D’après l’ONU, Israël force systématiquement les Palestiniens de la zone C à partir
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D’après l’ONU, Israël force systématiquement les Palestiniens de la zone C à partir

Des députés de l'opposition accusent également le gouvernement de développer l’amertume des habitants de Cisjordanie pour faciliter l'annexion future ; Israël nie catégoriquement

Dov Lieber est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

Dans une tentative de forcer les Palestiniens à quitter leurs foyers, Israël est en train de créer des conditions humanitaires misérables dans les parties de la Cisjordanie qui sont sous son contrôle total, a mis en garde une responsable de l’ONU à Jérusalem mercredi.

Natalie Grove, représentante du Bureau du Haut-Commissariat aux droits de l’Homme de l’ONU a déclaré que la politique israélienne dans la zone C, où les Palestiniens vivent sous la loi martiale complète de Tsahal, crée un « environnement hautement coercitif qui oblige [les Palestiniens] à partir ».

Cette politique, a-t-elle accusé, est « systématique et générale ».

Grove s’est exprimée lors d’une conférence à la Knesset organisée par les députés de la gauche israélienne visant à attirer l’attention sur les conditions difficiles pour les Palestiniens dans la zone C.

Le gouvernement israélien a « catégoriquement » nié tout mauvais traitement des Palestiniens.

Natalie Grove, une représentante pour le Bureau de la Haute Commission pour les droits de l'Homme de l'ONU (Crédit : Dov Lieber / Times of Israel)
Natalie Grove, une représentante pour le Bureau de la Haute Commission pour les droits de l’Homme de l’ONU (Crédit : Dov Lieber / Times of Israel)

Grove a décrit un environnement sombre où de nombreux Palestiniens n’ont pas accès à la nourriture, à un abri et à de l’eau propre – 180 communautés ne sont pas raccordées au réseau d’eau, a-t-elle affirmé – et ont seulement un accès partiel aux soins de santé et à l’éducation. Beaucoup d’enfants dans la région, dit-elle, doivent parcourir de longues distances pour aller à l’école, parfois via les points de contrôle militaires.

L’affirmation la plus grave faite par Grove, ainsi que par les députés présents à la conférence, était qu’Israël rend « pratiquement impossible » la construction de maisons de manière légale pour les Palestiniens dans la zone C, les forçant à construire illégalement, au risque de voir leurs maisons démolies.

Dans de telles conditions, selon elle, les Palestiniens qui quittent la zone C ne le font pas volontairement, mais plutôt en raison de la « contrainte », qui « équivaut à un transfert forcé » et « est une grande violation des conventions de Genève ».

Les députés de l’opposition israélienne qui ont organisé l’événement – la chef de file de la Liste arabe unie Ayman Odeh et son camarade de parti le député Dov Hanin, la députée de l’Union sioniste Ksenia Svetlova et le député du Meretz Michal Rozin – sont tous tombés d’accord sur le fait que la politique israélienne dans la zone C est une tentative délibérée d’expulser les Palestiniens pour préparer une annexion future.

Des Palestiniens résidents de Sussiya protestent contre une décision de justice autorisant la démolition du village situé au sud-est de Hebron, le 22 juin 2012 (Crédit : CC BY-SA Mr. Kate, Wikimedia Commons)
Des Palestiniens résidents de Sussiya protestent contre une décision de justice autorisant la démolition du village situé au sud-est de Hebron, le 22 juin 2012 (Crédit : CC BY-SA Mr. Kate, Wikimedia Commons)

« Israël apporte un soutien de façade à la communauté internationale, sans aucune intention de faire réellement quoi que ce soit », a affirmé Odeh.

Quelques ministres puissants du gouvernement de droite actuel font pression pour l’annexion de la zone C, bien que le Premier ministre Benjamin Netanyahu reste formellement engagé dans un processus diplomatique qui finirait par voir les Palestiniens prendre le contrôle de la majeure partie du territoire.

Lors de la conférence, l’ambassadeur de l’UE en Israël Lars Faaborg-Andersen a accusé Jérusalem de contourner ses obligations envers les Palestiniens sous administration de son armée, mais n’a pas prétendu qu’il y avait une politique systématique de les faire partir par la force.

L'ambassadeur de l'UE en Israël, Lars Faaborg-Andersen, dans son bureau Ramat Gan, le 21 septembre 2015 (Crédit : Raphael Ahren / Times of Israel)
L’ambassadeur de l’UE en Israël, Lars Faaborg-Andersen, dans son bureau Ramat Gan, le 21 septembre 2015 (Crédit : Raphael Ahren / Times of Israel)

Au total, 70 % de la zone C ont été désignés territoire de l’État israélien, 30 % étant laissés aux Palestiniens, a déclaré l’ambassadeur, ajoutant toutefois que les Palestiniens n’étaient pas autorisés à faire grand-chose avec leurs terres.

Selon Faaborg-Andersen, en 2014 seul un permis de construire a été accordé aux Palestiniens ; en 2015, aucun n’a été accordé. Et sur les 2 000 demandes entre 2009 et 2013, seuls 34 permis de construire ont été accordés.

En revanche, a remarqué Faubourg-Andersen, la construction israélienne dans la zone C a continué à un rythme d’environ 1 500 nouveaux logements par an au cours des dernières années.

L’ambassadeur de l’UE a également déclaré qu’Israël a démoli des maisons financées par l’UE pour les Palestiniens de la zone C pour une valeur d’environ un million d’euros.

Au cours des six premiers mois de 2016, Israël a rasé 91 maisons construites avec « le soutien de l’Union européenne », contre 70 sur toute l’année 2015.

Faaborg-Andersen a précisé que l’UE continuerait à fournir son aide aux Palestiniens dans la zone C, malgré la tension que cela génère avec Jérusalem. La zone C, a-t-il expliqué, constituerait une partie importante de tout futur Etat palestinien, ce qui est la raison pour laquelle l’UE y a investi 21 millions d’euros au cours des deux dernières années pour le développement et l’aide humanitaire.

« Les Palestiniens sont traités équitablement, mais instrumentalisés par l’AP »

Jeudi, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Emmanuel Nahshon a déclaré au Times of Israel que son gouvernement « rejette avec force et catégoriquement les allégations de discrimination ou de mauvais traitements contre la population palestinienne dans la zone C ».

En ce qui concerne la question du logement, Nahshon s’est défendu : « Israël est un pays de droit et il est raisonnable de demander que les projets de logement et de construction soient effectués conformément aux règlements généraux et aux permis de construire. Tout comme un citoyen américain ou britannique ne serait pas autorisé à construire sans permis, nous attendons qu’il en soit de même pour les Palestiniens vivant dans la zone C, et les pays et donateurs étrangers qui aident les Palestiniens ».

Emmanuel Nahshon, porte-parole du ministère des Affaires étrangères. (Crédit : Twitter)
Emmanuel Nahshon, porte-parole du ministère des Affaires étrangères. (Crédit : Twitter)

Interrogé pour savoir comment il était possible que seul un permis de construire ait été accordé aux Palestiniens dans la zone C en 2014 et 2015, Nahshon a répondu : « Il faut tenir compte de la situation particulière. Nous voyons beaucoup d’activités qui ne sont pas vraiment entreprises pour le bien-être de la population, mais plutôt comme une déclaration politique, et nous avons la nette impression que les Palestiniens sont instrumentalisés par l’Autorité palestinienne en vue de créer des situations de conflit et de friction ».

Prenant la parole après la conférence de mercredi, Bezalel Smotrich, membre du parti de droite HaBayit HaYehudi qui veut annexer la zone C, a fait valoir que les Palestiniens choisissent de construire illégalement dans la région parce qu’ils croient que demander la permission à Israël de construire serait une reconnaissance de facto de la légitimité de l’Etat juif.

Smotrich, qui avant de se lancer en politique a co-fondé un groupe de surveillance pour la construction arabe illégale en Israël et en Cisjordanie, a dit qu’il y a des plans pour que les Palestiniens construisent légalement dans la zone C, proportionnellement à leur taux de croissance de la population par rapport à l’an 2030.

Le député HaBayit HaYehudi Bezalel Smotrich lors d'une réunion d'une commission de la Knesset, le 11 janvier 2016 (Crédit : Miriam Alster / Flash90)
Le député HaBayit HaYehudi Bezalel Smotrich lors d’une réunion d’une commission de la Knesset, le 11 janvier 2016 (Crédit : Miriam Alster / Flash90)

L’administration civile sous contrôle militaire, qui est responsable du logement et de l’eau pour les Palestiniens dans la zone C, a blâmé les Palestiniens pour les 180 communautés sans eau.

Elle a déclaré dans un mail que l’Autorité palestinienne empêche la convocation du Comité mixte de l’eau formé en 1995 dans le cadre des accords de paix d’Oslo. Elle a également accusé l’Autorité palestinienne de « refuser de promouvoir les infrastructures d’eau destinées à accroître l’approvisionnement en eau pour les Palestiniens ».

« En outre », a écrit l’Administration civile, « la culture de vol de l’eau par les Palestiniens eux-mêmes nuit au reste des habitants de la région ».

« De plus, l’Autorité palestinienne est en charge de conduire l’eau chez ses résidents ; en plus de la quantité qu’Israël offre et augmente chaque année », a-t-il affirmé.

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