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Dégradation « inquiétante » du corail en mer Rouge due aux constructions et au climat

Selon le ministère de l'Environnement le récif ne s'est pas rétabli depuis la tempête de 2020 et son état s'est empiré

Une image du récif corallien dans le golfe d'Eilat. (Crédit : Dror Tzural/Ministère de l'Environnement)
Une image du récif corallien dans le golfe d'Eilat. (Crédit : Dror Tzural/Ministère de l'Environnement)

Le récif corallien au large de la ville portuaire d’Eilat, dans le sud d’Israël, ne s’est pas régénéré et se serait même dégradé depuis une tempête hivernale survenue il y a deux ans, selon une étude gouvernementale publiée selon laquelle ces conclusions sont « inquiétantes. »

La tempête de mars 2020 a entraîné la perte de 6 à 22 % de la couverture corallienne dans la baie, et depuis 2021, le récif a connu une perte supplémentaire de 5 % des invertébrés marins, indique le programme national israélien de surveillance du golfe d’Eilat.

Le programme de surveillance a recommandé de limiter le développement et la construction au niveau local afin de réduire les pressions que le changement climatique fait déjà peser sur le récif.

« Il y a un risque que les activités de construction sur les plages causent davantage de dommages à la nature ; ces travaux rendent la restauration du récif corallien encore plus difficile », avertit le rapport.

« Une autre tendance inquiétante observée dans l’étude est l’augmentation continue de la température des eaux profondes enregistrée dans les enquêtes précédentes », indique le rapport, ajoutant que l’augmentation des températures de surface à un taux de 0,045 – deux fois et demie plus élevé que l’augmentation estimée par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) des Nations unies – pourrait également avoir un impact négatif sur les coraux.

La résilience des coraux de la mer Rouge fascine depuis longtemps les scientifiques, ainsi que les plongeurs et les amateurs de plongée libre.

Une image du récif corallien dans la baie d’Eilat. (Crédit : Dror Tzural/Ministère de l’Environnement)

De 1995 à 2008, les déchets provenant des nombreuses « cages » destinées à la pisciculture avaient causé d’importants dégâts au corail de la mer Rouge. En réponse aux pétitions des groupes de défense de l’environnement et des plongeurs, les installations avaient été retirées et le corail avait rebondi, alors que d’autres récifs du monde entier disparaissaient en raison de l’augmentation de la température des océans.

Toutefois, l’augmentation de l’activité humaine inquiète les scientifiques.

L’étude a également observé un grave déclin de l’écosystème de la zone, notant une diminution de 50 % du nombre d’oursins depuis 2019.

« Les oursins ont un travail important pour nettoyer le récif des algues qui rivalisent avec les coraux pour les sites sur lesquels ils s’implantent sur le récif », précise l’étude.

De plus, aucune algue n’aurait été observée à moins de 10 mètres de profondeur, ce qui, selon le contrôleur, pourrait avoir un impact sur l’alimentation des alevins et des poissons invertébrés.

Une image du récif corallien dans le golfe d’Eilat. (Crédit : Dror Tzural/Ministère de l’Environnement)

Dror Tzurel, membre du comité exécutif du programme de surveillance, a déclaré qu’il était préoccupé par le manque de brassage des eaux profondes – un processus dans lequel « les eaux supérieures se refroidissent en hiver et s’enfoncent, et les eaux profondes, où les nutriments (azote et phosphore) se sont accumulés, remontent à la surface. »

Selon le rapport, 2021 est la neuvième année où ce phénomène naturel ne s’est pas produit, entraînant une accumulation de nutriments et posant des défis importants à la récupération du récif. Le processus est censé se produire tous les trois ou quatre ans.

Lorsque le processus s’est finalement produit en hiver 2022, la longue période d’absence du phénomène « a entraîné la prolifération d’algues, une forte turbidité et une mousse collante à la surface de l’eau de mai à juillet », compliquant ainsi la photosynthèse des coraux, a déclaré M. Tzurel.

Noga Kronfeld-Schor, scientifique principale au ministère de l’Environnement et présidente du comité de suivi, a expliqué que le rapport a révélé que les activités d’Israël étaient un moteur des défis auxquels est confrontée la mer Rouge, en plus de l’impact du changement climatique.

« Il s’agit d’un écosystème sensible et important, et nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour empêcher la poursuite des dommages qui lui sont causés », a-t-elle déclaré.

La ministre de l’Environnement, Tamar Zandberg, a qualifié les résultats de « préoccupants » et a préconisé « une plus grande implication des ministères du gouvernement dans la protection de la baie face aux menaces, dont l’origine est souvent locale ».

La ministre de l’Environnement, Tamar Zandberg participant à une discussion sur la violence dans la société arabe, le 23 mai 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Tamar Zandberg a ajouté que les travaux de développement à Eilat « ignorent les considérations environnementales d’une manière qui ne peut être considérée comme raisonnable » et a appelé à ce que les travaux soient réalisés de « manière plus sensible. »

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