Davantage de contrôle politique sur le nouvel audiovisuel public israélien ?
Rechercher

Davantage de contrôle politique sur le nouvel audiovisuel public israélien ?

Une proposition du gouvernement abrogerait certaines réformes clés destinées à assurer l’indépendance éditoriale de la nouvelle corporation

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Télévisions diffusant un discours du Premier ministre Benjamin Netanyahu, dans un magasin de Jérusalem, le 14 juin 2009. (Crédit : Abir Sultan/Flash90)
Télévisions diffusant un discours du Premier ministre Benjamin Netanyahu, dans un magasin de Jérusalem, le 14 juin 2009. (Crédit : Abir Sultan/Flash90)

L’incertitude entoure le futur de la nouvelle société de radiodiffusion publique, mais le gouvernement travaillerait sur une proposition qui permettrait enfin le lancement de l’institution, mais seulement en échange du contrôle sur le paysage médiatique du pays.

Cette proposition abrogerait certaines réformes clés destinées à assurer l’indépendance éditoriale de la nouvelle corporation et unira trois autorités de radiodiffusion distinctes sous un seul organe de surveillance nommé par l’État, selon les informations relayées par Haaretz jeudi.

En 2014, la Knesset a adopté une législation visant à fermer l’Autorité de radiodiffusion israélienne mal en point. À l’époque, les politiciens l’avaient décrite comme inutile, coûteuse et souhaitait la remplacer par une nouvelle société de radiodiffusion, connue sous son nom hébreu Kan. Les réformes avaient prévu l’établissement de ce nouvel organe audiovisuel pour le 31 mars 2016.

Mais face aux tentatives de sabordage du nouveau média public géré par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le lancement de Kan a été reporté à plusieurs reprises. À l’heure actuelle, un lancement est prévu le mois prochain.

Selon l’article, le ministère des Communications préparerait une circulaire qui autoriserait Kan à démarrer en avril, à la condition qu’elle soit placée sous un nouvel organe de surveillance qui sera chargé du contenu médiatique et qui sera nommé par la hiérarchie politique.

Les réformes initiales, proposées par Gilad Erdan, alors ministre des Communications (actuellement ministre de la Sécurité intérieure), dispensaient Kan des règles de surveillance gouvernementales qui s’appliquent à presque toutes les autres sociétés publiques, ce qui restreint considérablement la possibilité laissée aux politiques pour intervenir sur le contenu et sur les nominations aux postes-clés.

Les nouveaux locaux de la société de radiodiffusion publique, à Tel Aviv, le 29 août 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Les nouveaux locaux de la société de radiodiffusion publique, à Tel Aviv, le 29 août 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

La nouvelle circulaire devrait accorder au ministre des Communications toute l’autorité pour nommer le président du Conseil gouvernemental de l’audiovisuel, qui pourra à son tour nommer neuf membres du Conseil sur onze. Le programme prévoit que les deux sièges restants seront accordés à des ministres en fonction.

L’actuel ministre des Communications, Tzachi Hanegbi (Likud) a défendu ce projet. « On continue à entendre que la seule chose que veulent les politiciens, c’est prendre davantage de pouvoir », déplore-t-il.

« Les politiciens nomment le chef d’état-major, à Dieu ne plaise ! », a-t-il affirmé avec sarcasme dans une interview à la radio militaire jeudi. « Et le chef du Shin Bet [le service de renseignement d’Israël] qui défend nos libertés, et le chef du Mossad ! Pourquoi ne pourraient-ils pas nommer celui qui dirigera l’organe de surveillance de l’audiovisuel public ? Les politiciens sont élus par le peuple, et si le peuple ne les aime pas, il sait comment les remplacer. On appelle ça la démocratie. »

Le nouveau conseil aurait également pour mission de supervision de la diffusion commerciale et du câble, qui sont actuellement régulées par des institutions distinctes de l’Autorité de radiodiffusion principale. Cela permettrait de créer un seul régulateur gouvernement global pour toutes les unités de radiodiffusion.

Les responsables du Likud ont affirmé que rejeter la nouvelle société ferait économiser à l’État près de 2,5 milliards de shekels par an. Le ministère des Finances et Erdan se sont moqués de ce chiffre. Les détracteurs au sein de la coalition et de l’opposition ont cependant déclaré que Netanyahu craint que la société ne soit indépendante de la politique, et c’est la raison des nombreux reports de lancement.

La nouvelle proposition renverrait beaucoup de pouvoir directement au ministre des Communications, poste que Netanyahu lui-même avait occupé jusqu’au mois dernier et qu’il devrait pouvoir récupérer dans trois mois.

Dans le cadre d’une plainte déposée auprès de la Cour suprême et d’une enquête criminelle sur sa prétendue collusion avec les principaux médias, Netanyahu a démissionné du poste en février, désignant Hanegbi à la place, mais avait assuré que cette mesure n’était que temporaire.

En novembre, face à l’opposition croissante à la Knesset au sujet de son rejet prévu des réformes, Netanyahu a reporté le vote sur le démantèlement de la compagnie de radiodiffusion, et a accepté, au lieu de cela, de créer une commission temporaire avec le ministre des Finances Moshe Kahlon pour évaluer la question.

Un communiqué a indiqué que cette décision faisait suite à « l’insistance de Kahlon sur le fait que le budget du nouvel audiovisuel public ne dépasse pas les fonds alloués ».

Le 31 octobre, Kahlon s’est exprimé devant la commission parlementaire des Finances. Il a déclaré qu’il était opposé aux allers-retours coûteux du gouvernement sur la nouvelle société, en disant que des milliards de shekels seraient gaspillés si elle venait à être fermée.

Le ministre de l’Économie Eli Cohen de Koulanou a déclaré jeudi que son parti s’opposerait aux dernières propositions.

« Le parti Koulanou ne soutiendra pas l’atteinte à l’indépendance des médias ni toute forme de censure », a-t-il déclaré à la radio israélienne.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...