Pour combattre l’incitation à la haine sur Facebook, le fils de Richard Lakin mobilise la Knesset
Rechercher
« Je ne veux pas que mes enfants passent par quoi je suis passé d'ici 15 ou 20 ans »

Pour combattre l’incitation à la haine sur Facebook, le fils de Richard Lakin mobilise la Knesset

Misha Avni, le fils d'une victime de la terreur, mène une campagne contre « le facilitateur et l'accélerateur » du terrorisme djihadiste

Richard Lakin (à gauche) lit un livre à sa petite-fille, avec son fils Micah Avni, en janvier 2014. (Crédit : autorisation)
Richard Lakin (à gauche) lit un livre à sa petite-fille, avec son fils Micah Avni, en janvier 2014. (Crédit : autorisation)

Misha Avni a marqué le mois qui s’est écoulé depuis les funérailles de son père, qui a été tué dans une attaque terroriste à Jérusalem, en se rendant à la Knesset où il a exhorté les députés à faire davantage pour étouffer l’incitation à la haine répandue sur les réseaux sociaux dans l’espoir d’éviter une autre tragédie comme celle qui a tué son père.

Richard Lakin, un enseignant et un militant pour la paix d’origine américaine qui vivait à Jérusalem, a été grièvement blessé par balle le 13 octobre.

Avant même que son père ne succombe à ses blessures, deux semaines plus tard, Avni avait commencé à faire campagne contre l’incitation à la haine et à la violence sur les médias sociaux, avec Lakin qui a été nommé comme le demandeur principal dans un procès contre Facebook, qui compte 20 000 plaignants.

L’audience sur l’incitation à la haine en ligne qui a eu lieu à la commission des Sciences et de la Technologie de la Knesset a été demandée par les députés Nachman Shai (Union sioniste) et Dov Khenin (Liste arabe unie).

Avni a déclaré au Times of Israel qu’il avait tendu la main aux membres de la Knesset en leur demandant de considérer de faire passer des lois qui obligeraient les médias sociaux à retirer les contenus qui appellent au meurtre des Juifs et des Israéliens, ou qui incitent à la violence de quelque façon que ce soit.

Si des règles interdisant la publication de message incitant à la violence avaient été mises en place, alors les entreprises, non seulement locales, mais aussi basées à l’étranger qui ne se conforment pas à ces règles auraient l’interdiction d’opérer en Israël.

Après l’audience, le président de la commission, Uri Maklev (Yahadout HaTorah) a publié une déclaration disant qu’il allait établir une sous-commission à la Knesset pour faire face au problème de l’incitation sur Internet.

Shai, et un collègue de l’Union sioniste, Revital Swid, travaillent avec Avni sur une proposition de loi pour interdire l’incitation de la violence sur les médias sociaux.

La police et les services médicaux d'urgence traitent les victimes d'une attaque terroriste dans le quartier Armon Hanatziv à Jérusalem le 13 octobre 2015 (Crédit : Police israélienne)
La police et les services médicaux d’urgence traitent les victimes d’une attaque terroriste dans le quartier Armon Hanatziv à Jérusalem le 13 octobre 2015 (Crédit : Police israélienne)

Avni, 46 ans, a fait valoir devant la commission que les plate-formes des réseaux sociaux comme Facebook, YouTube et Twitter, sont virtuellement habitées par des millions de personnes chaque jour, doivent être considérées comme des pays ou des continents.

Cela devrait signifier, a-t-il dit, qu’il est nécessaire de réglementer les médias sociaux de la même manière que les nations réglementent d’autres domaines tels que la finance, le transport, la communication, la diffusion, la santé, et ou l’alimentaire.

« En Israël, comme tous les pays occidentaux, nous dépensons des milliards de dollars par an pour l’auto-régulation et la police pour prévenir la violence et la terreur, et pour protéger nos citoyens », a noté Avni.

« Avec des centaines de milliers de djihadistes appelant [sur les médias sociaux] à assassiner des innocents au hasard dans les rues, et qui donnent des instructions détaillées sur comment massacrer les gens avec des couteaux, cela n’a aucun sens », a-t-il dit à propos de l’absence de volonté et de ressources investies pour contrôler les médias sociaux.

Karen et Richard Lakin à Jérusalem pendant leur premier voyage en Israël dans les années 1970 (Crédit : Autorisation)
Karen et Richard Lakin à Jérusalem pendant leur premier voyage en Israël dans les années 1970 (Crédit : Autorisation)

Avni a argué que le retrait de ces types de messages et de vidéos ne viole pas la liberté d’expression ou la liberté d’association.

« Pour [ceux qui voudraient défendre ces messages comme de la liberté d’expression] je réponds, Israël est une grande démocratie. Contrairement à nos voisins, la liberté d’expression est une valeur fondamentale tenue au-dessus de toute autre. Cependant, c’est un principe bien établi que l’on ne peut pas entrer dans une salle de cinéma bondée et crier ‘au feu’. Ou l’on ne peut certainement pas entrer dans une salle de cinéma bondée, distribuer des AK-47 et crier ‘tirez’ », a-t-il pris pour exemple.

Avni a débuté son discours avec une note personnelle. Il a dit à la comission que, pendant qu’il regardait son père se battre pour sa vie pendant deux semaines en unité de soins intensifs en traumatologie à l’hôpital Hadassah, il en est venu à la conclusion que l’incitation à la violence contre les Juifs dans les médias sociaux est en grande partie à blâmer pour ce qui est arrivé.

« Le 13 octobre 2015, deux terroristes sont montés à bord du bus numéro 78 dans le quartier d’Armon Hanatsiv de Jérusalem et ont commencé à tirer au hasard et à poignarder des gens. Mon père, Richard Lakin, a été abattu [touché] à la tête, et après il est tombé au sol, il a été poignardé à plusieurs reprises dans la tête, au visage et à l’estomac. La plupart de ses organes vitaux ont été perforés », a déclaré Avni à la commission.

« L’assassinat brutal de mon père…, les récentes attaques terroristes à Paris, et les milliers de personnes qui ont été assassinées dans des attentats terroristes à travers le monde… font tous partie d’une insurrection islamiste radicale qui a été facilitée et accélérée par l’utilisation des réseaux sociaux », a-t-il poursuivi.

La campagne d’Avni pour arrêter ce qu’il croit être la source de l’actuelle vague de terrorisme palestinien contre les Israéliens a rapidement s’est exportée bien au-delà des frontières d’Israël. La presse étrangère a repris l’histoire.

Le New York Times a publié une opinion rédigée par Avni le 3 novembre et PBS Newshour a diffusé un reportage sur le procès cette semaine. Ce ne sont que deux exemples de la médiatisation de sa campagne. Avni a déclaré au Times of Israel que le département américain de la Justice a communiqué avec lui après la publication de son opinion.

Avni a également emmené son combat aux États-Unis, la demeure des grandes entreprises de médias sociaux. Il a déposé une requête en recours collectif devant un tribunal de New York contre Facebook dans un effort pour obtenir du géant des médias sociaux qu’il retire tous les messages contenant une incitation au meurtre contre les Juifs ainsi que pour qu’il modifie ses algorithmes de manière à empêcher les instigateurs à se connecter avec des terroristes potentiels qui pourraient être influencés à mener à une action meurtrière en regardant des vidéos glorifiant les terroristes et les attentats terroristes ou démontrant les méthodes pour tuer efficacement les Juifs, ou quiconque d’ailleurs.

De gauche à droite : Richard Lakin, Manya Lakin, Micah Avni et Karen Lakin en face de leur maison à Jérusalem en 1985, peu de temps après l'immigration de la famille en Israël des États-Unis. (Crédit : Autorisation)
De gauche à droite : Richard Lakin, Manya Lakin, Micah Avni et Karen Lakin en face de leur maison à Jérusalem en 1985, peu de temps après l’immigration de la famille en Israël des États-Unis. (Crédit : Autorisation)

Aussi important que le procès et les mesures législatives sont dans sa stratégie pour lutter contre l’incitation à la violence en ligne, Avni estime également que ses objectifs peuvent être atteints par d’autres moyens.

« Je pense que la publicité autour de la question augmente de manière significative. Sensibiliser et lancer quelques appels bien placés à Facebook par ses propres annonceurs serait également efficace », a déclaré Avni.

En attendant, Avni a dit que Facebook a demandé et obtenu une prolongation jusqu’au mois de janvier pour répondre aux demandes présentées dans la requête. Facebook aurait également refusé de participer à toute discussion avec lui ou les législateurs en Israël sur la question.

Une lettre envoyée en ligne par Avni au fondateur de Facebook et son PDG, Mark Zuckerberg, est également restée sans réponse. Dans ce document, le fils endeuillé a fait appel à ce qu’il pense être la responsabilité de Zuckerberg étant une personne ayant une influence mondiale.

« En tant que leader mondial, vous assumez la responsabilité morale de mener le combat contre la haine et la violence partout, y compris à l’égard de l’islam radical djihadiste, qui va sans doute prendre d’innombrables vies innocentes au cours des années à venir », a écrit Avni.

Avni, en l’essence, dit à Zuckerberg que Facebook ne peut plus se cacher derrière ce qu’il appelle vaguement ses « normes communautaires » pour déterminer ce qu’il permet et ne permet pas sur le site.

« Il n’y a pas de transparence dans le processus d’examen de Facebook pour les messages. Nous ne savons pas combien de personnes sont en train de faire ce travail, combien d’entre eux parlent couramment la langue arabe, ou comment tout de cet examen est fait », a noté Avni.

Il estime qu’il est temps pour les sites de médias sociaux d’être pro-actifs plutôt que seulement réactifs par rapport à la violence.

Si Facebook et d’autres sociétés de réseaux sociaux peuvent contrôler eux-mêmes quand il s’agit du contenu lié à la pornographie juvénile, alors il devrait également être en mesure de faire de même avec des vidéos comme celles qui reconstituent l’assassinat de Lakin.

La famille Lakin-Avni à Jérusalem pendant l'été 2014 (Crédit : Autorisation)
La famille Lakin-Avni à Jérusalem pendant l’été 2014 (Crédit : Autorisation)

Avni n’est pas surpris par l’ampleur de la couverture médiatique de l’assassinat de son père, ni par l’effusion de chagrin et de sympathie qui afflue de partout d’Israël, des États-Unis et d’au-delà.

« C’est une histoire puissante sur le mal qui arrive au hasard à une bonne personne. Les gens sont très touchés par quelque chose comme ça », a analysé Avni.

Il espère simplement que la mémoire ne sera pas à courte et que l’élan et le soutien au changement qu’il cherche à réaliser ne tomberont pas, à mesure que le temps passe.

Bien que la famille Lakin a reçu la visite pendant la période de deuil de shiva des politiciens de tout le spectre politique israélien, Avni, sa mère, Karen Lakin, et sa soeur Manya Lakin ont délibérément choisi de ne pas laisser les politiciens parler ou agir à titre officiel à l’enterrement de Richard.

« Notre famille ne considère pas ces questions comme politique. Ce sont des questions de bien et de mal et de la morale », a déclaré Avni. En conséquence, il espère obtenir un soutien pour sa campagne contre l’incitation à la violence dans les médias sociaux de toutes parts.

Un Américain qui a immigré en Israël en tant que jeune adolescent il y a 31 ans, Avni en est venu à se sentir très israélien. Malheureusement, il a rejoint les rangs des dizaines de milliers de ses concitoyens qui ont perdu un être cher à la guerre ou au terrorisme.

« Cela a augmenté mon lien à Israël. C’est un lien fort, puissant. Il m’a donné la force d’aider Israël et le peuple juif », a décrit Avni.

Lorsqu’on lui a demandé si rendre public son procès contre Facebook et sa campagne contre l’incitation à la violence dans les réseaux sociaux est une façon de faire face à sa douleur personnelle, Avni est circonspect.

« Quand vous regardez le monde, vous voyez que beaucoup de gens sont apathiques et ne participent pas aux grandes questions d’image. L’assassinat de mon père par des terroristes a été le déclencheur pour moi pour devenir actif », a-t-il répondu, choisissant de ne pas parler de la douleur émotionnelle de perdre son père.

Comme Avni le voit, il ne peut pas changer le passé. Mais il peut essayer d’influencer l’avenir.

« Je ne veux pas que mes enfants passent par quoi je suis passé d’ici 15 ou 20 ans ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...