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Davutoglu annonce son départ, Erdogan consolide son pouvoir

Le Premier ministre turc a annoncé jeudi son retrait prochain de la tête du parti au pouvoir et du gouvernement, une décision qui devrait consolider l'emprise du président Recep Tayyip Erdogan sur le pays

L'ancien Premier ministre turc, Ahmet Davutoglu, pendant un discours à Ankara, le 27 avril 2016. (Crédit : AFP/Adem Altan)
L'ancien Premier ministre turc, Ahmet Davutoglu, pendant un discours à Ankara, le 27 avril 2016. (Crédit : AFP/Adem Altan)

Le Parti de la justice et du développement (AKP, islamo-conservateur) se réunira le dimanche 22 mai pour un congrès extraordinaire lors duquel « je ne pense pas que je serai candidat dans les circonstances actuelles », a déclaré, le visage grave, M. Davutoglu, lors d’un discours à Ankara au siège de la formation, au pouvoir depuis 2002.

La mise à l’écart de M. Davutoglu, 57 ans, de la direction de l’AKP signifiera la fin de son mandat de Premier ministre, le chef du parti ayant toujours été également à la tête du gouvernement.

Cette décision a été prise lors d’une réunion de la direction de l’AKP au lendemain d’informations faisant état d’une rupture consommée entre MM. Davutoglu et Erdogan. Les tensions entre les deux hommes, longtemps restées discrètes, ont brusquement affleuré cette semaine, et une réunion de la dernière chance mercredi soir n’a pas permis de les surmonter.

M. Davutoglu, dont l’AKP a remporté haut la main les dernières élections législatives le 1er novembre lui conférant un mandat de quatre ans, a tenu à souligner que sa décision n’était « pas le fruit d’un choix (personnel), mais d’une nécessité », une critique à peine voilée des cadres de l’AKP loyaux au chef de l’Etat qui ont récemment décidé de raboter ses prérogatives au sein du parti.

Pendant son discours devant certains cadres en pleurs, le chef du gouvernement a défendu son bilan politique et économique et nié tout conflit avec M. Erdogan, le véritable maître de la Turquie qui tient les rênes de l’AKP, même s’il est censé être constitutionnellement au-dessus de tout parti.

‘Révolution de palais’

« Je n’ai pas de reproches, je n’éprouve ni colère, ni rancoeur », a-t-il dit, assurant qu’il était déterminé à défendre l' »honneur de son frère » Erdogan, qui l’a nommé à la tête du gouvernement en août 2014 après avoir été élu à la présidence du pays.

Le départ de M. Davutoglu, qui ouvrirait la voie à une consolidation des pouvoirs du chef de l’Etat accusé par ses détracteurs de dérive autoritaire, pourrait ajouter aux turbulences au moment où la Turquie, partenaire clé de l’Europe dans la crise migratoire, fait face à de nombreux défis: menace jihadiste, reprise du conflit kurde après deux ans d’accalmie, extension de la guerre en Syrie à sa frontière sud.

M. Erdogan n’aurait pas apprécié partager l’affiche avec son Premier ministre qui a semblé négocier seul l’accord sur les migrants entre Bruxelles et Ankara et la volonté affichée de celui-ci de retourner à la table des négociations avec la rébellion kurde.

Le chef de l’opposition, Kemal Kiliçdaroglu a dénoncé une « révolution de palais », fustigeant une intervention inacceptable de M. Erdogan dans les affaires de l’exécutif.

Qualifié de « marionnette » de M. Erdogan à son arrivée au pouvoir, M. Davutoglu, perçu comme une figure modérée contrairement à l’agressif mais populaire président, s’est cependant taillé une place sur la scène politique.

Durant son mandat, Ankara a rejoint la coalition internationale anti-jihadistes menée par Washington. En politique intérieure, il a dû en revanche faire face aux nombreux attentats meurtriers qui ont secoué la Turquie ces derniers mois et effrité sa crédibilité.

Depuis son élection à la tête de l’Etat, M. Erdogan ne cache pas son ambition de modifier la Constitution pour instaurer un régime présidentiel, un projet publiquement soutenu par M. Davutoglu, qui a toutefois semblé peu pressé de le mettre en œuvre.

M. Davutoglu a indiqué qu’il continuerait d’occuper son poste de député après le congrès.

Plusieurs noms sont cités dans la presse pour succéder à M. Davutoglu : Binali Yildirim, compagnon de route de M. Erdogan et actuel ministre des Transports, Mehmet Ali Yalçin, ex-président du Parlement, Yalçin Akdogan, vice-Premier ministre actuel, mais aussi le gendre du président, Berat Albayrak, ministre de l’Energie.

« Un départ d’Ahmet Davutoglu renforcera les préoccupations au sujet de la transition vers des politiques de plus en plus autoritaires dans le pays », a souligné Willam Jackson de Capital Economics.

Ces nouvelles ont provoqué une crispation des marchés : la livre turque a perdu mercredi près de 4% de sa valeur face au dollar, sa plus forte baisse quotidienne cette année, avant de reprendre des couleurs jeudi.

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