Des associations veulent combattre plus largement la délégitimation d’Israël
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Des associations veulent combattre plus largement la délégitimation d’Israël

Tous les critiques ne sont pas des ennemis, affirment l’ADL et l'Institut Reut, et savoir faire la différence peut aider à distinguer entre les critiques des politiques d’Israël et les opposants à son existence

Manifestation anti-Israël devant la conférence politique annuelle de l'AIPAC, le 20 mars 2016. (Crédit : Eric Cortellessa/Times of Israël)
Manifestation anti-Israël devant la conférence politique annuelle de l'AIPAC, le 20 mars 2016. (Crédit : Eric Cortellessa/Times of Israël)

NEW YORK (JTA) — Opposé aux implantations ? Tu es un de nôtres. Tu crois qu’Israël devrait contrôler la Cisjordanie indéfiniment ? Tu es le bienvenu. Critiquer le grand rabbinat d’Israël ? Tu es chez toi. Tu penses qu’Israël devrait privilégier le judaïsme orthodoxe ? Bien sûr, pourquoi pas ?

C’est la démarche préconisée dans un nouveau plan stratégique, publié jeudi, pour combattre la délégitimation d’Israël : amener plus de gens à aimer Israël en acceptant la diversité idéologique parmi les éléments de soutien et les critiques.

Formé par l’Anti-Defamation League (ADL), une association qui combat l’antisémitisme et le sectarisme, et l’Institut Reut, un think-tank israélien, le rapport vise non seulement à changer l’opinion sur Israël mais aussi à légitimer une plus grande diversité de points de vue.

« Il est fondamental de réduire la définition de ce qu’est la délégitimation, a déclaré Gidi Grinstein, le fondateur de Reut. La délégitimation d’Israël doit être étroitement définie comme la négation singulière du droit d’Israël à exister et du droit du peuple juif à l’auto-détermination. Si l’on se tient à cette définition, cela permet de construire une large coalition. »

Gidi Grinstein, à droite, et Jonathan Greenblatt, au centre, directeur exécutif de l'ADL, dans les locaux de JTA, à New York, le 2 février 2017. (Crédit : autorisation de l'Institut Reut)
Gidi Grinstein, à droite, et Jonathan Greenblatt, au centre, directeur exécutif de l’ADL, dans les locaux de JTA, à New York, le 2 février 2017. (Crédit : autorisation de l’Institut Reut)

Il n’y a rien de nouveau dans cet appel pour un élargissement du mouvement pro-Israël ; des partisans d’Israël de droite comme de gauche soutiennent ce type de projet depuis un an. Mais au-delà de la volonté de rassembler des Juifs qui autrement se disputeraient, le document vise à attirer le grand public vers sa cause pro-Israël en posant une différence nette entre les personnes critiques de la politique israélienne et celles qui s’opposent à son existence même.

Par exemple, quelqu’un qui critique les implantations d’Israël pourrait aujourd’hui trouver plus d’affinité avec des groupes soutenant le BDS, le mouvement de boycott, désinvestissement et sanction contre Israël. Mais l’ADL et Reut affirment que ces « critiques légères » devraient être considérées comme faisant partie du mouvement pro-Israël dans le mesure où elles ne s’opposent pas au caractère d’Israël comme Etat juif, et pourrait agir comme une force d’opposition aux « instigateurs » durs et aux personnes délégitimant Israël.

« L’un des éléments clefs est de reconnaître et de distinguer les gens haineux des [gens] qui voient cela comme une question d’injustice, a déclaré le directeur exécutif de l’ADL, Jonathan Greenblatt. Cela nous demande de dépasser cette idée que nous sommes des camps opposés. »

Le rapport va au-delà des recommandations pour le militantisme sur les campus, souvent perçu comme la base du mouvement pro-Israël (et anti BDS). Le rapport encourage un engagement plus fort auprès des communautés académiques et des corporations pour augmenter le soutien à Israël. Il suggère aussi un effort pro-Israël concentré en Amérique Latine, en Afrique du Sud et dans d’autres régions où le sentiment négatif envers Israël est en hausse.

Manifestation du mouvement BDS à New York, en octobre 2015. (Crédit : Facebook/BDS)
Manifestation du mouvement BDS à New York, en octobre 2015. (Crédit : Facebook/BDS)

En plus de la célébration de la diversité idéologique parmi les groupes pro-Israël, le rapport suggère que les soutiens d’Israël devraient travailler ensemble pour préciser leurs efforts, au lieu de tous faire la même chose. En plus de se diffuser dans les régions et les industries, le rapport recommande de faire respecter les conditions d’utilisation des réseaux sociaux pour limiter l’incitation à la haine contre les Juifs ou contre Israël.

« En fait, sur de nombreux campus américains, la communauté pro-Israël est bien mieux financée et même plus importante que celle qui est anti-Israël, peut-on lire dans le rapport. Pourtant, dans des communautés plus petites ou des zones qui ne font pas l’objet de l’attention juive, la réponse s’articule souvent avec une poignée de militants agissant avec de tous petits moyens. »

Grinstein et Greenblatt ont vanté le soutien du rapport par le ministère des Affaires stratégiques d’Israël, un signal important indiquant que même un gouvernement de droite favorise l’élargissement du mouvement. Le rapport souligne néanmoins que la politique israélienne actuelle est l’un des éléments principaux des efforts croissants de délégitimation visant Israël.

Il mentionne des critiques sur l’engagement d’Israël pour le pluralisme religieux, tout comme son traitement de la minorité arabe, et décrit « la fin de la solution à deux états » comme un des « défis émergents » qui doivent être traités, ou du moins pris en compte dans la lutte pour les cœurs et les esprits.

« Clairement, l’érosion du soutien d’Israël parmi les associations libérales et progressistes est influencée par la critique croissante des politiques d’Israël à l’égard des Palestiniens en Cisjordanie, l’absence de processus de paix, et la poursuite de la politique d’implantation, note le rapport. En d’autres termes, l’incapacité de l’action gouvernementale à fournir un avenir politique à ce conflit légitime, renforce et développe les actions non-gouvernementales venues de la base. »

Le rapport reste vague quant à savoir où tracer la ligne entre la critique légitime et illégitime d’Israël. Le rapport qualifie le boycott ciblé des produits de implantations comme une possible « étape importante vers un boycott total ». Mais certains sionistes libéraux soutiennent un boycott des implantations, et le rapport reconnaît qu’une telle politique est « souvent conduite par une motivation sioniste authentique ».

Greenblatt a affirmé que les Juifs américains devraient inciter Israël à démontrer son engagement pour la paix, et faire cela à travers des actions constructives pourrait supprimer le besoin de boycott.

« Il n’y a pas de substitut à ce que le gouvernement israélien peut faire avec ses politiques, a-t-il déclaré. Nous devrions aussi remarquer qu’il y a des choses que nous pouvons faire dans la diaspora pour encourager et soutenir ce processus. Je pense qu’il y a des choses que nous, en tant que communautés juives, pouvons faire aux Etats-Unis pour encourager et inciter Israël à démontrer son engagement à être un pays qui recherche la paix, un pays pluraliste qui fait la promotion de la démocratie. »

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