Des anciens dirigeants européens appellent à faire pression sur Israël
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Des anciens dirigeants européens appellent à faire pression sur Israël

Une lettre demande que l'UE impose l'étiquetage des produits des implantations, et soutienne les initiatives unilatérales palestiniennes

Intérieur du Parlement européen (Crédit : © Claude Truong-Ngoc /Wikimedia Commons)
Intérieur du Parlement européen (Crédit : © Claude Truong-Ngoc /Wikimedia Commons)

Dans une lettre adressée à Federica Mogherini, la chef de la politique étrangère de l’UE, un groupe d’anciens dirigeants européens appelle l’Union à adopter une attitude proactive et plus agressive pour faire pression sur Israël sur la question palestinienne.
 
La lettre, publiée mercredi par le Guardian, est adressée à Mogherini et aux ministres des Affaires étrangères des pays de l’UE, avec copie au secrétaire d’Etat américain John Kerry, au président du Conseil européen Donald Tusk, au président de la Commission européen Jean-Claude Juncker et au président du Parlement européen Martin Schulz.

Sous le titre « Une nouvelle approche pour résoudre le conflit israélo-palestinien », la lettre évoque l’apparent virage politique vers la droite en Israël, faisant semble-t-il référence à la réélection en mars dernier du Premier ministre Benjamin Netanyahu et à la constitution d’une coalition de droite avec une mince majorité.

« Nous considérons depuis un certain temps que le processus d’Oslo-Madrid est mort dans la pratique. Les possibilités de règlement qu’il présentait ont été étouffées par une méfiance mutuelle, par la désunion palestinienne et par le manque d’intérêt en Israël pour un résultat de ce type, comme en témoigne l’expansion des colonies à grande échelle, » annonce la lettre.

« M. Netanyahu a exprimé différents points de vue sur la Palestine pendant et autour de la récente campagne électorale, la plupart d’entre eux étant peu favorables à la notion d’un Etat palestinien indépendant. Nous sommes convaincus qu’il n’a que peu d’intention de négocier sérieusement dans le sens d’une solution à deux Etats étant donnée la composition du nouveau gouvernement israélien. Nous avons aussi une faible confiance que le gouvernement américain soit en mesure de s’avancer sur de nouvelles négociations avec la vigueur et l’impartialité qu’exige une solution à deux Etats »

L’engagement d’Israël pour une solution à deux Etats a été mis en doute à la veille des élections de mars, quand Netanyahu a déclaré qu’un Etat palestinien ne serait pas établi pendant son mandat s’il devait être réélu, en faisant valoir que toutes les zones qui sont sous domination palestinienne risquaient de devenir des bastions du Hamas. De nombreux commentateurs ont interprété ces propos comme un appel aux électeurs faucons.

L’administration américaine s’est abstenue de réagir à cette prise de position avant le scrutin, mais les attaqua vertement dès le lendemain matin, après l’éclatante victoire de Netanyahu.

Après l’élection, le Premier ministre est revenu sur sa déclaration, affirmant qu’il soutenait encore « une solution pacifique durable, à deux Etats ».

Il a affirmé qu’il avait été mal interprété et avait simplement écarté la solution à deux Etats pour le moment, en attendant, entre autres choses, une Autorité palestinienne plus accommodante.

Les signataires de la lettre ont proposé que l’UE traite Israël et la Palestine comme des entités politiques distinctes. L’UE, selon la lettre, devrait allouer un laps de temps pour les négociations à la fin duquel le résultat devrait être une solution à deux Etats.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu prononce un discours lors du 5e Forum mondial de lutte contre l'antisémitisme à l'International Convention Center à Jérusalem, le 12 mai 2015. (Crédit : AFP PHOTO / MENAHEM KAHANA)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu prononce un discours lors du 5e Forum mondial de lutte contre l’antisémitisme à l’International Convention Center à Jérusalem, le 12 mai 2015. (Crédit : AFP PHOTO / MENAHEM KAHANA)

Ils proposent que les relations de l’UE avec chaque partie au conflit soit subordonnées à leur volonté de faire avancer une solution à deux Etats. Les pays européens devraient soutenir les efforts palestiniens pour rejoindre les traités et institutions internationales, et d’autre part accroître l’étiquetage des produits israéliens fabriqués dans les colonies, ont ils écrit.

Les auteurs suggèrent que l’UE commence à jouer un plus grand rôle dans les négociations de paix, arguant que Washington, qui a accompagné tous les cycles précédents de négociations de paix israélo-palestiniens – même ceux co-parrainés par d’autres parties – n’avait pas réussi à parvenir à une solution.

« L’Europe n’a pas encore trouvé un moyen efficace pour qu’Israël rende des comptes sur la façon dont il maintient l’occupation », lit-on dans la lettre. « Il est maintenant temps de montrer aux deux parties que l’opinion publique européenne prend au sérieux les infractions au droit international, la perpétration d’atrocités et le déni des droits établis ».

Parmi les signataires figurent des anciens ministres des Affaires étrangères et des anciens Premiers ministres des principaux pays européens comme l’Espagne, la France et les Pays-Bas. Certains des fonctionnaires ont servi dans le passé dans des rôles de leadership dans l’UE et à l’OTAN.

En avril, les ministres des Affaires étrangères en poste de 16 des 28 Etats membres de l’Union européenne avaient envoyé une lettre similaire à Mogherini lui demandant de promouvoir l’étiquetage des produits fabriqués dans les implantations dans les chaînes de magasins à travers l’Europe.

L’UE s’apprêtait à prendre une mesure similaire il y a deux ans, mais l’a reportée en raison des négociations de paix entre Israël et les Palestiniens. Un rapport de l’UE divulgué il y a quelques mois suggérait que des sanctions contre Israël devaient être considérées en raison de la poursuite de la construction dans des « zones sensibles » de Jérusalem. L’une des recommandations figurant dans le document était l’étiquetage des produits de Cisjordanie.

Dans une interview en mars avec le Times of Israel, l’ambassadeur européen en Israël, Lars Faaborg-Andersen, avait averti que si le nouveau gouvernement allait continuer d’étendre les colonies en Cisjordanie et de construire à Jérusalem-Est, Bruxelles augmenterait sa pression.

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