De hauts-responsables et cadres arrêtés dans l’enquête Bezeq
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De hauts-responsables et cadres arrêtés dans l’enquête Bezeq

Shaul Elovitch, sa femme et son fils, l'ex-porte-parole de Netanyahu Nir Hefetz, le chef du ministère des Communications Shlomo Filber et la DG de Bezeq Stella Handler

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et Nir Hefetz, à gauche, lorsqu'il était à la tête de l'administration d'information nationale, arrivent à la réunion hebdomadaire de cabinet au bureau du Premier ministre de Jérusalem, le  dimanche 27 décembre 2009 (Crédit :  Yossi Zamir/Flash 90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et Nir Hefetz, à gauche, lorsqu'il était à la tête de l'administration d'information nationale, arrivent à la réunion hebdomadaire de cabinet au bureau du Premier ministre de Jérusalem, le dimanche 27 décembre 2009 (Crédit : Yossi Zamir/Flash 90)

La police a levé mardi un embargo dans l’affaire Bezeq, la dernière enquête pour fraude et corruption impliquant le Premier ministre Benjamin Netanyahu. Elle a révélé les noms des personnalités arrêtées en début de semaine.

Parmi ces dernières, Shaul Elovitch, propriétaire du site d’information Walla et actionnaire principal de Bezeq, la plus importante compagnie de télécommunications israélienne, son épouse Iris et son fils Or. La garde à vue de cinq des personnes arrêtées a été prolongée jusqu’à jeudi et jusqu’à mercredi pour deux autres, a précisé la police dans un communiqué.

Nir Hefetz, qui a été le porte-parole personnel du Premier ministre, ainsi que Shlomo Filber, nommé par Netanyahu au poste de directeur général du ministère des Communications quand il détenait ce portefeuille, Stella Handler, directrice-générale de Bezeq et Amikam Shorer, un haut-responsable, ont également été arrêtés.

Le nom de Netanyahu n’est pas pour l’instant cité publiquement par la police en lien avec cette affaire. Mais, selon les médias israéliens, lui et sa femme Sara devraient être interrogés à l’avenir.

Connue sous le nom d’Affaire 4000, le dossier impliquerait un accord passé entre Elovitch et Netanyahu qui aurait déterminé une couverture favorable par le site d’information des actions du Premier ministre en échange de bénéfices en faveur de l’entreprise nationale téléphonique.

Lundi matin, Elovitch a « catégoriquement » rejeté les accusations lancées contre lui, affirmant « qu’aucun délit n’a été commis ».

« Shaul Elovitch nie catégoriquement les soupçons nourris à son encontre », a fait savoir un communiqué. « Nous recommandons vivement la patience et de ne pas se précipiter vers des conclusions hâtives ».

« Nous avons la certitude que lorsque les choses auront été clairement établies, il sera possible de voir qu’aucun délit n’a été commis », a-t-il ajouté.

Stella Handler, chairwoman of cable company HOT (photo credit: Moshe Shai/Flash90)
Stella Handler (Crédit : Moshe Shai/Flash90)

Selon des sources proches des enquêteurs, Elovitch aurait donc échangé une couverture plus positive des informations relatives à Netanyahu et à sa famille en échange de la mise en place d’une politique au ministère des Communications qui pouvait potentiellement rapporter des centaines de millions de shekels à Elovitch.

Netanyahu qui, selon les médias israéliens, serait devenu un suspect dans le dossier, est soupçonné d’avoir favorisé cet accord. Netanyahu a nié tout méfait.

Netanyahu était ministre des Communications au moment où avaient été signés plusieurs accord illicites avec Elovitch, notamment une aide apportée à Bezeq lors de l’achat du fournisseur de câbles par satellite Yes. Le ministre en titre avait alors négligé toutes les questions d’antitrust soulevées par ses collaborateurs.

Shaul Elovitch, actionnaire majoritaire de Bezeq (Crédit : Capture d’écran Calcalist)

Dimanche, après que l’affaire a été transférée de l’Autorité des titres israéliennes à la police, l’ordre a été donné de ne mentionner que l’arrestation de deux associés « très proches » de Netanyahu, ainsi que celles de trois hauts-responsables de la compagnie de télécommunications Bezeq et de deux proches de l’un des responsables.

Les enquêteurs ont découvert de fortes preuves qu’Elovitch aurait amené Walla à changer de manière drastique sa couverture des informations relatives à Netanyahu et à son épouse Sara, et ils estiment qu’il n’est qu’une « question de temps » avant que l’un des suspects actuels n’accepte de témoigner que le Premier ministre était à l’origine de cette décision, a fait savoir dimanche la chaîne Hadashot.

La chaîne a ajouté que les enquêteurs détenaient des retranscriptions de message entre Sara Netanyahu et Iris, l’épouse d’Elovitch.

Dimanche, Netanyahu a affirmé que l’enquête était « sans fondement » et qu’elle entrait dans le cadre d’une « chasse aux sorcières médiatique ».

« Une autre enquête sans fondement sous la pression des médias », a fait savoir un communiqué émis par Netanyahu. « La chasse aux sorcières continue de battre son plein ».

Il s’est prévalu d’un rapport du Contrôleur de l’Etat, une institution qui supervise le fonctionnement des institutions publiques. Ce rapport l’exonère de tout soupçon de conflit d’intérêts en ce qui concerne Bezeq, dit-il.

L’ancien porte-parole du Premier ministre Nir Hefetz à la cour des magistrats de Herzliya lors d’une plainte en diffamation contre lui et d’autres conseillers du Premier ministre, le 26 décembre 2017 (Crédit : Flash90)

La Dixième chaîne a diffusé dimanche des enregistrements de Hefetz, confident de longue date du Premier ministre et son ancien porte-parole, disant : « Je peux tout demander à Elovitch : Pelephone, Yes, Bezeq, Bezeq Benleumi.”

Dans une autre partie de l’enregistrement – qui, selon le reportage, offre à la police un lien direct entre Netanyahu et la couverture positive reçue de la part de Walla – Hefetz déclare qu’il a rencontré des « personnalités éminentes des médias du monde entier », qui lui ont donné le « feu vert » pour aller de l’avant dans l’achat par Bezeq de Yes.

Il avait été annoncé l’année dernière que Filber, directeur-général du ministère des Communications, était soupçonné d’avoir permis à Bezeq d’acheter des parts de Yes de manière illicite. Filber avait été nommé par Netanyahu en 2015 après que le Premier ministre s’est adjugé le poste de ministre des Communications.

Bezeq est un opérateur des télécommunications diversifié, actif dans une variété de secteurs sur le marché israélien : Les lignes fixes Bezeq offrent des services internet et de téléphonie, Bezeq International assure les services d’appels internationaux, Pelephone garantit des services cellulaires, Yes propose des services de télévision payants, Walla offre un service de portail d’informations sur Internet et est également un call-center sur la Toile.

Toutes ces unités sont la pleine propriété de Bezeq mais parce que la firme est historiquement un monopole et parce qu’elle est encore un acteur dominant sur le marché, les contrôles régulatoires obligent chacune de ces unités à opérer en tant qu’entreprise autonome – ce qui engendre des coûts plus élevés pour Bezeq.

Shlomo Filber, directeur général du ministère des Communications durant une audience à la Cour Suprême sur la fermeture de l’Autorité de radiodiffusion, le 15 mai 2017. (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)

Elovitch est actionnaire dans Bezeq par le biais d’une structure entrepreneuriale pyramidale : Son entreprise Eurocom Communications Ltd. contrôle Internet Gold-Golden Lines Ltd. qui, à son tour, contrôle B Communications Ltd. B Communications est actionnaire à 26% dans Bezeq et le reste de la société – 74 % – est détenu par le public, via les actions échangées à la bourse de Tel Aviv.

La vente par Elovitch de la participation d’Eurocom à Bezeq a été au centre d’une enquête menée par l’Autorité israélienne des Titres qui s’est élargie aux accords passés par Yes avec Spacecom et aux conventions entre les responsables de Bezeq, Elovitch et Filber.

La semaine dernière, la police a recommandé l’inculpation du Premier ministre Netanyahu dans deux affaires de corruption.

Dans l’Affaire 1000, Netanyahu et son épouse Sara sont soupçonnés d’avoir reçu des cadeaux illicites de la part de bienfaiteurs milliardaires, notamment des cigares et du champagne pour un montant de plusieurs centaines de milliers de shekels de la part du producteur de Hollywood Arnon Milchan, né en Israël.

L’Affaire 2000 implique un accord de compromis présumé passé entre Netanyahu et le directeur de la publication du journal Yedioth Ahronoth, Arnon Mozes, qui aurait vu le Premier ministre affaiblir un quotidien rival, Israel Hayom, propriété de Sheldon Adelson, en échange d’une couverture de ses actions plus favorable.

Netanyahu n’a cessé de clamer son innocence. Il a affirmé sa ferme intention de rester au pouvoir.

L’opposition a réclamé sa démission. Mais tous les chefs des partis de sa coalition, sur laquelle repose le gouvernement considéré comme le plus à droite de l’histoire d’Israël, sont restés solidaires pour l’instant jusqu’à la décision du procureur général sur une éventuelle inculpation.

Le Premier ministre a également été lié indirectement à l’Affaire 3000, une vaste enquête qui se penche sur des faits de corruption présumés qui auraient marqué l’acquisition de vaisseaux et de sous-marins auprès d’un constructeur de navires allemand pour plusieurs milliards de shekels. Tandis que Netanyahu n’a pas été désigné comme suspect, des proches du Premier ministre – notamment deux conseillers personnels – ont été arrêtés ou interrogés.

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