Davutoglu : Les complices d’Assad sont eux aussi coupables de « crimes de guerre »
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Davutoglu : Les complices d’Assad sont eux aussi coupables de « crimes de guerre »

Au moins 21 civils, dont trois enfants, ont péri jeudi dans des frappes russes à Alep ; Paris et Washington réclament l'arrêt des bombardements

Ahmet Davutoglu (Crédit : Nations unies/Jenny Rockett)
Ahmet Davutoglu (Crédit : Nations unies/Jenny Rockett)

Les complices de Bachar al-Assad se rendent tout autant coupables de « crimes de guerre », a déclaré jeudi le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu, à Londres, où il participe à la conférence des donateurs pour les civils syriens.

« Ceux qui aident le régime d’Assad sont coupables des mêmes crimes de guerre », a dit le responsable turc à la presse, ciblant la Russie qui « bombarde les écoles, les hôpitaux et pas les positions de Daech ». « Ce sont des crimes de guerre, du nettoyage ethnique », a insisté Davotuglu.

De son côté, l’armée russe a affirmé jeudi avoir « des raisons sérieuses » de croire que la Turquie prépare une « intervention militaire » en Syrie voisine, invoquant l’interdiction la veille par Ankara du survol de son territoire par un avion de reconnaissance russe.

« Nous avons de sérieuses raisons de soupçonner une préparation intensive de la Turquie pour une intervention militaire sur le territoire d’un État souverain: la Syrie », a indiqué le porte-parole du ministère russe de la Défense, le général Igor Konachenkov, dans un communiqué.

La Russie, quant à elle, dément viser des civils dans le cadre de sa campagne militaire lancée en Syrie en septembre dernier.

Toutefois, l’Observatoire syrien des droits de l’Homme a rapporté qu’au moins 21 civils, dont trois enfants, ont péri jeudi dans des frappes russes sur six quartiers rebelles de la ville d’Alep dans le nord de la Syrie.

L’offensive du régime syrien appuyé par l’aviation russe a par ailleurs entraîné la fuite de près de 40 000 civils depuis le début de la semaine, selon l’OSDH, qui dispose d’un large réseau de sources à travers la Syrie.

L’ONG a averti que le nombre de victimes des frappes « pourrait augmenter en raison d’un grand nombre de blessés ».

C’est la première fois que l’OSDH est en mesure de confirmer des frappes russes sur l’ex-capitale économique de Syrie. « Jusqu’à présent, les frappes russes se concentraient sur la province d’Alep », a indiqué à l’AFP Rami Abdel Rahmane, directeur de l’Observatoire.

L’armée syrienne, soutenue par l’aviation russe, a réussi à resserrer l’étau mercredi autour des rebelles dans la ville d’Alep après avoir coupé leur principale route d’approvisionnement, un nouveau succès pour le régime depuis l’intervention de Moscou dans le conflit.

Près de 40 000 civils ont fui l’offensive du régime syrien au nord de la métropole septentrionale d’Alep qui a commencé en début de semaine, rapporte jeudi l’OSDH.

D’après l’OSDH, ces habitants ont fui vers la ville kurde d’Afrine, plus au nord de la zone des combats entre régime et rebelles, ainsi que vers des régions frontalières de la Turquie.

« Certains ont trouvé refuge dans des maisons mais des milliers de personnes se trouvent sans abri dans les champs autour d’Afrine, dans la région d’Azaz frontalière de la Turquie et à Atareb et Dar Ezzat au nord-ouest d’Alep », a indiqué à l’AFP Rami Abdel Rahmane, directeur de l’OSDH.

Ces déplacés ne peuvent pas entrer en Turquie car le poste-frontière est actuellement fermé aux réfugiés.

« Ces personnes ont besoin d’une aide urgente de la communauté internationale », a indiqué Abdel Rahmane.

A Londres, le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu, dont le gouvernement est opposé au régime syrien, a également fait part de son inquiétude vis-à-vis des milliers de personnes fuyant l’offensive de l’armée.

« Désormais, 10 000 réfugiés frappent à la porte de Kilis à cause des bombardements aériens et des attaques sur Alep », a-t-il souligné en référence à une ville turque à la frontière, ajoutant que « 60 à 70 000 personnes dans les camps au nord d’Alep se dirigent vers la Turquie ».

John Kerry (g) rencontre Laurent Fabius au Quai d'Orsay le 16 janvier 2015 (Crédit : U.S. Department of State)
John Kerry (g) rencontre Laurent Fabius au Quai d’Orsay le 16 janvier 2015 (Crédit : U.S. Department of State)

Paris et Washington réclament l’arrêt des bombardements

Paris et Washington ont réclamé jeudi l’arrêt des bombardements russes en Syrie en accusant Moscou de « torpiller » les négociations de paix, au moment où les pays donateurs tâchaient à Londres de lever des milliards de dollars pour les victimes du conflit.

« L’offensive brutale lancée par le régime de Bachar avec le soutien de la Russie torpille les négociations », a lancé dans la capitale britannique le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius, alors que, sur le terrain, les forces du régime progressaient à Alep (nord).

« La France demande le respect du droit humanitaire international, la levée de tous les sièges qui affament les populations et l’arrêt des bombardements », a-t-il ajouté, soulignant que ce n’était pas « une concession » mais une « condition » à la reprise des négociations qui ont été suspendues mercredi à Genève.

Sur le même ton, le secrétaire d’Etat américain John Kerry a lui aussi demandé l’arrêt des raids russes. Au cours d’une discussion « musclée » avec son homologue russe Sergueï Lavrov, il a rappelé à la Russie qu’une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU appelait à un cessez-le-feu immédiat pour permettre l’acheminement de l’aide aux villes assiégées.

Moscou a annoncé de son côté que les deux hommes avaient déploré la suspension des négociations de paix, et exprimé l’espoir qu’elle serait « aussi courte que possible ».

Après six jours de discussions avec le régime d’une part, l’opposition de l’autre, l’émissaire de l’ONU Staffan de Mistura a annoncé mercredi à Genève une « pause » dans ce processus censé enclencher une solution politique au conflit.

Le diplomate onusien s’est refusé à parler « d’échec » et a déclaré avoir fixé la date du 25 février pour une reprise des discussions, mais celle-ci semble tout sauf certaine.

La suspension de ces discussions « montre à quel point les divisions sont profondes », a regretté le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, à l’ouverture de la conférence des donateurs dans la capitale britannique.

« Les jours qui viennent doivent être utilisés pour revenir à la table des négociations, et non pour sécuriser davantage de gains sur le champ de bataille », a-t-il insisté.

La réunion de Londres doit tenter de lever neuf milliards de dollars en faveur des 18 millions de Syriens victimes de la guerre, avec l’ambition d’endiguer la crise des réfugiés qui, du Moyen-Orient à l’Europe, pèse sur les pays d’accueil.

Mais les donateurs devront se montrer plus généreux que lors de la précédente conférence, en 2015, où seuls 3,3 milliards avaient été récoltés sur les 8,4 milliards réclamés.

Soucieux de montrer l’exemple, le gouvernement britannique a promis 1,74 milliard de dollars d’ici 2020. « Nous avons besoin de plus d’argent pour répondre à cette crise et nous en avons besoin maintenant », a dit David Cameron.

La chancelière allemande Angela Merkel, co-organisatrice de la conférence, a promis elle de débloquer 2,3 milliards d’euros d’ici 2018.

« Nous voulons faire en sorte que plus jamais on n’arrive à une situation où on réduit la nourriture donnée aux réfugiés », a souligné la chancelière. « Aujourd’hui est une journée d’espoir », a-t-elle déclaré.

« Quand on voit des personnes réduites à manger de l’herbe et des animaux sauvages pour survivre au jour le jour, cela ne peut que choquer toute personne civilisée. Et nous devons tous apporter une réponse à cela », a renchéri M. Kerry, annonçant 890 millions de dollars supplémentaires pour 2015-2016.

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