De nouvelles preuves pourraient faire rouvrir le procès de Roman Zadorov
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De nouvelles preuves pourraient faire rouvrir le procès de Roman Zadorov

Un témoin a déclaré qu'une suspecte aurait avoué avoir tué Tair Radam; le débat autour de la culpabilité Roman Zadorov est donc rouvert

Tair Rada (Capture d'écran YouTube)
Tair Rada (Capture d'écran YouTube)

Une affaire de meurtre qui a passionné les Israéliens pendant plus d’une décennie pourrait bien être rouverte après la découverte de nouvelles preuves impliquant un suspect qui avait été disculpé par les autorités.

Roman Zadorov, un ouvrier en bâtiment israélo-ukrainien purge une peine de prison à vie pour le meurtre sordide de Tair Rada, 13 ans, retrouvée morte en 2006 dans les toilettes de son école de Katzrin, dans le Golan. La jeune fille montrait des entailles au niveau du cou, des blessures au couteau sur tout le corps, et des coups portés au visage.

Mais ses avocats et des milliers de personnes, insistent sur le fait que Zadorov a été piégé et accusé d’un acte qu’il n’a pas commis, et que l’auteur du meurtre est en réalité une femme, atteinte d’une maladie mentale, dont le nom est sous embargo.

Un témoin est arrivé dimanche au poste de police de Nazareth Illit pour témoigner. Selon lui, cette femme lui a avoué avoir tué Rada, d’après le quotidien Yediot Aharonoth.

La suspecte aurait confié à trois personnes avoir bien commis ce meurtre.

L’article cite également un document rédigé par un psychiatre qui a parlé avec la suspecte en 2014, dans lequel elle dit avoir eu une pulsion meurtrière. Elle affime aussi avoir tenté de contenir cette pulsion, mais qu’elle a quand même acheté un couteau et des gants, dans l’intention de tuer sa voisine.

Le psychiatre l’a immédiatement envoyée dans un hôpital pour internement forcé afin de mener une évaluation.

Peu après le meurtre, Zadorov, qui travaillait comme homme d’entretien à l’école à cette époque, a été arrêté et accusé d’homicide. Deux semaines après son arrestation, la police a annoncé que Zadorov avait avoué avoir tué Rada et avait raconté le crime. Mais le lendemain, l’avocat de Zadorov a indiqué que son client s’était rétracté. Il avait alors déclaré que les aveux et la reconstitution des évènements avaient été obtenus sous la contrainte et qu’ils montraient des inexactitudes.

En 2014, près de 4 ans après l’arrestation, le parquet de Nazareth a condamné Zadorov à la peine de prison à perpétuité.

Le meurtrier Roman Zadorov dans la salle d’audience de la Cour suprême, à Jérusalem, le 23 décembre 2015 (Crédit photo: Gili Yohanan / Pool)

En 2015, un panel de trois juges de la Cour suprême a confirmé la condamnation de Zadorov dans une décision à 2 contre 1. L’opinion divergente venait du juge Yoram Danziger, pour qui il y avait un doute raisonnablement suffisant afin d’innocenter Zadorov.

Les appels de Zadorov ont été rejetés, et la présidente de la Cour suprême Miriam Naor a déclaré qu’en dépit de l’intérêt du public pour cette affaire, il n’y a aucune « justification légale » pour traduire Zadorov en justice une nouvelle fois.

« Il doit y avoir une distinction entre l’intérêt du public et ce que la loi requiert », a écrit Naor dans sa décision.

Yarum Halevy, l’avocat de Zadorov, a déclaré lundi qu’au regard des nouvelles preuves, il demandera un nouveau procès dans les mois à venir.

Il a déclaré que les interrogatoires de police qu’a subis la suspecte étaient « légers ». Il demande désormais une « véritable enquête ». Il a également affirmé que les procureurs lui ont assuré qu’ils traitent cette nouvelle preuve avec sérieux.

« Maintenant, un témoin important dans cette affaire a été interrogé pour la première fois… d’une part, je suis satisfait que le bureau du procureur reprenne peut-être ses esprits et oblige la police à mener une véritable enquête, mais d’un autre côté je crains qu’elle n’aille pas au-delà des ego des dirigeants », a confié Halevi à Yedioth.

Une synagogue de Katzrin nommée en mémoire de Tair Rada, tuée en 2006. (Crédit : capture d’écran de la Deuxième chaîne israélienne)

Le bureau du procureur et le ministère de la Justice ont déclaré dans un communiqué que toutes les preuves contre cette femme ont été étudiées en profondeur et jugées non fiables.

« La véracité de sa version sur son implication dans le meurtre a été écartée, mais il a été décidé qu’il n’y a aucun moyen d’écarter la possibilité qu’elle ait dit à d’autres personnes qu’elle est la meurtrière, à cause de la pathologie mentale dont elle souffre. À ce jour, il n’y a aucune nouvelle preuve étayant ses propos », indique le communiqué.

Les avocats de la suspecte, Daniel Haklai et Tomer Schwartz, ont déclaré que la police A « soigneusement étudié » et réfuté les accusations dont elle fait l’objet et qu’elle souffre de schizophrénie.

Une grande partie du débat sur la culpabilité de Zadorov a porté sur le type de couteau utilisé – l’arme du meurtre n’a jamais été retrouvée – et une empreinte de chaussure ensanglantée trouvée sur le jeans de Rada.

Dans ses aveux, Zadorov a dit qu’il avait lacéré Tada avec un cutter – qui a une lame lisse – alors qu’un expert médico-légal a affirmé que les blessures sur le menton de la victime ont été causées par un couteau dentelé.

Tamar Pileggi a contribué à cet article.

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