Des DJ itinérants de Jérusalem changent la donne en matière de handicap
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Des DJ itinérants de Jérusalem changent la donne en matière de handicap

Les Special DJs font le tour de la capitale pour divertir les personnes âgées et les patients COVID-19 qui ne peuvent pas sortir

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Noam Yomtovyan (deuxième à partir de la droite) et certains de ses collègues DJ spéciaux se produisant dans des résidences-services et des hôtels pour coronavirus à Jérusalem, le 7 octobre 2020. (Avec l'aimable autorisation de Tzamid)
Noam Yomtovyan (deuxième à partir de la droite) et certains de ses collègues DJ spéciaux se produisant dans des résidences-services et des hôtels pour coronavirus à Jérusalem, le 7 octobre 2020. (Avec l'aimable autorisation de Tzamid)

C’était un mercredi après-midi tranquille à Jérusalem, lorsqu’un groupe de DJs sur une remorque réaménagée s’est rendu à la résidence senior Golden Age, a enfilé ses écouteurs et s’est mis à groover.

Le public était en intérieur. Certains regardaient depuis leurs fenêtres ou leurs balcons, profitant du divertissement offert par Special DJs, une troupe de jeunes adultes souffrant de handicap, qui traversent Jérusalem pour divertir leurs compatriotes pendant le confinement.

« C’était génial », a déclaré Noam Yomtovyan, l’un des DJ. « Etre un DJ, c’est bien plus que jouer de la musique, c’est jouer, chanter, créer de l’énergie. »

L’idée de base était de divertir les personnes vivant dans des résidences senior et des hôtels abritant des malades du coronavirus dans certains quartiers de Jérusalem  – à Ramot, Gilo, Arnona et Rechavia. Les DJs, qui ont passé l’année dernière à apprendre à mixer, ont pu mettre leur talent en pratique, offrir un peu de joie et d’amusement pendant cet interminable confinement.

Talia Schwartz, (deuxième à partir de la droite), qui a lancé le projet Special DJs pour assurer un revenu et un emploi aux jeunes adultes handicapés. (Avec l’aimable autorisation de Talia Schwartz)

Ils ont joué la Macarena, pour encourager tout le monde à danser, puis quelques hits israéliens et un peu de Shlomi Shabat, le chanteur israélien préféré de Yomtovyan.

« Le silence était total dehors, à cause du confinement, mais ils ont mis la musique et le public est sorti », a raconté Asaf Finkelstein, porte-parole du projet. « Ils m’ont étonné. »

Passer des cours de DJ au public était « une énorme expérience », a raconté la mère de Yomtovyan, Mera. « C’était revigorant de soudain avoir quelque chose comme ça, de faire danser du monde. Et d’être du côté de celui qui donne. »

Ce projet comporte plusieurs éléments, a explique Talia Schwartz, 27 ans, qui a initié la formation des DJ ainsi que la création d’une équipe de handi-foot l’an dernier chez Tzamid, le département d’éducation spécialisée à la mairie de Jérusalem.

« Quand le public voit des personnes handicapées jouer au ballon ou faire de la musique, il dit ‘ouaw, ce sont de bons athlètes’ ou ‘ce sont de bons musiciens' », a raconté Schwartz. « Nous avons besoin que cette génération fasse de la place au handicap et réalise qu’ils peuvent faire ce qu’ils veulent. »

Etre un DJ, sur une estrade, devant un public, donne aux personnes en situation de handicap la force de croire en eux-mêmes, a-t-elle ajouté.

« A l’issue de l’expérience, ils se sentent différents, ils me disent qu’ils se sentent comme des rois, ou que c’était super », a déclaré Schwartz, soulignant que le groupe est composé de jeunes adultes présentant divers handicaps, cognitifs pour certains, relationnels pour d’autres.

« J’adore être devant un public », a affirmé Yomtovyan, 25 ans, atteint de trisomie 21.

Special DJs se produisant dans des résidences-services et des hôtels pour personnes atteintes de coronavirus à Jérusalem, le 7 octobre 2020. (Avec l’aimable autorisation de Tzamid)

Le coronavirus a isolé certaines populations, notamment les personnes âgées et celles en situation de handicap, qui sont souvent plus à risque de contracter le virus, a expliqué Elyasaf Peretz, qui dirige le département Société à la mairie, dont dépend Tzamid.

« Pour le moment, c’est une population qui passe le plus clair de son temps chez elle », a fait remarquer Peretz. « C’est ainsi qu’ils donnent aux autres. Il y a quelque chose de sacré. »

Tzamid compte 19 clubs à Jérusalem, où se réunissent 140 000 personnes en situation de handicap dans le pays, a précisé Peretz.

Schwartz, elle-même musicienne, a pensé à créer une formation de DJ après avoir travaillé avec une troupe d’étudiants à l’Institut Feuerstein, une école de Jérusalem et un centre pour enfants, adolescents et adultes handicapés.

Elle voulait que les étudiants puissent gagner leur vie et a pensé au rôle du DJ, qui mixe pour les bar-mitsva, les mariages et autres évènements.

Jeunes adultes handicapés apprenant les techniques de DJ lors d’un cours en 2019, à Jérusalem. (Avec l’aimable autorisation de Tzamid)

« Je voulais qu’ils apprennent le métier de DJ », a dit Schwartz. « C’est difficile mais ils peuvent le faire. Cela prendra peut-être plus de temps mais cela ne veut pas dire qu’ils ne peuvent pas le faire. »

Schwartz a retrouvé la trace d’Alik Korpho, un instructeur de DJ primé qui a travaillé avec de nombreuses communautés et des DJ de différents âges. Il est connu pour sa Smart Music, son modèle de création d’emplois dans les communautés par le biais de la musique.

Korpho enseigne aux adolescents comment devenir DJ, en leur exposant les aspects techniques du travail, en leur montrant comment choisir la musique qui convient à la foule et comment captiver un public, dit-il.

« Cela a parfaitement fonctionné avec cette communauté également », a déclaré Korpho. « Nous utilisons des iPads et des outils très conviviaux, et nous offrons aux DJ un outil pour exprimer leurs émotions et leurs besoins à travers la musique ».

Il a fallu du temps pour enseigner aux Special DJs, ce qui signifie accepter que tout le monde ne soit pas capable d’accomplir toutes les tâches, a-t-il dit.

« Nous examinons le niveau d’intérêt et de responsabilité et quand cela se produit, cela arrive », a déclaré Korpho. « Apprendre prend du temps, et nous apprenons tous tout le temps ».

DJ Alik Korpho avec sa classe de DJs, en 2020. (Avec l’aimable autorisation d’Alik Korpho)

Les Special DJs travaillent souvent en groupe, a déclaré Schwartz. Certains ne veulent pas être seuls sur scène parce qu’ils ont le trac et sont toujours à la recherche de leur confiance en soi. D’autres n’ont aucun problème à se faire remarquer et se réjouissent de l’attention du public.

Chaque aspect de leur expérience était visible lors de la série de représentations de mercredi, a-t-elle déclaré.

« C’est incroyable de voir une personne handicapée mener la foule en tant que DJ », a-t-elle déclaré. « La musique est une sorte de pont, et personne ne s’y attend ».

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