Décès de Robert Wajcman, survivant d’Auschwitz et témoin engagé de la Shoah
Robert Wajcman, qui a survécu aux marches de la mort, s'est éteint le 12 décembre 2025 à l’âge de 95 ans
Robert Wajcman, survivant du camp d’Auschwitz et des marches de la mort, est décédé le 12 décembre 2025, à l’âge de 95 ans. Le Mémorial de la Shoah a présenté ses condoléances à ses enfants et à sa famille, saluant la mémoire d’un témoin humble et engagé, qui a consacré sa vie à transmettre son expérience de la Shoah.
Né en France le 8 mai 1930, Robert est le fils de parents d’origine polonaise. Son père, brocanteur, et sa mère, Jeannette, qui tient un magasin d’antiquités, ont deux enfants : Robert et son frère Jacques, né en 1934. En 1942, les boutiques de ses parents sont affectées par l’aryanisation économique. La famille part alors pour Masseret, en Corrèze, où Robert fréquente l’école communale. Les autorités locales les pressent cependant de partir, et la famille s’installe à Lyon en mars 1944.
Le 24 mai 1944, Robert est arrêté avec son père. Sa mère est arrêtée à son domicile, tandis que son petit frère échappe à l’arrestation. Robert et son père sont enfermés au Fort de Montluc. Une évasion entraîne l’exécution pour l’exemple de plusieurs internés, dont Maurice Wajcman, le 3 juin 1944. Le 25 juin, Robert est transféré au camp de Drancy, où il retrouve sa mère. Ensemble, ils sont déportés le 30 juin par le convoi 76 vers Auschwitz. À son arrivée, Robert ment sur son âge, ce qui lui permet d’éviter d’être envoyé à la chambre à gaz et d’être affecté au camp de Monowitz.
En janvier 1945, le camp est évacué et il se retrouve à Buchenwald, affecté au Kommando des jardiniers. Après quelques semaines, il est de nouveau évacué vers le camp de Theresienstadt, où il parvient au moment de l’Armistice. Le jour de ses 15 ans, il apprend enfin la libération et se met à pleurer après des mois de souffrance contenue. Ne pesant que 16 kilos, il reste prostré et doit être hospitalisé à son retour en France, fin juin 1945. Sa mère, rentrée de déportation avant lui, le retrouve à l’hôpital.
Après sa convalescence, Robert décide avec sa mère de reprendre l’activité d’antiquités de son père. Il entame d’abord des études d’art, qu’il abandonne rapidement pour aider sa mère au marché aux puces, où leur retour est parfois mal accueilli par certains antiquaires, incapables d’accepter la restitution des biens aux familles légitimes.
Longtemps silencieux sur son passé, Robert Wajcman décide de témoigner face aux premières affirmations négationnistes. Il se souvenait avec précision : « Le voyage de quatre jours en train vers les camps de concentration en Pologne, mes larmes lors de l’armistice mais aussi mon poids. Je pesais 16 kilos quand je suis revenu à Paris : le poids de mon squelette avec la peau collée dessus » rapporte Ici.
Face aux élèves qui l’écoutaient, les questions fusent : « Vous avez dit que vous pensiez que vous alliez perdre la guerre. C’était encore le cas après le débarquement en Normandie ? » À une autre question sur la haine envers les Allemands, il répondait : « Les Allemands, les SS qui nous ont gardés dans les camps, si certains sont encore en vie, ils sont très vieux. Je pense qu’il n’en a plus de vivant. Pour vous dire la vérité, je ne vais plus mettre les pieds en Allemagne ».
Même à 88 ans, il continuait de parcourir la France pour témoigner. « En 2018, dans notre groupe de témoins de l’Union des déportés d’Auschwitz, il y a neuf décès. Aujourd’hui, nous sommes cinq ou six à témoigner. Et malheureusement, on sera tous partis d’ici un an ou deux ».
Robert Wajcman laisse derrière lui le souvenir d’un homme courageux, qui a transformé son traumatisme en engagement éducatif. Son témoignage, empreint d’humanité et de rigueur, restera une ressource précieuse pour l’enseignement de l’histoire et la mémoire de la Shoah.








