Démission annoncée de Zarif : « bon débarras », dit Netanyahu
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Démission annoncée de Zarif : « bon débarras », dit Netanyahu

Le maintien ou non du chef de la diplomatie iranienne au sein du gouvernement dépend du président iranien, à qui il revient d'accepter ou de rejeter cette démission

Le ministre des Affaires étrangères iranien Mohammad Javad Zarif durant une rencontre avec son homologue russe à Moscou, le 28 avril 2018 (Crédit :  / AFP PHOTO / Alexander NEMENOV
Le ministre des Affaires étrangères iranien Mohammad Javad Zarif durant une rencontre avec son homologue russe à Moscou, le 28 avril 2018 (Crédit : / AFP PHOTO / Alexander NEMENOV

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a réagi mardi à la démission annoncée du chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif. « Zarif est parti, bon débarras. Tant que je serai là, l’Iran n’aura pas de bombes nucléaires », a dit M. Netanyahu sur Twitter.

Le ministre des Affaires étrangères iranien Mohammad Javad Zarif, maillon de l’accord international sur le programme nucléaire iranien de 2015, a annoncé dans la nuit de lundi à mardi sa démission, désormais entre les mains du président Hassan Rouhani.

« Je m’excuse de ne plus être capable de continuer à mon poste et pour tous mes manquements dans l’exercice de mes fonctions », a écrit Zarif tard lundi soir sur son compte Instagram.

Zarif a appelé mardi les diplomates du ministère des Affaires étrangères à rester en poste. « Je vous conseille à tous, chers frères et soeurs au ministère des Affaires étrangères ou en poste dans des ambassades de vous atteler résolument à votre tâche consistant à défendre notre pays et à vous abstenir de tels actes » (de démissionner, ndlr), a-t-il déclaré, cité par l’agence de presse officielle iranienne Irna.

Il réagissait, selon Irna, à une rumeur selon laquelle un grand nombre de diplomates iraniens s’apprêteraient à démissionner si son départ était accepté par le président Hassan Rouhani.

« J’espère que ma démission agira comme un coup de trique qui permettra au ministère des Affaires étrangères de retrouver son statut légal en matière de relations internationales », a dit Zarif en s’adressant au personnel de son administration, selon Irna.

Le maintien ou non de Zarif au sein du gouvernement dépend de Rouhani, à qui il revient d’accepter ou de rejeter cette démission.

Sur Twitter, Mahmoud Vaézi, directeur de cabinet de Rouhani a « fermement démenti » pendant la nuit que le président ait déjà accepté cette démission.

Sur cette photo diffusée par l’agence de presse syrienne SANA, le président Bashar Assad, à gauche, serre la main du chef suprême iranien, l’Ayatollah Ali Khamenei, avant leur rencontre à Téhéran, le 25 février 2019 (Crédit : SANA via AP)

Zarif n’a donné aucune explication à sa démission, mais selon le quotidien iranien Entekhab, celle-ci serait liée à la visite surprise lundi du président syrien Bachar al-Assad à Téhéran.

Ce dernier s’est entretenu avec le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, et Rouhani. Zarif n’était présent à aucune de ces deux rencontres, selon l’agence de presse iranienne Isna, et il est notablement absent des photos de l’entrevue entre MM. Khamenei et Assad.

Après l’annonce de sa démission, Entekhab assure avoir essayé de joindre Zarif et reçu de sa part le message suivant : « Après les photos des rencontres d’aujourd’hui, Javad Zarif n’a plus aucune crédibilité dans le monde comme ministre des Affaires étrangères ! »

Zarif a présenté sa démission à plusieurs reprises, mais le fait « qu’il ait fait cela publiquement cette fois-ci signifie qu’il veut que le président l’accepte », a écrit l’agence Isna, en citant le chef de la Commission parlementaire de la sécurité nationale et des affaires étrangères, Hesmatollah Falahatpiché.

Agé de 59 ans, Zarif a dirigé la diplomatie iranienne pendant tout le premier mandat de Rouhani (2013-2017) et a été reconduit à ce poste après la réélection du président.

« Je suis extrêmement reconnaissant au peuple iranien et à ses dirigeants respectés pour la magnanimité dont ils ont fait preuve pendant 67 mois », a-t-il écrit sur son compte Instagram.

« Obsession maladive »

Zarif a été le négociateur en chef, côté iranien, de l’accord conclu à Vienne en juillet 2015 entre la République islamique et le Groupe 5+1 (Chine, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie et Allemagne) pour mettre fin à 12 ans de crise autour de la question nucléaire iranienne.

Bête noire des ultra-conservateurs iraniens, il a vu ces derniers mois les critiques s’intensifier contre lui après la décision du président américain Donald Trump de retirer unilatéralement son pays de ce pacte en mai 2018.

Le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a « pris note » de la démission de son homologue iranien.

MM. Zarif et Rouhani sont le même « visage d’une mafia religieuse corrompue », a tweeté M. Pompeo, assurant que la politique américaine vis-à-vis de l’Iran restait inchangée.

Netanyahu s’est démené pour obtenir la dénonciation de cet accord nucléaire, dont le président Donald Trump a décidé de retirer unilatéralement les Etats-Unis en 2018.

Le Premier ministre israélien mène une campagne sans relâche contre l’Iran, ses activités nucléaires et balistiques ainsi que sa présence et son influence chez les pays voisins d’Israël, à commencer par la Syrie.

La destruction d’Israël fait partie de la rhétorique historique du régime iranien, et Israël se voit comme la cible désignée d’un Iran qui serait doté de la bombe atomique et des activités balistiques iraniennes.

Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu à Brasilia, le 1er janvier 2019 (Crédit : Avi Ohayon/GPO)

Diplomate formé aux Etats-Unis (il est titulaire d’un doctorat en droit de l’Université de Denver), M. Zarif est à l’étranger le visage de la politique de détente promue par M. Rouhani, pourfendue par les ultraconservateurs à Téhéran.

Parlant couramment anglais, il est habitué des forums internationaux.

Le 17 février, à la conférence de Munich (Allemagne) sur les questions de sécurité, il avait qualifié la politique américaine vis-à-vis de l’Iran « d’obsession maladive » qui fait « souffrir » le Moyen-Orient depuis des décennies.

Défenseur inlassable de l’accord de 2015, même après le retrait américain, Zarif a croisé le fer à de nombreuses reprises avec ses adversaires ultra-conservateurs iranien pour qui l’accord de Vienne est un mauvais texte au nom duquel l’Iran a fait d’énormes concessions sans rien obtenir de substantiel en retour.

Début décembre, plusieurs députés ultras ayant entamé une procédure de destitution à son encontre avaient finalement fait machine arrière.

Dimanche, Zarif avait réagi à la décision du Groupe d’action financière (Gafi) d’accorder un ultime délai à l’Iran pour que le pays se conforme d’ici à juin aux critères internationaux contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, sous peine de sanctions.

Le non respect des engagements pris en la matière par le gouvernement iranien risque de faire capoter le système de troc imaginé par l’Union européenne pour permettre à Téhéran de continuer à commercer avec l’Europe en contournant les sanctions américaines.

Cité par Isna, M. Zarif avait appelé les membres d’un organe de contrôle du système politique iranien dominé par les ultraconservateurs à prendre « leurs décisions en fonction des réalités ».

« Jusqu’à présent, avait-il ajouté, ils affirmaient que rien n’allait se passer, maintenant ils voient la réalité de la situation. »

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