Décès de Franck Bauer, dernière voix de Radio-Londres
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Décès de Franck Bauer, dernière voix de Radio-Londres

La voix de la résistance contre l’occupant nazi fut aussi un espion venu du jazz qui sera entre autres ensuite secrétaire général de la Comédie-Française

Franck Bauer, la dernière voix de Radio Londres, une diffusion radio entre 1940 et 1944 depuis la BBC à Londres dans la France occupée, prend la pose à Paris, le 17 juin 2009 (Crédit : / AFP PHOTO / PATRICK KOVARIK
Franck Bauer, la dernière voix de Radio Londres, une diffusion radio entre 1940 et 1944 depuis la BBC à Londres dans la France occupée, prend la pose à Paris, le 17 juin 2009 (Crédit : / AFP PHOTO / PATRICK KOVARIK

« Ici Londres… Les Français parlent aux Français » : Franck Bauer, voix de la résistance contre l’occupant nazi et ultime survivant de la petite équipe de speakers français qui prononçaient rituellement ces mots sur Radio-Londres, est décédé vendredi à 99 ans.

Né en juillet 1918 à Troyes (centre), Franck Bauer, est décédé à l’hôpital du Cateau-Cambrésis, dans le nord de la France, a annoncé à l’AFP son fils, l’artiste Axel Bauer.

Fils d’un architecte, ce jeune batteur et pianiste de jazz, qui s’orientait plutôt vers la profession de son père, s’était engagé dans la France libre dès juin 1940, et avait fait partie, de mars 1941 à avril 1943, de cette petite équipe de journalistes français qui, sur les ondes de la BBC, se relayaient pour porter l’espoir durant ces heures sombres de l’histoire de France.

Dernier survivant de cette équipe, « c’est de lui dont on retient la voix et l’image du speaker de Radio-Londres » dans les archives de l’époque, et il avait participé à d’importantes commémorations, notamment en 2010 à Londres pour le 70e anniversaire de l’appel du Général de Gaulle, a rappelé à l’AFP Axel Bauer.

Après avoir été occupé à des missions de propagande, il avait été engagé comme speaker à Radio-Londres par son patron, Jacques Duchesne, qui jugeait que son timbre de voix avait les caractéristiques nécessaires pour résister au brouillage allemand.

Il avait à ce titre prononcé 578 fois le célèbre indicatif : « Les Français parlent aux Français… », et diffusé des centaines de messages codés à ceux qui luttaient contre l’occupant, dont certains étaient restés gravés dans sa mémoire, comme : « Le crabe va rencontrer les serpents » ou « Le cheval envoie ses voeux à Polydore, sa filleule et ses amis ».

« L’espion qui venait du jazz »

Outre ces messages secrets qui aident à coordonner les actions des résistants, les speakers de Radio-Londres, dont les émissions débutaient par quelques célèbres notes au ton grave de la 5e symphonie de Beethoven, relayaient aussi des « messages personnels », et des chroniques destinées à soutenir le moral des Français.

A l’époque, pour ces millions de Français qui écoutaient en cachette Radio-Londres, « j’étais l’équivalent de PPDA », l’ex-présentateur vedette du journal télévisé Patrick Poivre d’Arvor, avait-il raconté en 2009 au quotidien Le Parisien.

Comme il l’avait expliqué dans « 40 à Londres; l’espion qui venait du jazz », livre paru en 2004, Franck Bauer avait fini par démissionner quelques mois après le débarquement de novembre 1942 en Afrique du Nord, pour ne pas, avait-il expliqué, cautionner les messages entérinant la prise de contrôle à Alger de l’amiral Darlan et du général Giraud, au détriment du général de Gaulle.

Il avait alors été envoyé à Madagascar pour y prendre en main la radio des Français libres. Mais avant d’accepter, il avait fait promettre à Maurice Schumann, autre camarade de Radio Londres, de le prévenir à temps pour pouvoir prendre part au Débarquement en France.

Une promesse tenue, mais après des étapes à Alger et en Ecosse, Franck Bauer ne touchera le sol normand qu’en juillet 1944. C’était quatre ans après avoir quitté la France sur un navire de guerre polonais pour une destination découverte à son arrivée, l’Angleterre, où il avait rallié « par hasard » un général dont il n’avait auparavant jamais entendu le nom…

Après la Libération, il travaille comme reporter de guerre aux Nouvelles du matin, puis à l’Agence France-Presse, et entre au ministère de la Culture. Il fut par la suite secrétaire général de la Comédie-Française, fondateur du premier cabinet de relations publiques en France, professeur à la Sorbonne et commissaire de l’Exposition universelle de 1967, à Montréal.

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