Des experts appellent à la prudence concernant un prétendu remède au Covid-19
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Des experts appellent à la prudence concernant un prétendu remède au Covid-19

La firme Zion Medical a annoncé que son médicament contre le VIH, déjà controversé, a "amélioré l'état de santé et soigné" des patients atteints du Covid-19 au Congo

Photo illustrative de pilules pharmaceutiques (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90)
Photo illustrative de pilules pharmaceutiques (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90)

Les experts ont appelé à la plus grande prudence face aux affirmations d’une société israélienne qui dit disposer d’un « remède » au Covid-19 et le soumettrait à un essai clinique dans un pays occidental non spécifié.

Zion Medical a publié un communiqué mardi disant que son médicament anti-VIH Gamorra – dont la prétention à guérir le Sida a été très controversée – a permis, « statistiquement », « d’améliorer l’état de santé et soigner » les patients atteints du Covid-19 ayant reçu le médicament lors d’un essai clinique en République du Congo.

Mais dans une interview accordée au Times of Israël, la directrice scientifique de la société, Einat Finkelshtain, a admis que les traitements administrés en République du Congo ne relevaient pas d’un essai clinique. Elle l’a qualifié d’initiative « autonome » pour fournir un traitement aux patients sur la base d’un usage compassionnel, « indépendant » d’un essai clinique.

Elle a également déclaré que le médicament, vieux de deux ans, n’a reçu aucune approbation en dehors de la République du Congo, où il a été autorisé il y a un mois pour le traitement du VIH et du cancer.

Elle a ajouté que la société a commencé des essais pour le traitement du Sida en Ouganda, et prévoit de compléter le processus avec des essais conjoints en Ouganda, en Tasmanie et peut-être en Israël.

Einat Finkelshtain, directrice scientifique chez Zion Medical. (Crédit : Rafi Daluya)

Selon Zion Medical, 15 patients atteints du Covid-19 dans un état critique en République du Congo ont bénéficié d’un traitement de neuf jours au Gamorra, à partir du 8 avril, ainsi que de médicaments régulièrement administrés aux patients du Covid-19 à l’hôpital. Elle a indiqué qu’à la fin du traitement, quatre patients étaient testés négatifs, et que tous les autres avaient entre-temps quitté l’unité de soins intensifs.

Zion Medical a déclaré que 14 des 15 autres patients qui n’avaient reçu que des médicaments standard pour le Covid-19 étaient morts au cours des neuf mêmes jours, et qu’un autre était toujours dans un état critique. Les patients ont été choisis au hasard pour les deux groupes, mais les médecins et les patients savaient qui recevait le médicament, et aucun placebo n’a été donné aux patients du second groupe, a expliqué Einat Finkelshtain.

Elle a affirmé que le résultat est « très significatif dans la guerre contre le Covid-19 », tout en reconnaissant que davantage de recherches étaient nécessaires. Elle a indiqué que des préparatifs étaient en cours pour un essai clinique dans un pays occidental encore indéterminé, peut-être en Amérique.

Zion Medical, basée à Rehovot et enregistrée en tant qu’entreprise aux Pays-Bas, a été créée en 2014 par Zyon Ayni, un homme d’affaires israélo-néerlandais ayant une formation en immobilier. Sa société se concentre sur le développement de solutions médicales pour le VIH/sida et le cancer.

En 2018, il avait affirmé que Gamorra pouvait guérir complètement le Sida, une affirmation largement critiquée par les groupes de lutte contre le sida comme étant fausse.

Le virologiste Ran Taube, expert en médicaments contre le VIH de l’université Ben-Gurion du Néguev, a réagi avec prudence à l’annonce de ce prétendu remède. « Manipulez-le avec précaution », a-t-il souligné.

Ran Taube a déclaré au Times of Israël qu’il manquait des informations sur le mécanisme qui permettrait au médicament d’aider les patients atteints du Covid-19, et que davantage de personnes devaient participer aux tests.

Un immunologiste d’une autre institution israélienne, qui s’est exprimé sous couvert de l’anonymat, juge les résultats de la République du Congo « suspects » et « circonstanciels ». « Le résultat ‘noir et blanc’, ‘tout ou rien’ est suspect », a-t-il commenté.

Même dans un groupe de patients atteints du Covid-19 dans un état critique, il ne s’attendrait pas à ce que 14 sur 15 meurent, a-t-il noté. « Je serais très prudent », a-t-il dit. « Chaque jour, nous découvrons un nouveau médicament qui est censé aider, mais sans essais cliniques au hasard, en double aveugle et à grande échelle, certains de ces résultats sont simplement circonstanciels ».

« Nous voyons souvent beaucoup de sociétés, et je ne dis pas que c’est le cas ici, qui essaient d’augmenter leurs revenus et le prix de leurs actions en publiant de telles déclarations », a-t-il souligné.

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