Des chercheurs exploitent les cellules allergènes pour lutter contre le cancer
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Des chercheurs exploitent les cellules allergènes pour lutter contre le cancer

Une équipe de l'université de Tel Aviv a fait diminuer de moitié la taille de tumeurs chez des souris en y injectant des éosinophiles, connus pour provoquer des allergies

Un globule blanc éosinophile sous forme d'illustration 3D. (Crédit : wildpixel via iStock by Getty Images)
Un globule blanc éosinophile sous forme d'illustration 3D. (Crédit : wildpixel via iStock by Getty Images)

Des scientifiques israéliens exploitent les qualités « destructrices » des cellules impliquées dans les phénomènes d’allergie afin de tenter de mettre au point une nouvelle immunothérapie pour lutter contre le cancer.

Une équipe de recherche de l’université de Tel Aviv a découvert que les éosinophiles, des globules blancs qui provoquent des allergies, réduisent considérablement la croissance des tumeurs humaines in vitro et des tumeurs de souris dans l’organisme.

Neuf jours après l’injection d’éosinophiles à des souris, la taille globale des tumeurs par souris était deux fois moins importante que celle des souris qui n’avaient pas reçu d’injection.

Certaines études antérieures ont suggéré que les éosinophiles pouvaient combattre le cancer, mais le professeur Ariel Munitz affirme que sa recherche donne l’image la plus claire de leur potentiel, et que son équipe est la première à commencer à développer une immunothérapie à base d’éosinophiles.

Le développement ne fait que commencer et prendra probablement des années, mais il est passionnant car il pourrait offrir un traitement « à deux vitesses » contre le cancer, a déclaré le professeur Munitz.

En effet, ses recherches ont permis de conclure que les éosinophiles combattent les tumeurs elles-mêmes et provoquent également le rassemblement d’un nombre accru de lymphocytes T anticancéreux autour des tumeurs. « La force combinée de ces deux effets pourrait être très prometteuse dans la lutte contre le cancer », a-t-il déclaré au Times of Israël.

Image d’illustration : Un patient atteint d’un cancer bénéficie d’une immunothérapie (Crédit : AP Photo/Elaine Thompson)

Munitz a déclaré que son équipe avait entrepris ces recherches, qui viennent d’être publiées dans la revue Cancer Research, un journal de l’Association américaine pour la recherche sur le cancer, parce que les éosinophiles sont si puissants dans la cause des allergies.

« Ils sont si destructeurs qu’il existe trois médicaments qui combattent l’asthme en ciblant simplement ces cellules sanguines », a-t-il déclaré. « Nous nous sommes donc dit que si ces cellules peuvent causer autant de dégâts, explorons ce qu’elles peuvent faire dans des endroits où nous voulons vraiment des dégâts, à savoir dans le cas du cancer. »

Ils ont observé, comme les scientifiques l’ont fait dans le passé, que les éosinophiles semblent s’accumuler naturellement autour de certaines tumeurs dans le corps humain, et semblent ralentir la croissance tumorale.

Ils ont voulu voir de près comment le processus fonctionnait, et ont donc mené des expériences en laboratoire. « En laboratoire, nous les avons placés sur des cellules tumorales et nous avons constaté qu’ils tuaient réellement les cellules tumorales », a déclaré Munitz.

L’équipe a également injecté des cellules tumorales par la queue de souris, puis a injecté des éosinophiles à certaines d’entre elles. « Chez les souris qui ont reçu des éosinophiles, les tumeurs ont été réduites à 50 % de la taille de celles des autres souris, neuf jours après l’injection », a déclaré Munitz. « C’était très impressionnant. »

« De plus, le nombre de cellules T a doublé et on a constaté que ces cellules pénétraient bien dans les tumeurs », a-t-il ajouté.

Capture d’écran d’une vidéo du professeur Ariel Munitz, de l’université de Tel Aviv. (Treizième chaîne)

Munitz a déclaré que son équipe a commencé à travailler sur le développement de traitements qui stimulent les éosinophiles.

« L’augmentation du nombre et de la puissance des cellules T est l’une des principales cibles des traitements d’immunothérapie administrés aux patients atteints de cancer aujourd’hui », a-t-il déclaré. « Dans notre étude, nous avons découvert une nouvelle interaction qui mobilise de grandes quantités de lymphocytes T vers les tissus cancéreux, et nos résultats pourraient avoir des implications thérapeutiques. »

« En fin de compte, notre étude pourrait servir de base au développement de médicaments immunothérapeutiques améliorés qui emploient les éosinophiles pour combattre le cancer de deux manières : d’une part, les éosinophiles attaqueront directement le cancer en libérant leurs propres protéines destructrices, et d’autre part, ils augmenteront le nombre de lymphocytes T dans l’environnement du cancer.

« Nous pensons que cet effet combiné peut améliorer considérablement l’efficacité du traitement ».

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