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Décès de l’écrivain juif américain Paul Auster

Le maître du labyrinthe new-yorkais est né en 1947 de parents descendants de juifs ashkénazes de Pologne

L'écrivain juif américain Paul Auster regarde à Lyon, France, le 16 janvier 2018. (Crédit : JEFF PACHOUD / AFP)
L'écrivain juif américain Paul Auster regarde à Lyon, France, le 16 janvier 2018. (Crédit : JEFF PACHOUD / AFP)

Paul Auster, disparu à 77 ans après un cancer, est l’auteur de romans, poèmes et films, marqués par New York et des personnages désorientés qui embarquent le lecteur dans une quête existentielle vertigineuse.

Prix Médicis étranger pour le « Léviathan » en 1993, Paul Auster est un écrivain vénéré en France qu’il considère comme son « deuxième pays ».

Sa « Trilogie new-yorkaise » parue en 1987, le propulse sur la scène littéraire internationale et l’associe définitivement à la mégapole qu’il n’aura de cesse de réinventer dans ses livres et ses films.

« Parfois New York est le centre de l’histoire, parfois elle n’en est que la périphérie. New York, ville où je vis et où j’écris, est une image qui vit dans ma réalité et dans mes fictions », racontait-il.

Dans « Cité de Verre », « Revenants » et « La Chambre dérobée » qui forment la « Trilogie », ses personnages partent à la recherche de leur identité à la manière de détectives dans le labyrinthe de Manhattan hérissé de gratte-ciels où tout n’est que reflets et faux semblants.

C’est à Newark, une banlieue new-yorkaise, que Paul Auster naît en 1947 de parents descendants de juifs ashkénazes de Pologne. Très jeune, il est attiré par cette ville où il passe tous ses week-ends. Il s’y installe à 18 ans pour y étudier la littérature française, italienne et britannique à l’université de Columbia de 1965 à 1970.

Plus tard, il s’ancre à Brooklyn, quartier familial qu’il célèbre dans « Smoke » et sa suite « Brooklyn Boogie », deux films qu’il réalise avec Wayne Wang. « Smoke » obtient l’Ours d’argent à Berlin (1995).

Après ses études, il vit à Paris de 1971 à 1975. Il occupe une chambre de bonne, rencontre une prostituée qui lui récite du Baudelaire et manque de s’inscrire à l’institut des hautes études cinématographiques. Il écrit des scenarii pour films muets et traduit Breton, Mallarmé, Michaux et Dupin. Il perfectionne son français qu’il manie d’une voix éraillée par les cigarillos qu’il affectionne.

L’auteur américain Paul Auster tient son livre « 4321 » lors d’un photocall au Royal Festival Hall de Londres, le 16 octobre 2017. (Crédit : CHRIS J RATCLIFFE / AFP)

Grand brun hédoniste, aux cheveux peignés en arrière et aux yeux noirs cernés légèrement exorbités, il plaît aux femmes mais connaît plusieurs années d’errance professionnelle qu’il raconte dans « Le diable par la queue ». « Unearth », son premier recueil de poèmes paraît aux Etats-Unis en 1974, mais faute de revenus suffisants, il enchaîne les petits boulots et embarque comme homme à tout faire sur un pétrolier.

L’héritage de son père mort en 1979 lui permet de se consacrer à l’écriture. Après un divorce d’avec l’écrivaine Lydia Davis dont il a un fils, il se marie en 1981 avec la romancière américaine, Siri Hustvedt. C’est le début d’une nouvelle vie.

Il publie « L’invention de la solitude » (1982), un roman autobiographique où il tente de cerner la personnalité de son père, figure « invisible » qui inspirera ses personnages aux prises avec un double inquiétant. C’est le cas notamment dans « Moon Palace » (1990), roman initiatique d’un orphelin, qui lui apporte enfin la reconnaissance américaine.

Fin connaisseur des ficelles narratives, Paul Auster aime jouer avec le lecteur : anagrammes entre les noms, mises en abîme, récits fragmentés. « Leviathan », « Le livre des illusions » (2007) ou encore le phénoménal « 4321 » (2018), brouillent les frontières entre fiction et réalité. Au risque parfois d’être trop confus et de déplaire.

« Nous passons notre temps à imaginer des histoires. Nous vivons avec ça … le réel et l’imaginaire ne font qu’un. Les pensées sont réelles, mêmes les pensées de choses imaginaires », explique l’un de ses personnages dans « Seul dans le noir ».

Démocrate, il dénonce dans ce roman publié en 2009, les huit années Bush où l’Amérique de la guerre en Irak et du 11-Septembre, a basculé, dit-il, « dans un monde parallèle », à travers l’évocation d’une guerre civile imaginaire que se raconte un insomniaque dépressif.

Il renoue avec le récit autobiographique avec « Chroniques d’Hiver » (2013) et « Excursions dans la zone intérieure » (2014), décidé, « à l’hiver de sa vie », de reconstituer le puzzle de son existence à travers la description des mutations de son corps. « Je veux essayer de montrer, de faire ressentir ce que c’est qu’être vivant. La vie est à la fois merveilleuse et horrible et ma tâche est de capturer ces moments-là. Voilà ma mission d’écrivain. Rien de plus ».

Son don pour les dialogues aigus – Auster s’est impitoyablement adapté au rythme des phrases – a été la clé du succès de « Smoke », qu’il a écrit et co-réalisé, sur un propriétaire de fumoir de Brooklyn joué par Harvey Keitel.

Il a également co-réalisé la suite « Blue in the Face » qui mettait à nouveau en vedette Keitel, aux côtés de Jim Jarmusch, Michael J. Fox, Madonna et Lou Reed.

« Fierté américaine »

En 2017, il rompt avec son style concis pour livrer un pavé de 866 pages, « 4 3 2 1 », retraçant la société américaine à travers la vie d’un homme ordinaire, Archie Ferguson.

Auster l’a présenté comme son chef-d’œuvre.

Mais si la National Public Radio américaine l’a trouvé « éblouissant », d’autres se sont montrés moins positifs. L’Irish Times l’a considéré comme « le dernier gros roman d’une fierté américaine effondrée ».

« Bloodbath Nation » – le livre qu’il a sorti en janvier 2023 avec son gendre photographe Spencer Ostrander sur la violence des armes en Amérique – l’a emmené sur un nouveau terrain.

Des élèves sont conduits vers un bus pour retrouver leurs parents après une fusillade dans une école de la périphérie de Denver, dans le Colorado, le 7 mai 2019. (Crédit : AP/David Zalubowski)

Auster a écrit le texte pour accompagner les photos en noir et blanc obsédantes d’Ostrander prises sur les sites de 30 fusillades de masse.

Les armes à feu sont « la métaphore centrale de tout ce qui continue de nous diviser », écrit-il.

Dans le livre, il révèle comment sa propre grand-mère avait abattu son grand-père dans le Wisconsin en 1919, mais avait évité la prison et élevé ses cinq enfants après avoir plaidé la folie passagère.

Un siècle plus tard, Auster était confronté à sa propre angoisse personnelle. En avril 2022, il avait perdu son fils Daniel Auster, 44 ans, qu’il avait eu avec l’écrivaine Lydia Davis, sa première épouse. Il était mort d’une « overdose accidentelle » à New York après avoir été inculpé d’homicide involontaire pour le décès fin 2021, également par overdose, de sa fille Ruby, âgée seulement de dix mois.

Auster n’a jamais parlé publiquement de leur mort.

Lui et Hustvedt ont également eu une fille, la chanteuse Sophie Auster.

La même année, il a été diagnostiqué d’un cancer, selon son épouse. Malgré la maladie, il achève un dernier livre à la tonalité nostalgique, « Baumgartner ».

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