Décès de l’historien Zeev Sternhell, figure de la gauche israélienne
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Décès de l’historien Zeev Sternhell, figure de la gauche israélienne

Co-fondateur de l'ONG "La Paix Maintenant", il a écrit plusieurs ouvrages sur l'extrême droite française et des chroniques pour Haaretz

Zeev Sternhell (Crédit : CC BY-SA 4.0)
Zeev Sternhell (Crédit : CC BY-SA 4.0)

L’historien Zeev Sternhell, l’une des figures historiques de la gauche israélienne, est décédé dimanche à l’âge de 85 ans de complications liées à une chirurgie, ont annoncé l’ONG « La Paix Maintenant » qu’il avait co-fondée et le quotidien Haaretz.

Observateur averti de la vie politique israélienne, francophile, il a consacré une partie de son oeuvre à l’histoire de l’extrême-droite française avec des essais comme Ni droite ni gauche: l’idéologie fasciste en France ou encore L’histoire refoulée – La Rocque, Les Croix de feu et le fascisme français, publié en 2019.

Né en Pologne en 1935 dans une famille juive, il a perdu, enfant, l’ensemble de sa famille pendant la Seconde Guerre mondiale : son père est mort à son retour de l’armée polonaise, tandis que sa mère et sa soeur ont été assassinées par les nazis.

Un oncle et sa tante l’ont alors fait passer pour un catholique. Il a ensuite émigré après la guerre en France, devenue sa patrie d’adoption et l’objet de ses recherches, avant de rejoindre Israël peu après sa création en 1948.

Avec l’historien Georges Bensimhon, il avait notamment signé l’ouvrage Aux origines d’Israël: entre nationalisme et socialisme. Sa critique de l’essor, selon lui, de la droite israélienne au cours des dernières décennies détonnait aussi en Israël.

Sternhell s’intéressait aux « racines françaises du fascisme » et proposait un « examen de conscience » à la France sur ce sujet épineux, ce qui l’a plongé dans de vifs débats et controverses, se souvient son ancien élève Denis Charbit, aujourd’hui maître de conférences à l’Open University d’Israël.

Pour l’historien, « Vichy n’est pas une parenthèse, c’est précédé, préparé, par des écrits, des théories, des publications, des organisations, des ligues, des factions, etc… Et c’est vrai que de ce point de vue-là, il mettait en cause une lecture plus indulgente de la France », dit à l’AFP M. Charbit qui se souvient d’un professeur « très exigeant » mais aussi « attentif » à ses meilleurs étudiants.

En novembre dernier, M. Charbit avait animé une conférence de Zeev Sternhell, sans doute l’une de ses dernières, à l’Institut français Romain Gary de Jérusalem, devant certains de ses plus fidèles lecteurs mais aussi des critiques, ce qui avait suscité des échanges pointus et animés.

« Il a été pour tous les historiens de ma génération, celui qui a ouvert un champ considérable d’analyse sur le fascisme français », a commenté l’historien français Benjamin Stora.

L’historien avait participé à la guerre de Kippour en 1973, avant de cofonder l’ONG Peace Now, « La Paix Maintenant », alors favorable à un accord de paix entre Israël et l’Egypte et aujourd’hui engagée dans la lutte contre l’essor des implantations en Cisjordanie.

En septembre 2008, il avait été atteint à la jambe droite par l’éclat d’une bombe qui avait explosé alors qu’il fermait la clôture de sa résidence.

« Le problème ce n’est pas Zeev Sternhell ou une attaque contre la personne de Zeev Sternhell, c’est un problème de société, c’est un problème politique. Notre société devient de plus en plus violente », avait-il alors déclaré à des centaines de personnes venues devant chez lui pour manifester leur soutien.

« C’était vraiment un sioniste énergique et sérieux dont le message était ‘nous avons une terre pour deux peuples’ (…) avec Jérusalem comme capitale des deux pays. Ce message il le livrait de manière humaniste, égalitaire », raconte à l’AFP Janet Aviad, une des fondatrices de « La paix Maintenant ».

Dimanche matin, le site du journal Haaretz, pour lequel M. Sternhell signait des chroniques, a annoncé son décès, attribué à une détérioration de son état de santé après une chirurgie.

L’ONG « La Paix Maintenant » et l’Université hébraïque de Jérusalem, où il était professeur en sciences politiques, ont confirmé son décès.

Zeev Sternhell était « l’exemple même d’une personne qui a réussi à combiner excellence académique à un engagement profond envers notre société et notre pays », a souligné l’université, dans un communiqué.

« Dans son enfance, Sternhell a fait la terrible expérience du fascisme et toute sa vie durant il a eu le courage et la force de la combattre. Pendant des décennies, il a été une voix fondamentale pour le droit des Palestiniens et contre l’occupation des territoires », a salué Ayman Odeh, chef de la Liste arabe unie.

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