Depuis le confinement, un décor de film fige un coin de Paris sous l’Occupation
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Depuis le confinement, un décor de film fige un coin de Paris sous l’Occupation

"Ils ont quand même pris soin de retirer les affiches appelant au recensement des Juifs", explique un riverain

Scène de la pièce "Adieu Monsieur Haffmann" (Crédit: autorisation)
Scène de la pièce "Adieu Monsieur Haffmann" (Crédit: autorisation)

Affiches anti-bolchéviques, avis de couvre-feu en allemand, publicités collaborationnistes et devantures de commerces à l’ancienne : un tournage de cinéma, suspendu le temps du confinement, a plongé depuis mardi deux rues de Montmartre dans le Paris des années 1940, sous le régime collaborationniste de Vichy.

Un passant distrait pourrait ne pas y prêter attention mais les murs des rues Berthe et Androuet, perchées sur la Butte Montmartre à une encablure du Sacré-Coeur, sont tapissés d’affiches de propagande allemande et du gouvernement collaborationniste de Vichy.

Plusieurs façades d’enseignes fictives – la cordonnerie Moatti, la brasserie Hurel, le joailler Mercier, etc. – ont également été repeintes dans la graphie caractéristique de l’époque du régime collaborationniste de Vichy.

Il s’agit d’un décor pour l’adaptation au cinéma de la pièce de théâtre Adieu Monsieur Haffmann, écrite par Jean-Philippe Daguerre et récompensée par quatre Molières en 2018 (Meilleur Auteur, Meilleur Spectacle de l’année, Meilleur second rôle et Révélation féminine).

La pièce avait été jouée au Beit Hachayal de Tel Aviv le 10 mars 2019.

La pièce s’ouvre en 1942 juste après la toute récente rafle du Vel d’Hiv qui vient confirmer le danger encouru par les Juifs. Les mesures anti-juives ne font que commencer et le port de l’étoile jaune devient obligatoire.

« Monsieur Haffmann, modeste bijoutier dont la famille a déjà rejoint la zone libre, décide de confier la gestion de sa boutique à son employé Pierre Vigneau, raconte la production. Il craint en effet de ne plus pouvoir assurer correctement son négoce et préfère passer la main à une personne non juive dont il connaît l’honnêteté et le talent. En échange, il lui demande de le cacher dans sa cave, en attendant des jours meilleurs ».

L’histoire prend soudain des allures de comédie de boulevard lorsque après une rapide négociation avec son épouse Isabelle, Pierre accepte le marché de Monsieur Haffmann mais lui en propose un autre : « étant lui-même stérile, il ne peut donner à sa femme ce que celle-ci espère tant et demande donc au bijoutier, déjà père de quatre enfants, d’accomplir le travail à sa place… »

Une période sombre traitée avec finesse et humour qui avait conquis le public parisien du Petit Théâtre Montparnasse puis celui du Théâtre Rive Gauche.

L’équipe du film, réalisé par Fred Cavayé avec Daniel Auteuil, Sara Giraudeau et Gilles Lellouche comme acteurs principaux, a dû abandonner les lieux du tournage en application des règles de confinement pour freiner l’épidémie de coronavirus.

« Ils ont quand même pris soin de retirer les affiches appelant au recensement des Juifs », explique un riverain à l’AFP.

Selon le site IMDb, une base de données spécialisée dans le cinéma et la télévision, la sortie en salle était prévue en janvier 2021.

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