatre jours après les massacres menés par les terroristes islamistes du Hamas.
« Trop c’est trop », murmure une jeune hôtesse de la compagnie aérienne israélienne. Elle baisse les yeux, marque un temps, puis s’emporte soudainement : « il faut les noyer. Il faut noyer Gaza dans le sang de ces sauvages ».
Elle dit « ne pas voir l’intérêt » de donner son nom. « Ce n’est pas le sujet. Dîtes plutôt que tous les hommes de ma famille à Tel-Aviv ont été rappelés dimanche par notre armée et que je suis très fière d’eux ».
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Cette fois, le vol Paris-Tel-Aviv LY320, habituellement animé par des rires d’enfants et de touristes juifs impatients de se dorer au soleil de la Méditerranée, est sinistre. Le silence est pesant, les visages sont graves, fermés. Il n’est pas question de vacances.
Parmi les passagers, la plupart sont des Israéliens et des Franco-israéliens qui vont prendre les armes.
Ofir, 27 ans, revient de Thaïlande où il a passé trois mois. Il a fait une brève escale en France pour rendre visite à ses cousins parisiens, avant de rentrer chez lui à Jérusalem.
Les mots sortent lentement, détachés, sans appel : « je viens juste pour me battre. Ils veulent la guerre ? Ils vont l’avoir ».
« Ceux qui égorgent froidement des enfants, kidnappent des vieillards et violent des femmes, ne méritent pas de vivre », renchérit sa petite amie, Liat Bar Nakhon, 25 ans, elle aussi de Jérusalem.
Mardi soir, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu avait fait état dans une vidéo publiée par son bureau de « femmes brutalement violées et assassinées ». « Ils ont pris des dizaines d’enfants, les ont ligotés, brûlés et exécutés, ils ont décapité des soldats », avait-il ajouté parlant au téléphone avec le président américain Joe Biden.
« Se battre contre ces ordures »
Des musiciens de l’Orchestre symphonique de Jérusalem sont regroupés au fond de l’avion, recroquevillés sur eux-mêmes. Ils ont interrompu leur tournée. Aucun ne veut s’exprimer. L’un d’eux lâche seulement que « ce n’est pas le moment de faire de la musique ».
« Ça me rappelle la guerre du Kippour, en 1973 », confie Yaakov Elharar, 63 ans, qui vit à Ashkelon, une ville du sud d’Israël, prise ces derniers jours, comme depuis des années, sous le feu des roquettes tirées de la bande de Gaza voisine par le mouvement islamiste palestinien.
« J’avais 13 ans. A l’époque, tout le monde était rentré pour défendre le pays attaqué sur tous les fronts » par une coalition d’Etats arabes emmenés par l’Egypte, ajoute-t-il en regrettant d’être « trop vieux pour se battre contre ces ordures ».
Au micro, le commandant de bord annonce que l’avion va entamer sa descente vers Tel-Aviv. Il souhaite « bon courage et bonne chance » à ceux qui vont partir au combat. « Tout le pays est derrière vous et vous soutient », ajoute-t-il.
« Nous partageons tous la même rage. Nous ne faisons qu’un. Par sa cruauté, le Hamas n’a réussi qu’une seule chose : nous unifier », se félicite Ron Schiffman, 35 ans. Ce grand gaillard blond de 1,90 mètre s’apprête à rejoindre son unité déjà stationnée au nord, près de la frontière avec le Liban.
« Je fais partie de ceux qui manifestent tous les samedis soirs à Tel-Aviv contre le gouvernement de Bibi (le Premier ministre Benjamin Netanyahu, ndlr) et sa réforme judiciaire », raconte-t-il. « Mais maintenant, l’heure est à l’unité nationale. Les responsables, chez nous en Israël, de ce désastre paieront plus tard devant les juges », ajoute-t-il.
L’avion se pose. Aucun applaudissement comme c’est d’habitude le cas dans un avion convoyant des Israéliens. Par le hublot, une lueur fulgurante déchire le ciel noir. Une roquette du Hamas vient d’être interceptée par la défense antiaérienne israélienne. Dans les coursives de l’aéroport, de grandes pancartes avec l’inscription « SHELTER » (abri, en anglais) ont été accrochées à l’usage des arrivants. Personne ne s’y rend.
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