Deri accuse les Juifs réformés de vouloir convertir les migrants clandestins en masse
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Deri accuse les Juifs réformés de vouloir convertir les migrants clandestins en masse

Le ministre de l'Intérieur a déclaré que le projet de loi sur les conversions avait été conçu pour contrer les efforts visant à accélérer l'octroi de la citoyenneté israélienne, insinuant par là-même qu'il s'agissait là du principal objectif des réformistes. Gilad Kariv, lui, dénonce des "mensonges honteux"

Marissa Newman est la correspondante politique du Times of Israël

Le chef du parti Shas, Aryeh Deri, lors de la réunion hebdomadaire du parti à la Knesset, le 3 juillet 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le chef du parti Shas, Aryeh Deri, lors de la réunion hebdomadaire du parti à la Knesset, le 3 juillet 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le ministre de l’Intérieur israélien Aryeh Deri, a attaqué lundi le chef de la réforme israélienne Gilad Kariv, suggérant apparemment que le rabbin réformé cherchait à convertir en masse des immigrants illégaux africains et des initiés au judaïsme, leur accordant ainsi la citoyenneté israélienne.

Au début de la réunion hebdomadaire de la faction ultra-orthodoxe Shas, le chef de parti Deri a également critiqué personnellement le leader du judaïsme réformiste américain Rick Jacobs – désignant Jacobs comme « cet homme qui ne vit pas ici » – et l’accusant de soutenir les mariages mixtes.

En réponse à ses insinuations, Kari a décrit Deri comme étant « un menteur », citant entre autres des décisions judiciaires interdisant les conversions au judaïsme de ceux qui résidaient illégalement dans le pays ainsi que les lignes directrices internes du ministère sur le sujet.

Notant que, en tant que ministre de l’Intérieur, il est gardien de l’immigration, Deri a maintenu le projet de loi de conversion – approuvé par les ministres la semaine dernière, mais suspendu pendant six mois suite aux vives réactions de la diaspora vendredi – en arguant qu’il s’agissait d’un effort pour endiguer l’immigration illégale en Israël. Et que la loi de retour d’Israël qui accorde la citoyenneté aux Juifs et aux immigrants de descendance juive risquait d’être détournée par des migrants cherchant avant tout à rester dans le pays.

« Si je reconnais toutes les conversions orthodoxes ou réformées privées, ce sera sans fin », a déclaré Deri, qui veut s’attaquer au « problème d’infiltration » dans la société israélienne des aspirants à la conversion contournant la procédure orthodoxe.

« Dans un an ou deux, ils se convertiront tous [si des conversions privées sont acceptées », a-t-il ajouté. « Est-ce le chemin que nous voulons prendre ? »

Gilad Kariv (Crédit : CC BY Gilad Kariv/Facebook)
Gilad Kariv (Crédit : CC BY Gilad Kariv/Facebook)

Deri a lié Kariv à la question des immigrés, l’accusant d’avoir des aspirations politiques qui l’inciteraient à rejoindre le parti de l’Union sioniste et rappelant sa participation aux efforts visant à aider les réfugiés africains. Kariv s’est présenté en 2012 et 2015 lors des primaires du parti travailliste, qui, avec le parti Hatnua, constituent aujourd’hui l’Union sioniste.

« Kariv veut se vanter d’être celui qui fera évoluer leur statut [de migrants illégaux] en Israël. C’est le même homme qui veut définir les règles établissant qui se convertit ici », a déclaré Deri.

« Je vous laisse imaginer ce qui se passera ici dans un an ou deux si les conditions de la loi du retour … sont dans les mains de ces gens », a-t-il ajouté, pointant du doigt Kariv et Jacobs.

Kariv a déclaré que les remarques de Deri étaient des « mensonges honteux » et équivalaient à une « diffamation ».

« Le ministre Deri est un menteur, qui semble oublier que la Torah nous a ordonné d’éviter les mensonges », a déclaré Kariv au Times of Israël.

« Au-delà du fait que les détails qu’il a mentionnés dans mon cas personnel sont tout simplement faux et constituent de « fausses rumeurs » – et c’est encore le problème le moins important, Deri sait très bien qu’il n’y a pas de conversion des demandeurs d’asile en Israël », a déclaré Kariv.

« La Cour suprême a statué qu’un homme ne peut pas se convertir s’il réside illégalement en Israël. Et il sait que les mouvements réformés et conservateurs ont suivi une politique de conversion exigeant que nous ne convertissions pas les travailleurs étrangers, les touristes ou les demandeurs d’asile. Il sait également que la Cour suprême a permis au ministère de l’Intérieur de définir des critères clairs, qui empêcheraient l’abus de conversion pour la citoyenneté ».

Des migrants clandestins africains après leur libération du centre de détention de Holot, dans le désert du Néguev en Israël, le 25 août 2015. (Crédit : Menahem Kahana/AFP)
Des migrants clandestins africains après leur libération du centre de détention de Holot, dans le désert du Néguev en Israël, le 25 août 2015. (Crédit : Menahem Kahana/AFP)

Deri « veut cacher le simple fait que tout ce qui intéresse les partis ultra-orthodoxes, c’est de donner au Rabbinat le monopole sur les conversions », a ajouté Kariv.

Dans ses déclarations, Deri a défendu ses positions en pressant le gouvernement de trancher sur la question de l’espace de prière mixte du mur Occidental la semaine dernière. Il a aussi évoqué dans la même démarche le projet de loi de conversion maintenant mis à l’écart, et les pétitions des différentes ONG qui selon lui laisseraient peu de marge de manoeuvre au gouvernement sur ces deux questions, le poussant à agir.

Le projet de loi visant à retirer la reconnaissance aux conversions non-orthodoxes et l’annulation de l’accord (approuvé en janvier 2016) concernant la zone mixte du mur Occidental – ont suscité de nombreuses critiques des organisations juives américaines.

Le président de l'Union pour le judaïsme réformé, le rabbin Rick Jacobs, au centre, pendant un service de prière au mur Occidental, à Jérusalem, le 4 juillet 2016 (Crédit : autorisation de l'UJR)
Le président de l’Union pour le judaïsme réformé, le rabbin Rick Jacobs, au centre, pendant un service de prière au mur Occidental, à Jérusalem, le 4 juillet 2016 (Crédit : autorisation de l’UJR)

En déclarant qu’il préservait ainsi le caractère juif de l’état, Deri a paraphrasé Jacobs qui affirmait, lui, que le mariage mixte n’était pas une « maladie ».

Jacobs a par ailleurs encouragé dans le passé la sensibilisation à la question des couples mixtes, en invitant l’opinion à « cesser de parler de ce type de mariage comme si c’était une maladie – ce qui n’est pas le cas ». Dans un article rédigé en 2014, Jacobs note que « tomber amoureux de quelqu’un qui n’est pas juif n’est pas un échec dans notre engagement dans le judaïsme, surtout à une période de la vie où la vie d’adulte commence tout juste. »

Le ministre de l’Intérieur a déclaré qu’il était disposé à retirer le projet de loi de conversion, si des ONG pluralistes retiraient quant à elles leurs pétitions sur les conversions.

Deri a également dénoncé ce qu’il a appelé une « campagne d’incitation » contre les ultra-orthodoxes ces dernières semaines, au milieu d’une vive controverse.

« Il y a une incitation à une campagne de mensonges contre les ultra-orthodoxes orchestrée par des parties qui veulent diviser la coalition », a déclaré Deri. Dans les commentaires adressés à son partenaire de coalition Avigdor Liberman, il a souligné qu’il y avait une « désinformation » sur les ultra-orthodoxes niant le fait qu’ils essayaient de transformer Israël en un état halakhique [juridique juif].

« Nous ne voulons rien changer », a déclaré Deri, en préconisant le statu quo religieux.

Liberman – qui s’est opposé au projet de loi de conversion tout comme au gouvernement suite à la polémique sur l’espace mixte du mur Occidental – a dénoncé la semaine dernière les efforts parallèlement menés par les partis ultra-orthodoxes comme une tentative de « transformer Israël, qui reste un état sioniste, en état religieux ».

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