Décès de Sam Schulman, dernier survivant américain de l’équipage de « L’Exodus »
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Décès de Sam Schulman, dernier survivant américain de l’équipage de « L’Exodus »

Sam Schulman s'est porté volontaire pour emmener les réfugiés juifs dans l'Israël pré-État ; lorsque sa mère lui a demandé pourquoi, il a lui a répondu : "Je veux, je dois y aller"

Sam Schulman devant une photo de lui lors d'une exposition de 'L'Exodus" au musée de la Shoah de Virginie en 2003 à Richmond, Virginie (Autorisation de la famille Schulman)
Sam Schulman devant une photo de lui lors d'une exposition de 'L'Exodus" au musée de la Shoah de Virginie en 2003 à Richmond, Virginie (Autorisation de la famille Schulman)

Samuel Schulman, le dernier membre d’équipage américain encore en vie du célèbre bateau « L’Exodus 1947 », qui a tenté de conduire des milliers de survivants de la Shoah d’Europe vers l’Israël pré-État, est décédé vendredi à Richmond, Virginie. Il avait 91 ans.

De la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu’à l’établissement de l’État d’Israël, l’immigration « illégale » — connue sous le nom de code « Aliya Bet » — était le principal moyen de contourner la politique stricte du Royaume-Uni de l’époque qui n’autorisait que plusieurs centaines de réfugiés par mois à se rendre en Palestine sous mandat britannique.

Entre 1946 et 1948, ce sont plus de 60 voyages Aliya Bet qui ont été organisés, mais seuls quelques-uns ont réussi à percer le blocus britannique et à débarquer ses passagers sur la côte. La plupart étaient interceptés et envoyés dans des camps de détention à Chypre. Les plus de 4 500 survivants de la Shoah présents sur l’Exodus furent incarcérés dans des bateaux-prison à Haïfa et renvoyés en Europe.

La journaliste américaine, Ruth Gruber, autrice de Exodus 1947: The Ship That Launched a Nation, rédigeaient des dépêches décrivant la tragédie, permettant ainsi d’attirer l’attention du monde entier sur la détresse des immigrants et les événements déterminants ayant conduit à la création de l’État d’Israël en 1948.

L’Exodus (Crédit : Wikimedia commons)

Même si l’Exodus était le plus célèbre des bateaux de l’Aliya Bet, Sam Schulman était également à bord de bateaux moins connus mais tout aussi importants comme le « Pan Crescent » et le « Pan York », qui ont transporté plus de 15 000 immigrants depuis Burgas, en Bulgarie, en décembre 1947. Les deux embarcations furent interceptées par des navires de guerre britanniques et contraintes de poser l’ancre dans le port chypriote de Famagouste (aujourd’hui dans la partie nord contrôlée par la Turquie).

Sam Schulman fut incarcéré à Chypre par les Britanniques pendant plusieurs mois avant d’être conduit illégalement à Haïfa. Une fois sur place, il se rendit dans le sud pour participer à la création d’une coopérative agricole collective, le kibboutz Mishmar Ha’Negev. Il partit ensuite former des marins dans une base navale de Haïfa lors de la guerre d’Indépendance d’Israël. Il resta ensuite un an dans le pays avant de s’installer à New York.

« Je suis fier du rôle que j’ai joué », a dit un jour Sam Schulman au sujet de l’aide qu’il a apportée aux immigrés juifs. « C’était une époque importante de ma vie ».

L’Exodus fut mis à l’honneur dans le best-seller éponyme de 1958 du romancier américain, Leon Uris, qui fut ensuite adapté au cinéma par Otto Preminger, avec Paul Newman dans le rôle principal.

Sam Schulman, à gauche, à bord de « L’Exodus » dans le port de Baltimore, en 1947. (Autorisation)

Sam Schulman est né de parents juifs polonais à Terra Haute, dans l’Indiana, le 8 juillet 1928. Après la mort de son père, il s’installa à Varsovie avec sa mère au début des années 30 pour rejoindre sa famille. Sa mère se remaria. Il passa peu de temps dans la capitale polonaise, qu’il quitta pour Paris. Lorsque la guerre éclata en septembre 1939 avec l’invasion allemande de la Pologne, Sam Schulman était un écolier français de 11 ans. En juin 1940, les nazis occupèrent Paris et la France.

Malgré les rationnements de nourriture, les couvre-feux et les lois antijuives, Sam Schulman et sa mère Sarah (son beau-père était en voyage d’affaires aux États-Unis lorsque la guerre commença et n’avait pas pu retourner en Europe) réussirent à faire profil bas jusqu’à la rafle du Vel D’Hiv de juin 1942 — au cours de laquelle plus de 13 000 Juifs furent arrêtés, dont au moins 4 000 enfants

Échappant de peu aux nazis, il devint évident que Paris n’était plus sûr pour eux. Avec l’aide d’une agence juive locale, ils partirent en train se réfugier dans le village rural de Pionnat, au cœur de la « zone libre ».

Près de 75 000 Juifs, dont 12 000 enfants, furent déportés de France entre 1941 et 1944 ; seuls 2 500 environ en ressortirent vivants. Le camp de Drancy servait de point de transit avant la déportation à Auschwitz et d’autres camps de la mort nazis en Pologne et en Europe de l’Est.

Sam Schulman à bord de « L’Exodus » au printemps 1947. (Autorisation)

Sam Schulman et sa mère se cachèrent pendant trois ans à Pionnat – situé à 400 km au sud de Paris, dans la Creuse. Malgré l’isolement du village, ils devaient parfois se cacher pendant une journée, avertis par la résistance locale de l’arrivée de nazis ou de gendarmes français. Le prêtre des environs savait qu’ils étaient juifs, mais ne les a pas dénoncés.

Lorsqu’il repensait à cette période de sa vie, Sam Schulman se rappelait de la chance qu’il a eue, « Malgré le danger, je pense que le plus dur quand on se cachait, c’était l’isolement et la solitude ».

Malheureusement, la plupart de ses proches restés en Pologne – ses grands-parents, ses oncles, tante et cousins – et en France n’ont pas eu la même chance et ont péri dans le Ghetto de Varsovie ou à Auschwitz. « J’étais au mauvais endroit et au mauvais endroit [l’Europe pendant la Seconde Guerre mondiale], mais j’ai réussi à survivre », commenta-t-il un jour.

Après la guerre, il revînt brièvement à Paris avant d’immigrer à New York avec sa mère. Il y resta peu de temps, étant recruté pour rejoindre l’Aliya Bet à bord de L’Exodus, qui quitta le port de Baltimore, dans le Maryland, le 25 février 1947.

Il se souvint un jour de la réaction de sa mère lorsqu’il lui apprit qu’il allait rentrer en Europe pour aider d’autres réfugiés juifs. « tu es fils unique, pourquoi tu veux aller en Palestine ? Laisse quelqu’un d’autre y aller », lui demanda-t-elle. « Je veux y aller, je dois y aller », lui rétorqua-t-il.

À son retour d’Israël, le marin — né en Amérique et citoyen américain, parti du pays à l’âge de 4 ans — fut enrôlé pour la Guerre de Corée. En raison de son expérience dans la guerre d’Indépendance d’Israël, il forma, pendant deux ans, des soldats à Camp Edwards dans le Massachusetts, accédant au rang de sergent-chef.

Après la guerte, il étudia au Brooklyn College puis à l’école d’horlogerie Joseph Bulova dans le Queens. Il créa ensuite sa bijouterie-horlogerie dans l’nacien quartier du diamant, dans la rue Canal Street, à Manhattan, où il travailla pendant 40 ans.

Sam Schulman laisse derrière lui sa femme, ses deux fils (dont moi) et cinq petits-enfants.

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