Derrière l’évasion de la prison de Gilboa, une série de bourdes d’Israël
Rechercher

Derrière l’évasion de la prison de Gilboa, une série de bourdes d’Israël

Zakaria Zubeidi aurait été transféré dans la cellule avec les cinq autres détenus la veille de l'évasion, des plans de la prison auraient été disponibles sur internet...

Le personnel de sécurité inspecte une cellule après l'évasion de six prisonniers palestiniens par un tunnel, dans la prison de Gilboa, dans le nord d'Israël, le 6 septembre 2021. (Crédit : Service israélien des prisons via AP)
Le personnel de sécurité inspecte une cellule après l'évasion de six prisonniers palestiniens par un tunnel, dans la prison de Gilboa, dans le nord d'Israël, le 6 septembre 2021. (Crédit : Service israélien des prisons via AP)

Des plans de la prison publiés en ligne, des gardiens qui n’ont pas réalisé qu’il était possible de s’évader par le système d’écoulement de la prison, une tour de garde confiée à un employé qui s’était endormi, un témoin faisant état d’individus suspects et masqués aux abords de la prison en pleine nuit…

Ce ne sont que quelques-unes des bourdes et des négligences qui ont finalement permis à six terroristes palestiniens très dangereux de s’évader d’une prison de haute-sécurité israélienne lundi, aux premières heures de la matinée. Ils sont toujours en fuite.

Des informations parues dans la presse israélienne lèvent le voile sur ces carences et sur ces erreurs au moment même où les autorités ont juré de rattraper la fuyards et de régler les défaillances qui ont été exploitées par ces derniers pour réussir leur échappée belle.

Vingt-quatre heures avant l’évasion, le prisonnier le plus éminent du groupe, Zakaria Zubeidi, avait demandé à être transféré dans la cellule où se trouvaient les cinq autres prisonniers, a fait savoir la Douzième chaîne, qui a ajouté que cette demande avait été acceptée tout de go. Les services israéliens des prisons séparent habituellement les détenus selon leur appartenance à tel ou tel groupe terroriste, mais Israël n’avait eu aucun renseignement, au préalable, mettant en garde contre une possible fuite, a poursuivi la chaîne.

Zubeidi, un célèbre commandant du groupe terroriste de la Brigade des martyrs d’Al-Aqsa, aile militaire du Fatah, avait été réarrêté en 2019 après avoir prétendument abandonné la lutte armée pour une activité artistique. Il se trouvait en prison alors que son procès est actuellement en cours. Il est accusé d’une vingtaine de crimes et notamment de tentative de meurtre.

Les autres détenus étaient affiliés au groupe terroriste du Jihad palestinien. Quatre d’entre eux purgeaient une peine de prison à vie en lien avec des attentats meurtriers contre des Israéliens.

Le chef terroriste Zakaria Zubeidi arrive à une audience de la cour militaire d’Ofer, le 28 mai 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La cellule où Zubeidi a été transféré avait fait l’objet de travaux d’excavation clandestins depuis quelques semaines ou depuis quelques mois alors que les prisonniers creusaient un trou dans la salle de bain, un orifice qu’ils dissimulaient sous une planche, a expliqué la Douzième chaîne. Selon le site d’information Walla, la préparation aurait duré au moins une année.

Il n’avait pas été nécessaire de creuser beaucoup, la prison étant soutenue par des colonnes sous lesquelles ils ont rampé jusqu’à atteindre un trou de sortie prévu pour les écoulements de l’autre côté de la clôture.

Il y avait eu une tentative d’évasion de la prison de Gilboa en 2014, lorsque des gardiens avaient découvert un tunnel creusé sous des toilettes. Les huit détenus qui avaient été soupçonnés d’avoir aidé à creuser ce tunnel étaient des membres du Jihad islamique palestiniens et partageaient à la fois la cellule et les toilettes. Le tunnel n’avait été découvert qu’après des fouilles extensives, avant que les prisonniers ne réussissent à prendre la fuite.

Apparemment, le service des prisons n’avait pas changé ses pratiques opérationnelles après cette tentative pour prévenir une répétition de ce type d’incident. Selon Walla, trois des fugitifs auraient été impliqués dans cette tentative de fuite antérieure. Et – de manière incompréhensible – ils ont été toutefois autorisés à partager la même cellule.

Une autre chose qui a pu aider les prisonniers : le plan de la prison Gilboa avait été publié en ligne sur le site internet du cabinet d’architectes qui avait eu la responsabilité de sa conception, ont noté les médias israéliens.

L’ouverture par laquelle le groupe de détenus est sorti se trouvait directement sous une tour de garde. Mais le gardien s’était endormi et il n’a pas remarqué les prisonniers en train de s’échapper, a précisé la presse israélienne.

La prison Gilboa, dans le nord d’Israël, le 6 septembre 2021. (Crédit : Flash90)

Le ministre de la Sécurité intérieure, Omer Barlev, a indiqué que l’évasion avait nécessité une grande préparation et que les détenus « ont probablement bénéficié d’une aide extérieure ».

Après être sortis du système d’écoulement, le groupe a rapidement changé de vêtements avant de parcourir en hâte les trois kilomètres qui les séparaient d’un véhicule qui les attendait, selon les enquêteurs. C’est là que le groupe s’est séparé, les uns montant dans le véhicule et les autres partant à pied, a dit la Douzième chaîne.

Il est difficile de dire exactement où la voiture s’est rendue, même s’il semble que certains suspects se seraient échappés vers Jénine.

Avant que les suspects n’arrivent au véhicule, un chauffeur de taxi aurait remarqué au moins certains d’entre eux et aurait appelé la police.

Dans l’enregistrement de cet appel passé à 2h15 du matin, qui a été obtenu par les médias israéliens, l’homme déclare : « Je viens de voir environ trois hommes masqués, avec des sacs, qui ont rapidement traversé la route en face de la prison… Ils portaient des vêtements plein de boue et ils ont couru de la prison jusque dans un champ. Je me suis dit qu’il fallait que je le signale. »

Le commandant-adjoint de la police de Beit Shean avait alors immédiatement transmis le renseignement aux autorités de la prison Gilboa, en plus d’un deuxième témoignage faisait état, lui aussi, de la présence d’individus suspects, mais il a fallu plus d’une heure pour que l’Autorité des prisons n’indique que des détenus manquaient à l’appel. Elle avait initialement annoncé que trois prisonniers avaient disparu, ne reconnaissant que plus tard qu’ils étaient en fait six.

Les six prisonniers sécuritaires palestiniens qui se sont évadés de la prison de Gilboa, le 6 septembre 2021. (Capture d’écran)

Cette évasion a sûrement nécessité l’utilisation de téléphones mobiles – un défi constant pour les gardiens de prison israéliens qui doivent veiller à ce qu’ils n’entrent pas dans les cellules d’une manière ou d’une autre.

Au début de l’année, la prison avait installé un système permettant de bloquer l’utilisation par les détenus de téléphones cellulaires apportés de l’extérieur, un système qui n’a jamais été activé, a fait savoir la Douzième chaîne. Une décision probablement prise parce que certains craignaient que l’activation de ce système n’entraîne des mouvements de protestation et des grèves de la faim des prisonniers, ce qui serait susceptible d’enflammer les tensions avec les Palestiniens.

Cette évasion a été étrangement similaire au projet présenté dans une série télévisée qui a été diffusée pendant le Ramadan, en 2014, sur la chaîne de télévision Al-Aqsa TV, affiliée au Hamas, où six Palestiniens s’échappaient d’une prison israélienne grâce à un tunnel creusé sous leur cellule.

Les autorités ont lancé une chasse à l’homme massive pour retrouver les détenus. Les soldats et les policiers ratissent les secteurs de Beit Shean et de Jénine tout en tentant de rassembler des renseignements sur cette fuite et sur l’endroit où pourraient se trouver les fugitifs.

Les forces israéliennes patrouillent le long de la clôture de sécurité dans le village de Muqeibila, près de Jénine, dans le nord de la Cisjordanie, suite à l’évasion de six terroristes palestiniens d’une prison israélienne, le 6 septembre 2021. (Crédit : Jalaa Marey/AFP)

Citant des informations palestiniennes dont la source reste indéterminée, Ynet a expliqué que la police pensait que certains suspects pouvaient avoir fui le pays et se trouver en Jordanie, tandis que d’autres seraient restés dans le secteur de Beit Shean ou dans le nord de la Cisjordanie.

L’Autorité palestinienne des prisonniers a fait savoir que plusieurs détenus sécuritaires, affiliés au groupe terroriste du Jihad islamique, avaient été interrogés par les agents des services de sécurité du Shin Bet suite à cette évasion.

De plus, un grand nombre de prisonniers appartenant à des groupes terroristes variés ont été transférés dans des cellules séparées à Gilboa, tandis que d’autres ont été évacués vers d’autres centres de détention – une tentative d’éviter d’autres échappées similaires, a noté l’Autorité. La Radio militaire a expliqué que des gardiens de la prison Gilboa avaient fouillé 400 détenus.

Des partisanes du mouvement du Jihad islamique fêtent l’évasion d’une prison israélienne de six prisonniers palestiniens à Rafah, dans la bande de Gaza, le 6 septembre 2021. (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90)

Les responsables s’inquiètent de ce que les six hommes ne commettent un attentat terroriste contre des civils israéliens, même si de hautes personnalités estiment que cela est improbable. D’autres indiquent qu’ils craignent que plus les détenus resteront en cavale sans être rattrapés, plus des terroristes enhardis par la réussite de cette fuite pourraient tenter de s’évader de prison à leur tour ou de commettre des attentats.

« La seule manière de réduire la résonnance de cette évasion est de re-capturer les terroristes dans les meilleurs délais », auraient expliqué des sources sécuritaires, selon la Douzième chaîne.

La chaîne a précisé que Zubeidi entretenait de nombreux liens dans le camp de réfugiés de Jénine, ce qui fait de cette ville-poudrière une cachette probable pour au moins une partie du groupe. C’est l’un des lieux, en Cisjordanie, où les combattants du Jihad islamique mènent ouvertement des opérations, les armes à la main, a précisé la chaîne.

Les responsables du Jihad islamique et du Hamas ont publié des communiqués lundi soir recommandant vivement aux Palestiniens d’aider les fugitifs à échapper à une arrestation, avertissant les autorités israéliennes que le camp de réfugiés de Jénine « se transformera en enfer » si les soldats cherchaient à y entrer.

Les personnels de sécurité israéliens aux abords de la prison de Gilboa, dans le nord d’Israël, le 6 septembre 2021. (Crédit : Flash90)

Dans le gouvernorat de Jénine, où certains Palestiniens se sont livrés à des tirs de célébration pour fêter l’évasion, les forces israéliennes ont été lourdement déployées. Le gouverneur de Jénine, Akram Rajoub, a déclaré à l’AFP que « pour le moment, la situation est calme mais la surveillance est sans précédent ».

Alors que les rumeurs sur l’endroit où pourraient éventuellement se trouver les fuyards se sont rapidement propagées sur internet, Jénine a particulièrement attiré les regards, compte-tenu des liens entretenus par Zubeidi avec cette ville en particulier.

Le camp de réfugiés de Jénine, qui jouxte la ville éponyme, est habitué aux incursions de l’armée israélienne, même s’il est situé dans une zone sous contrôle palestinien, a indiqué à l’AFP Hassan al-Amouri, chef du comité populaire local. « Tout est possible » dans un camp où de nombreux résidents sont armés, a-t-il ajouté.

Le camp de Jénine était un centre d’entraînement et de déploiement des kamikazes palestiniens qui ont commis des attentats-suicide contre des Israéliens pendant la Seconde intifada, il y a 20 ans.

Un Palestinien brandit une affiche montrant les photos des six fuyards palestiniens de la prison Gilboa, lors de réjouissances saluant cette fuite réussie dans le camp de réfugiés de Jénine, dans le nord de la Cisjordanie, le 6 septembre 2021. (Crédit : Jaafar Ashitiyeh/AFP)

Les agitations se sont multipliées, ces dernières semaines, à Jénine. Un échange de coups de feu a eu lieu là-bas, le mois dernier, alors que les soldats recherchaient des suspects dans la ville. Quatre Palestiniens avaient été tués.

Cette évasion est considérée comme un succès très symbolique pour les groupes terroristes, ont déclaré des responsables de la sécurité devant les caméras de la Douzième chaîne. La nouvelle a entraîné « l’euphorie » chez les Palestiniens et en particulier dans le camp de réfugiés de Jénine, d’où sont originaires les fugitifs.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...