Défiant Netanyahu, Saar se présente comme le sauveur de la droite
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Défiant Netanyahu, Saar se présente comme le sauveur de la droite

Dix jours avant les primaires, le candidat inattendu salue un millier de partisans et clame que garder le Premier ministre à la barre du parti entraînera la victoire de la gauche

Le membre du Likud Gideon Saar lance sa campagne pour les primaires à la présidence du Likud avant les élections à la Knesset à Or Yehuda, le 16 décembre 2019 (Autorisation)
Le membre du Likud Gideon Saar lance sa campagne pour les primaires à la présidence du Likud avant les élections à la Knesset à Or Yehuda, le 16 décembre 2019 (Autorisation)

Le député du Likud, Gideon Saar, a officiellement lancé sa campagne lundi visant à renverser Benjamin Netanyahu de son poste de dirigeant du Likud.

Applaudi par une assistance composée d’environ un millier de personnes qui ont scandé son nom en tant que « prochain Premier ministre », Saar s’est présenté comme l’antidote au leadership de Netanyahu, en place depuis trop longtemps et qui a échoué dans ses tentatives successives de former une coalition.

« Tout le monde comprend bien qu’il est impossible que le Likud forme un gouvernement à l’issue du scrutin du 2 mars », a affirmé l’ex-ministre populaire, sondages à l’appui. Ces chiffres montrent que le bloc de droite et religieux perdait du terrain en amont d’un troisième scrutin dans le pays – inédit dans l’histoire de l’Etat juif.

« Si rien ne change, alors nous nous rapprocherons d’un gouvernement de gauche qui mettra en danger notre pays et tout ce que nous avons réalisé. Il nous bloquera également dans notre réforme du système judiciaire qui s’avère pourtant nécessaire », a-t-il dit.

Un sondage publié par la chaîne publique Kan, dimanche, a suggéré que le Likud, sous la direction de Saar, sortirait affaibli à l’issue du vote du mois de mars mais que le bloc de droite serait renforcé par le soutien des formations à la droite du Likud, qui gagneraient l’appui des électeurs d’extrême-droite fuyant la faction.

Le membre du Likud Gideon Saar lance sa campagne pour les primaires à la présidence du Likud avant les élections à la Knesset à Or Yehuda, le 16 décembre 2019 (Autorisation)

Les membres du Likud auront l’opportunité, le 26 décembre, de décider de conserver à la tête du parti Netanyahu, qui est mis en examen dans trois dossiers pour corruption, ou de se tourner vers Saar, un ancien ministre qui ne possède pas la carrure internationale du Premier ministre – un poste qu’il pratique depuis une décennie.

Ces primaires représentent le premier défi lancé à l’autorité de Netanyahu au Likud en 14 ans et Saar devrait avoir beaucoup de difficultés à s’imposer même si un certain nombre de membres éminents du Likud se sont joints à lui, ces derniers jours.

S’exprimant lors d’un événement organisé à Or Yehuda, dans une salle décorée de ballons aux couleurs et au nom du Likud et de drapeaux « seul Saar pourra le faire », le challenger a fait l’éloge des résultats obtenus par Netanyahu, disant qu’il avait défendu ce dernier « même lorsqu’il m’a blessé. Parce que j’ai toujours essayé d’agir dans l’intérêt du pays et que c’est très exactement ce que nous sommes en train de faire ici, aujourd’hui ».

Mais Saar a également reproché à Netanyahu ses « calomnies » et ses « menaces », l’accusant de semer la confusion dans le vote interne du Likud.

« Et c’est particulièrement triste lorsque ces attaques proviennent de votre propre camp », a-t-il ajouté, recommandant vivement à ses activistes de ne pas se laisser rabaisser par la rhétorique du Premier ministre et de faire preuve de respect à son égard.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’une réunion du bloc des partis de droite à la Knesset, le 20 novembre 2019. (Hadas Parush/Flash90)

Saar a clamé que Netanyahu avait créé la division, et qu’il avait prouvé qu’il n’était pas en mesure de rassembler une coalition après avoir échoué à le faire au cours des deux élections nationales qui avaient été organisées au mois d’avril et au mois de septembre.

De nombreux membres du Likud ont critiqué Saar pour son acte de rébellion – certains allant même jusqu’à l’accuser de « trahison ».

Malgré des sondages qui indiquent que le Likud perdrait quatre sièges avec Saar à sa barre, il a affirmé qu’il serait en mesure de redynamiser le nombre d’adhérents au sein du parti en faisant revenir au bercail les électeurs qui votaient pour la formation Koulanou ou qui soutiennent actuellement Yisrael Beytenu d’Avigdor Liberman.

« La décision est simple : Me choisir garantira la gouvernance continue du Likud et un nouveau gouvernement dont nous prendrons la tête. Choisir Netanyahu, c’est choisir le prochain leader de l’opposition. Kakhol lavan espère qu’il n’y aura aucun changement. Kakhol lavan ne veut rien de plus qu’un Likud dirigé par Netanyahu », a-t-il expliqué à l’assistance.

La majorité des enquêtes d’opinion montrent Kakhol lavan devancer le Likud de plusieurs sièges, indépendamment de l’identité du Premier ministre. La formation centriste a indiqué qu’elle ne participerait pas à un gouvernement placé sous la houlette de Netanyahu en raison des dossiers de corruption dans lesquels il est impliqué, ce qui suggère que la présence de Saar ou d’un autre homme à la tête du Likud pourrait mettre un terme à l’impasse politique dans laquelle le pays est plongé depuis un an.

L’ancien ministre de l’Education et de l’Intérieur est revenu sur son rôle de chef des négociations en 2009, des pourparlers qui avaient placé le parti au pouvoir.

« Personne n’a fait plus que moi pour que le Likud puisse survivre et revenir à la tête du pays, et ce que notre vision puisse diriger Israël. Et personne ne le sait mieux que le Premier ministre Benjamin Netanyahu. J’ai fait pour Netanyahu plus que ce que je n’ai jamais fait pour personne et je ne le regrette pas », a-t-il affirmé.

Le membre du Likud Gideon Saar lance sa campagne pour les primaires à la présidence du Likud avant les élections à la Knesset à Tel Aviv, le 16 décembre 2019 (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Saar a remercié ses partisans – notamment le député du Likud Haim Katz, présent dans la salle, après des informations qui ont laissé entendre qu’il se trouvait sur le point de lui faire part de son appui dans la campagne – en disant : « Je sais ce que tu as traversé après avoir exprimé ton soutien ».

« Je ferai de mon mieux pour ne pas vous décevoir, vous tous qui m’avez exprimé votre confiance », a-t-il ajouté.

Katz est considéré comme un poids lourd au sein du parti. Il préside la commission centrale de la formation et exerce une certaine emprise sur les électeurs du Likud issus de l’Israel Aerospace Industries (IAI), ayant tenu la barre de son puissant syndicat plus de 20 ans. L’IAI, la plus importante entreprise de l’Etat d’Israël, emploie environ 16 000 personnes et elle est considérée comme un bastion du Likud, étroitement alignée sur la pensée de Katz.

Il fait néanmoins face, lui aussi, à une mise en examen qui pourrait influencer son avenir politique.

Prenant la parole avant Saar, la députée Sharren Haskel, qui a également fait part de son appui à Saar pour ces primaires au Likud, a accusé Netanyahu d’avoir anéanti plusieurs initiatives de droite et libérales dont elle avait tenté de faire la promotion, ajoutant qu’à ses yeux, Saar avait été un « vrai partenaire » pour elle.

« Je considère Saar comme le seul aujourd’hui à être capable et à être digne de diriger le Likud et l’Etat », a-t-elle dit.

Le membre du Likud Gideon Saar lance sa campagne pour les primaires à la présidence du Likud avant les élections à la Knesset à Or Yehuda, le 16 décembre 2019 (Autorisation)

La législatrice Michal Shir, ancienne conseillère de Saar, a expliqué que « pour la première fois depuis une décennie, la gouvernance de droite est en danger », soulignant que Netanyahu avait échoué à former un gouvernement à deux reprises.

« Nous devons regarder la réalité en face », a-t-elle déclaré, ajoutant que les sondages indiquent actuellement que le Likud ne l’emporterait pas avec Netanyahu à sa tête.

« Saar augmente la force de la droite. J’en appelle à tous ceux pour qui une gouvernance de droite est importante – réveillez-vous, le sort de la droite est entre vos mains. La meilleure chose, pour la gauche, c’est de préserver la direction actuelle du Likud. Elle sait très bien que seul Gideon Saar pourra lui arracher des sièges. Il est temps que vienne maintenant Gideon Saar ».

La Knesset a été dissoute mercredi, dans la nuit – entraînant automatiquement l’organisation d’un scrutin national pour la troisième fois en moins d’un an. Le Parlement israélien a fixé la date des élections au 2 mars 2020.

Netanyahu devrait largement l’emporter sur Saar, bénéficiant d’un soutien immense au sein du Likud, et ce, malgré des mises en examen dans trois dossiers. Le parti, qui n’a connu que quatre dirigeants depuis la fondation du pays, est considéré comme étant d’une loyauté féroce à l’égard de ses responsables même si Saar, tentant de convaincre les électeurs de la nécessité d’un renouvellement, a mis en exergue l’incapacité de Netanyahu à rassembler une coalition.

Netanyahu est inculpé dans trois dossiers criminels pour fraude et abus de confiance et pour pots-de-vin dans l’un d’entre eux.

La formation Kakhol lavan, principal adversaire du Likud au cours des deux précédentes élections et lors du prochain de vote du mois de mars, a fait savoir qu’il ne gouvernerait pas aux côtés d’un Premier ministre mis en examen.

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