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Des envoyés israéliens mènent une action humanitaire aux frontières de l’Ukraine

Avec des diplomates distribuant de l'aide et aidant les réfugiés à trouver un abri, le ministère des Affaires étrangères relève l'un des plus grands défis de son histoire

L'ambassadeur d'Israël en Roumanie David Saranga (au centre), escortant des enfants ukrainiens malades qui seront transportés par avion en Israël pour y recevoir des soins vitaux, dans la ville frontalière de Siret, le 8 mars 2022 (Crédit : autorisation)
L'ambassadeur d'Israël en Roumanie David Saranga (au centre), escortant des enfants ukrainiens malades qui seront transportés par avion en Israël pour y recevoir des soins vitaux, dans la ville frontalière de Siret, le 8 mars 2022 (Crédit : autorisation)

Il y a quelques semaines à peine, David Saranga menait la vie typique d’un diplomate en poste à l’étranger. En tant qu’ambassadeur d’Israël en Roumanie, l’un des alliés les plus amicaux de Jérusalem, il œuvrait surtout au maintien des liens avec la communauté juive locale, à la promotion des collaborations commerciales entre entreprises roumaines et israéliennes et à la gestion des affaires consulaires pour les Israéliens en visite dans ce pays d’Europe de l’Est.

Mais le mois dernier, Saranga a quitté son confortable bureau pour se rendre à la frontière entre la Roumanie et l’Ukraine. Là, il a été témoin de l’horreur de la crise humanitaire en cours, qui a vu des centaines de milliers de personnes fuir en raison de l’agression de la Russie contre leur pays.

Saranga se trouve aujourd’hui en première ligne des efforts déployés par Israël pour venir en aide aux réfugiés, Juifs et autres, de la Moldavie à la Roumanie en passant par la Pologne.

À la date du 15 mars, plus de trois millions de personnes ont fui l’Ukraine, selon les Nations unies, dont quelque 459 000 personnes en Roumanie. En outre, on compte au moins deux millions d’Ukrainiens déplacés à l’intérieur de leur pays.

À Siret, petite ville normalement paisible située près de la frontière, mais qui a accueilli des dizaines de milliers de réfugiés ces dernières semaines, Saranga fait la navette entre les différents postes d’aide, les centres de réfugiés et les services administratifs qui parsèment désormais le paysage.

Il y fait ce qu’il peut pour les Israéliens, les Juifs et tous ceux auxquels il peut offrir son aide.

Des employés du consulat israélien enregistrent des réfugiés juifs ukrainiens qui ont fui la guerre dans leur pays avant qu’ils ne se rendent à l’aéroport pour embarquer dans un avion à destination d’Israël dans un complexe de hangars à Chisinau, la capitale de la Moldavie, le 15 mars 2022. (Crédit : GIL COHEN-MAGEN / AFP)

Le travail de Saranga et des autres diplomates à la frontière a été l’un des rares éléments positifs parmi les efforts d’Israël pour répondre à l’invasion russe de l’Ukraine, qui a démarré le 24 février. D’autres organes gouvernementaux ont été critiqués pour avoir tâtonné pendant la crise : les politiques changeantes du ministère de l’Intérieur sur l’octroi d’un abri aux réfugiés ukrainiens et les tentatives de Jérusalem de marcher sur une corde raide entre Moscou et l’Occident ont été des sources constantes de polémiques et de récriminations.

En revanche, les efforts déployés par le ministère des Affaires étrangères et d’autres organismes pour apporter de l’aide aux frontières se sont avérés plutôt fructueux ; lundi, le gouvernement a approuvé des plans visant à intensifier la mission par la construction d’un hôpital de campagne sur le territoire ukrainien.

En début de semaine, le ministre des Affaires étrangères, Yair Lapid, s’est rendu à Siret et a remercié Saranga et son équipe pour le travail accompli dans la gestion de ce qui est en train de devenir l’un des plus grands défis auxquels le ministère a été confronté depuis des décennies.

L’une des principales tâches de Saranga a été d’organiser les vols et l’octroi de documents pour les citoyens israéliens surpris par la guerre, et d’essayer d’aider toute autre personne, quelle que soit son origine ethnique ou sa nationalité, en lui apportant une aide humanitaire.

La semaine dernière, il a aidé à faire sortir d’Ukraine dix enfants qui avaient besoin d’un traitement médical urgent et a fait en sorte qu’ils puissent se rendre en Israël pour y être soignés. Certains avaient besoin d’un traitement contre le cancer, d’autres d’une dialyse.

« Nous ne fermerons pas nos portes ni nos cœurs à ceux qui ont tout perdu », a déclaré M. Lapid lors de sa visite au poste-frontière de Siret, dimanche. « C’est notre obligation non seulement de nous comporter en bons Juifs mais aussi en bons humains. »

Leur heure de gloire

Le ministère des Affaires étrangères a commencé à se préparer à une éventuelle invasion russe en Ukraine plusieurs semaines avant que le président russe Vladimir Poutine n’envoie officiellement des troupes et ne lance des missiles dans le pays le 24 février.

Pendant deux semaines avant l’invasion, le ministère a exhorté les Israéliens résidant en Ukraine à rentrer immédiatement en Israël. Le personnel diplomatique en Ukraine a organisé des plans de voyage accélérés pour tous les citoyens israéliens qui en avaient besoin. Les avertissements de départ se sont intensifiés à mesure que les tambours de guerre se faisaient plus forts – mais pas tous les Israéliens ont répondu à l’appel.

Lorsque la guerre a éclaté, le ministère des Affaires étrangères s’est concentré sur l’évacuation des Israéliens en Ukraine vers les pays voisins, principalement la Pologne, et de là vers Israël. Au total, selon le ministère, environ 11 000 citoyens israéliens ont quitté l’Ukraine, dont 6 500 après le début de la guerre. Selon le ministère, 1 500 citoyens israéliens sont toujours en Ukraine et ne souhaitent ou ne peuvent pas partir (les hommes ukrainiens en âge de combattre ont interdiction de quitter le pays).

Devant le consulat honoraire d’Israël à Lviv, des ressortissants israéliens montent à bord d’un autobus supposé les conduire à la frontière polonaise, le 2 mars 2022. (Crédit : Lazar Berman/Times of Israel)

Depuis, le ministère s’est concentré sur l’aide aux réfugiés ukrainiens juifs ou non-israéliens, y compris ceux qui essaient de se rendre en Israël.

Dimanche, le ministère de l’Intérieur a déclaré que le gouvernement commencerait à contrôler toute personne cherchant refuge en Israël avant leur embarquement sur des vols à destination de Tel Aviv, afin d’éviter les scènes pénibles de familles ukrainiennes bloquées à l’aéroport Ben Gurion ou dans des hôtels éloignés. Cette tâche a été confiée au ministère des Affaires étrangères.

Israël a accepté d’accueillir des milliers d’Ukrainiens qui ne sont pas Juifs ou éligibles à la citoyenneté en vertu de la Loi du retour, bien que le gouvernement ait eu du mal à formuler des politiques claires et les ait modifiées à plusieurs reprises.

Des immigrants fuyant l’Ukraine arrivent dans les bureaux du ministère israélien de l’Immigration à l’aéroport Ben Gurion près de Tel Aviv, le 15 mars 2022. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Depuis dimanche, le ministère des Affaires étrangères a traité 910 demandes d’Ukrainiens en attente en Europe, a déclaré Eyal Siso, qui dirige l’unité des affaires consulaires du ministère, à un panel de la Knesset mardi. Il a ajouté que 30 diplomates en Israël et en Europe traitaient les quelque 1 500 demandes soumises jusqu’à présent.

Selon Siso, 800 demandeurs ont été approuvés. Israël a rejeté 110 des demandes, principalement parce que les demandeurs se sont trouvés en situation irrégulière par le passé, a-t-il ajouté (une erreur de traduction pourrait néanmoins avoir eu lieu dans certains documents d’entrée, la question « Avez-vous déjà été en situation irrégulière en Israël par le passé » aurait été traduite par « Avez-vous déjà été en Israël par le passé ? » Plusieurs centaines de personnes auraient été affectées.)

Le ministère dirige également les efforts de collecte et de distribution des dons qui affluent d’Israël pour les réfugiés arrivés en Pologne, en Moldavie, en Roumanie et dans d’autres pays d’Europe.

Une vue aérienne de réfugiés ukrainiens attendant d’être transportés au poste frontière de Medyka, en Pologne, le 13 mars 2022. (Crédit : AP)

Une cellule de crise improvisée a été mise en place pour coordonner tous les dons, sous la direction de l’ancien ambassadeur en République tchèque Daniel Miron.

Au début du mois, le gouvernement israélien a envoyé 100 tonnes d’aide humanitaire, dont des fournitures médicales, des systèmes de purification de l’eau, des manteaux d’hiver, des sacs de couchage et d’autres articles.

Le Premier ministre Naftali Bennett a souligné que cette aide était la preuve de l’engagement israélien à aider l’Ukraine, après que son gouvernement ait été critiqué pour sa réticence à s’aligner pleinement avec l’Ukraine et ses alliés occidentaux dans leur condamnation et leur confrontation avec Poutine.

Des travailleurs chargeant des colis d’aide humanitaire israélienne pour aider les personnes prises dans les combats en Ukraine, à l’aéroport Ben Gurion, le 1er mars 2022. (Crédit : Tsafrir Abayov /AP Photo)

En Pologne, où la grande majorité des réfugiés a fui au cours des deux premières semaines de la guerre, un fossé diplomatique entre Jérusalem et Varsovie a été mis en veilleuse par la guerre.

Six mois après avoir réduit leurs relations en raison d’une loi sur les réparations après la Shoah, Lapid a envoyé un émissaire expérimenté, Yakov Livne, comme ambassadeur en Pologne.

Cette mesure a été prise afin de « renforcer l’assistance aux citoyens israéliens qui traversent la frontière entre l’Ukraine et la Pologne, et compte tenu de l’importance des événements et du rôle central que la Pologne y joue », a déclaré le ministère des Affaires étrangères.

Médecins sans frontières

Le ministère des Affaires étrangères joue également un rôle de premier plan dans ce qui devrait être l’une des plus importantes contributions d’Israël à l’atténuation de la crise : un hôpital de campagne sera installé en Ukraine. L’opération « Kochav Meir », du nom du Premier ministre israélien d’origine ukrainienne, Golda Meir, a été approuvée lundi par le gouvernement

L’opération, a déclaré le gouvernement dans un communiqué, sera dirigée par les ministères des Affaires étrangères et de la Santé et gérée par le personnel médical du centre Sheba, du centre pour enfants Schneider et d’autres personnels du système de santé.

Selon la déclaration, l’hôpital comprendra des urgences, une salle d’accouchement, une machine à rayons X et d’autres services médicaux pour hommes, femmes et enfants, y compris des options de traitement à distance par des médecins en Israël.

Israël envoie une délégation en Ukraine pour mettre en place un hôpital de campagne dans le pays, le 5 mars 2022. (Crédit : Centre médical Sheba, ministère de la Santé)

Il devrait coûter 21 millions de shekels, qui proviendront du gouvernement, de la Schusterman Family Foundation et du Joint Distribution Committee.

Au total, plus de 100 personnes devraient travailler dans l’hôpital de campagne, qui devrait être actif pendant environ un mois.

Une équipe composée de membres du personnel du ministère des Affaires étrangères et du ministère de la Santé est déjà sur place en Ukraine, où elle s’occupe de la logistique préliminaire. Selon les diplomates, la sécurisation du site sera un défi majeur, car on craint que le matériel et les médicaments coûteux ne soient volés par des Ukrainiens confrontés à une situation de plus en plus désespérée.

Un volontaire travaillant à l’intérieur de la maternité endommagée par les bombardements à Marioupol, en Ukraine, le 9 mars 2022. (Crédit : Evgeniy Maloletka / AP Photo)

Les responsables soulignent qu’afin d’éviter tout soupçon d’ingérence militaire, l’armée israélienne, qui, d’habitude est responsable de la mise en place d’hôpitaux de campagne à la suite de catastrophes naturelles à l’étranger, ne jouera aucun rôle public dans cet effort.

Le ministère a refusé de dire où l’hôpital sera situé, si ce n’est sur le parking d’une école à environ 11 kilomètres de la frontière, au sein du territoire ukrainien.

Israël a également acheté six générateurs électriques géants pour l’hôpital principal de Lviv. Chaque générateur pèse sept tonnes et leur transport a pris du temps. L’ambassadeur d’Israël à Rome, Dror Eydar, a acheté les générateurs en Italie et réussi à trouver de la place pour les faire entrer dans des camions allant en Ukraine. Les camions y sont entrés lundi, par la Slovaquie.

« Nous espérons qu’ils seront rapidement connectés afin de fournir aux hôpitaux de Lviv une alimentation constante », a tweeté Eydar, faisant référence à un ancien enseignement juif sur l’importance de sauver une seule vie : « …C’est comme si vous sauviez le monde entier. »

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