De récentes victimes du terrorisme partagent le deuil, et leurs idées pour avancer
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De récentes victimes du terrorisme partagent le deuil, et leurs idées pour avancer

Le veuf de Dafna Meir rappelle ce conseil que sa femme avait donné à un ami en deuil : “Choisir la vie est le choix que tu dois faire”

Maya Rahimi, Natan Meir et Ofer Cohen racontent leurs histoires personnelles pendant un évènement organisé pour Yom HaZikaron à Jérusalem pour rendre hommage aux victimes du terrorisme, le 9 mai 2016. (Crédit : autorisation)
Maya Rahimi, Natan Meir et Ofer Cohen racontent leurs histoires personnelles pendant un évènement organisé pour Yom HaZikaron à Jérusalem pour rendre hommage aux victimes du terrorisme, le 9 mai 2016. (Crédit : autorisation)

Le bureau de Manya Lakin est situé juste à droite du bâtiment principal de Magen David Adom à Jérusalem. Des ambulances sont constamment déployées dans la région, et chaque fois qu’elle entend une sirène, elle sursaute. Elle vérifie automatiquement sur son téléphone les informations à propos d’une éventuelle nouvelle attaque, comme elle l’a fait le matin du 13 octobre dernier, quand les véhicules de secours répondaient à une attaque de terroristes palestiniens dans un bus dans le quartier Armon Hanatziv de la capitale.

Richard, le père de 76 ans de Lakin, était dans le bus. Il a reçu des tirs et a été poignardé par les terroristes, et est mort deux semaines après de ses blessures.

« Le traumatisme de ce qui est arrivé est avec moi tout le temps, mais je continue ma routine habituelle. Je peux sursauter à chaque sirène, mais je marche », a déclaré Lakin au Times of Israël, pendant qu’elle se préparait à se rendre sur la tombe de son père mercredi, le Jour du Souvenir d’Israël pour ses soldats tombés et les victimes du terrorisme.

Continuer à vivre malgré les effets dévastateurs émotionnellement et physiquement du terrorisme a été le thème prédominant de l’évènement du Jour du Souvenir organisé lundi soir à Jérusalem par l’Association internationale des chrétiens et juifs (IFCJ, International Fellowship of Christians and Jews).

Lakin et beaucoup d’autres récipiendaires de bourses pour les victimes de terrorisme attribuées par l’association depuis le début de la vague actuelle de terrorisme à l’automne dernier s’y sont rendus.

Manya Lakin (Crédit : Facebook)
Manya Lakin (Crédit : Facebook)

L’IFCJ, qui promeut la compréhension entre juifs et chrétiens et construit un large soutien à Israël, a jusqu’à présent attribué 170 bourses de 4 000 shekels (environ 950 euros) chacune aux individus touchés par les récents actes de terrorisme en Israël.

Les Israéliens touchés par l’attentat terroriste du 19 mars à Istanbul ont également reçu des bourses.

« Nous avons attribué ces bourses dans les 24 heures suivant une attaque, et un représentant de notre organisation a donné chacune d’entre elle en personne », a déclaré le rabbin Yechiel Eckstein, président fondateur de l’IFCJ.

L’IFCJ fournit un autre soutien aux victimes du terrorisme et à leurs familles, comme des équipements d’urgence pour les premiers secours et des conseils gratuits pour les victimes de traumatisme. Cependant, l’organisation a décidé d’attribuer ces financements directs pour aider les victimes à faire face aux besoins financiers immédiats.

« Peut-être que 4 000 shekels ne semblent pas beaucoup, mais cela peut vraiment faire une différence pour les familles avant que les aides gouvernementales n’arrivent », a déclaré Eckstein.

‘Le traumatisme de ce qui est arrivé est avec moi tout le temps, mais je continue ma routine habituelle. Je peux sursauter à chaque sirène, mais je marche’

« Mais au final, donner de l’argent est symbolique. Cela n’empêche pas la douleur », a-t-il ajouté.

La venue des récentes victimes de terrorisme à cet évènement avait pour objectif de leur faire savoir que même avec le temps, ils sont toujours présents en mémoire et soutenus.

« Ces personnes ont le sentiment d’être simplement une autre statistique, une autre victime de terrorisme. Ils ne sont pas la première ou la seule victime, et dès que l’information continue, ils sont oubliés. Nous voulons qu’ils sachent qu’ils ne sont pas oubliés », a dit Eckstein.

Pendant son discours au rassemblement des victimes, Eckstein a déclaré qu’il les voyait comme des héros pour ne pas abandonner, pour continuer à vivre, aimer et faire partie de la société israélienne.

Pour chacun, choisir la vie veut dire quelque chose de différent.

Le site d'une attaque terroriste dans le quartier Armon Hanatziv à Jerusalem. où 16 personnes ont été blessées, le 13 octobre 2015. (Crédit : Yonatan Sindel / FLASH90)
Le site d’une attaque terroriste dans le quartier Armon Hanatziv à Jerusalem. où 16 personnes ont été blessées, le 13 octobre 2015. (Crédit : Yonatan Sindel / FLASH90)

Maya Rahimi, 25 ans, a raconté en détail son expérience de l’attaque dans le bus à Arman Hanatziv. Comme Richard Lakin, Rahimi était dans le bus quand deux Palestiniens sont montés à bord et ont commencé à poignarder et à tirer sur les passagers.

« Je me suis accroupie sous le siège. J’ai prié même si je viens d’une famille laïque. J’ai décidé de courir parce que j’ai pensé que j’étais sûre de mourir alors je restais où j’étais. Au moins si je courais, j’avais une chance de survivre », a-t-elle raconté.

Rahimi n’a pas réussi à sortir du bus sans être attaquée. L’un des terroristes l’a poignardé à l’épaule, créant une blessure de 20 centimètres de profondeur et un trou dans son poumon.

Hadar Cohen, 19 ans, a été tuée par des terroristes palestiniens Porte de Damas près de la Vieille Ville de Jérusalem le 3 février 2016 (Crédit : police israélienne)
Hadar Cohen, 19 ans, a été tuée par des terroristes palestiniens Porte de Damas près de la Vieille Ville de Jérusalem le 3 février 2016 (Crédit : police israélienne)

Après avoir plus tard trouvé une balle encastrée dans son sac, Rahimi a compris qu’elle avait échappé de peu à se faire tirer dessus aussi.

L’évènement de lundi soir n’a pas été la première fois que Rahimi rencontrait Manya Lakin. Les deux femmes se sont vues au tribunal pendant les procédures juridiques contre Bilal Abu Ghanem, habitant de Jabel Mukaber et supporter du Hamas, qui a avoué l’attaque qui a tué le père de Lakin et deux autres personnes. (L’autre terroriste, Bahaa Alyan, a été tué sur place par les forces de sécurité.)

Pour Rahimi, suivre de près la procédure juridique était un moyen d’avancer tout en n’oubliant jamais ce qui était arrivé.

Lakin pense aussi qu’être présente à la cour était important pour le processus de guérison. Et en tant qu’avocate, elle sait aussi que cela a des ramifications pratiques.

‘Quand les victimes et les familles des victimes sont devant la cour, cela fait impression sur le juge’

« Quand les victimes et les familles des victimes sont devant la cour, cela fait impression sur le juge », a-t-elle remarqué.

Alors que Lakin suit la procédure juridique contre le meurtrier de son père, son frère Micah Avni a lancé une campagne publique et juridique contre l’incitation au meurtre et au terrorisme (en particulier contre les juifs) sur les réseaux sociaux. Il a porté plainte contre Facebook aux Etats-Unis, et a porté son affaire devant la Knesset et le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU, entre autres institutions.

Les soldats portant le cercueil de Hadar Cohen, 19 ans, le 4 février, 2016, lors de ses funérailles dans la ville de Yehud (Crédit : AFP / JACK GUEZ)
Les soldats portant le cercueil de Hadar Cohen, 19 ans, le 4 février, 2016, lors de ses funérailles dans la ville de Yehud (Crédit : AFP / JACK GUEZ)

Savoir que sa fille Hadar, garde-frontière tuée par un terroriste devant la Vieille Ville de Jérusalem le 3 février, a agi avec courage et a sauvé d’autres personnes est ce qui permet à Ofer Cohen d’avancer.

« J’ai toujours vu Yom HaZikaron [le Jour du Souvenir] quand un jour pour pleurer les soldats qui sont tombés au cours des années pour les guerres visant à défendre Israël. Je n’avais jamais pensé que ce pourrait être un jour marquant le fait que ma fille de 19 ans ait donné sa vie pour la sécurité du pays », a dit Cohen.

‘Je suis fier qu’elle ait sauvé des vies’

« Je suis fier qu’elle ait sauvé des vies. Quatre bébés ont déjà été nommées d’après elle. Cela nous réconforte, comme la chaleur que nous reçu de différentes organisations et de la nation toute entière », a-t-il ajouté.

Natan Meir, dont la femme Dafna a été tuée devant ses enfants par un terroriste qui l’a attaquée dans sa maison de l’implantation d’Otniel le 17 janvier, a reconnu que certains jours il ne voulait pas sortir de son lit le matin. Néanmoins, lui et ses enfants rassemblent de la force pour continuer.

Dafna Meir, assassinée à son domicile d'Otniel, le 17 janvier 2016 (Crédit : capture d'écran Deuxième chaîne)
Dafna Meir, assassinée à son domicile d’Otniel, le 17 janvier 2016 (Crédit : capture d’écran Deuxième chaîne)

Il se trouve que sa femme a laissé une volonté éthique pour la famille qui a été révélée dans une conversation récente que Meir a eu avec quelqu’un qui a connu son épouse quand elle était adolescente. L’ancien camarade de classe de Dafna a dit que la femme assassinée lui avait dit quelque chose qui l’avait aidé à avancer quand son frère, Aryeh Frankenthal, soldat de 19 ans, avait été enlevé et assassiné par des terroristes après avoir fait du stop dans la région de Beer Sheva en 1994.

Dafna avait dit à son camarade qu’il serait tout à fait compréhensible qu’il reste brisé après ce qui était arrivé à son frère. Elle lui a dit que c’était son choix de choisir de continuer à avancer avec les autres, ou de rester derrière.

« Choisir la vie est le choix que tu dois faire », avait dit Dafna à son ami.

« C’est un impératif important que j’ai pris », a dit son mari aux personnes réunies lundi, qui savaient toutes d’expérience exactement ce qu’il voulait dire.

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