Décès de Michel Piccoli, « passionnément de gauche »
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Décès de Michel Piccoli, « passionnément de gauche »

Marqué par les discours d'Hitler, il affirme avoir saisi, après la rafle du Vél' d'Hiv' , le destin promis aux Juifs et n'accepte pas que les gens disent : "On ne savait pas !"

L'acteur français Michel Piccoli, le 3 décembre 2018. (Crédit : John MACDOUGALL / AFP)
L'acteur français Michel Piccoli, le 3 décembre 2018. (Crédit : John MACDOUGALL / AFP)

Ancien compagnon de route du Parti communiste, Michel Piccoli qui se déclarait « passionnément de gauche », s’est engagé dans divers combats de société en France, comme à l’étranger, notamment contre le racisme et le « capitalisme débridé ».

Si l’acteur a joué dans des films contestataires (« Themroc », « La Plage noire »), il a surtout défendu des causes en tant que « citoyen connu ». Sans jamais militer au sein d’un parti.

« Le métier que nous faisons dépend complètement de la politique et de l’économie. J’en connais qui vivent en égoïstes dans leur petit monde fermé. Moi, je ne veux pas », disait-il.

Défense des sans-papiers, pétition pour la parité homme-femme dans la vie publique, mobilisation contre le Front national: Michel Piccoli fut très actif au sein de SOS Racisme (créé en 1984) et aux côtés d’Amnesty International.

Dans le désordre, on peut citer : une lettre adressée au président iranien et publiée en 1991 dans Le Monde pour réclamer la libération d’une militante des Moudjahidines du peuple; son soutien, en 1981, au syndicat Solidarnosc en Pologne; ses manifestations, avec Harlem Désir et les Klarsfeld, contre les conservateurs alliés au parti d’extrême droite autrichien de Jorg Haider en 2000.

Il faut remonter à son enfance pour comprendre son engagement. Très marqué par les discours d’Hitler, il affirme avoir saisi, dès le lendemain de la rafle du Vél’ d’Hiv’ (16 et 17 juillet 1942), le destin promis aux juifs. Dès lors, il n’accepte pas que les gens disent: « On ne savait pas! »

Statue en mémoire aux victimes de la rafle du Vel d’Hiv au Quai de Grenelle près du Métro Bir-Hakeim (Crédit : Leonieke Aalders/ CC BY SA 3.0)

Ému par l’appel du 18 Juin qu’il entend en direct à la radio, l’adolescent de 14 ans se découvre d’abord des convictions gaullistes.

Très vite, cependant, le spectacle de sa propre famille « égoïste, raciste, franchouillarde » pèse sur son rejet de la bourgeoisie. « Par sentimentalisme », il se rapproche des communistes.

« Je croyais que c’était une philosophie exemplaire. C’était simple pendant la guerre », explique-t-il au Monde en 2007. Il adhère au Mouvement pour la Paix, une organisation pacifiste contre le fascisme récupérée par les communistes.

A 20 ans, il est électrisé par Saint-Germain-des-Prés, Sartre, Boris Vian et Juliette Gréco, « ces libertaires magnifiques ».

Puis l’Histoire apporte la désillusion… mais il affirme en 1985 au Nouvel Observateur qu’il sera « toujours passionnément, obsessionnellement, lucidement de gauche ».

« Phobie du capitalisme »

Si l’homme ne s’est jamais inscrit au Parti socialiste, il en a systématiquement soutenu les candidats à l’élection présidentielle, de François Mitterrand en 1981 à François Hollande en 2012. En 2007, il signe avec 150 intellectuels un texte appelant à voter Ségolène Royal, « contre une droite d’arrogance », « pour une gauche d’espérance ».

Il nourrit une « phobie pour le capitalisme » et « les fausses richesses », s’élève contre la dictature de l’argent à la télévision: en 1991, il s’en prend vivement à Silvio Berlusconi, propriétaire de chaînes privées italiennes, l’accusant d’avoir « assassiné l’imaginaire en Italie ». La même année, il manifeste encore pour consacrer « les funérailles de la télévision publique ».

En mai 2009, il enjoint à Martine Aubry, alors première secrétaire du PS, de « redevenir de gauche » dans une lettre pour inciter les députés à adopter la loi Hadopi contre le téléchargement illégal. « Vous étiez la résistance à la loi du plus fort qui assassine la diversité culturelle, vous êtes désormais les avocats du capitalisme débridé contre les droits des artistes à l’heure du numérique », lance-t-il.

Dès les années 2000, il affirme que « la politique est devenue une catastrophe ». « Il n’y a plus d’idéologie possible, à part l’argent », déplore-t-il dans un entretien avec Libération. Dans ce qu’il décrit comme un marasme de désengagement politique, il concède que seul José Bové lui fait encore l’effet d’une « décharge électrique ».

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