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Des femmes juives poursuivent un site haredi pour avoir flouté leurs visages

L'action en justice intentée par l'Israel Religious Action Center affirme que la photo a causé aux plaignantes "préjudice et humiliation" ; le site Internet nie toute faute

Une photo d'une réunion entre le Président Isaac Herzog et des dirigeants juifs à Jérusalem, avec les visages des femmes floutés, telle qu'elle est apparue dans Behadrei Haredim, en décembre 2021. (Crédit: Courtoisie : IRAC)
Une photo d'une réunion entre le Président Isaac Herzog et des dirigeants juifs à Jérusalem, avec les visages des femmes floutés, telle qu'elle est apparue dans Behadrei Haredim, en décembre 2021. (Crédit: Courtoisie : IRAC)

Une branche du mouvement réformé en Israël a intenté des poursuites judiciaires contre un site d’information ultra-orthodoxe populaire à Jérusalem pour sa politique consistant à flouter les visages des femmes.

L’Israel Religious Action Center (IRAC) a déclaré mercredi qu’il demandait 345 000 shekels de dommages et intérêts au site Behadrei Haredim pour une photo publiée l’année dernière montrant des femmes leaders de mouvements juifs rencontrant le président Isaac Herzog, sur laquelle les visages des femmes étaient floutés, brouillés numériquement.

La plainte a été déposée lundi au nom d’Anna Kislanski, PDG du mouvement réformé en Israël, du directeur de l’IRAC, Orly Erez-Likhovski, de Rakefet Ginsburg, qui dirige le mouvement conservateur en Israël, de Yochi Rappeport, directrice exécutive des Femmes du Mur, et de sa vice-présidente Tammy Gottlieb.

Selon une déclaration publiée par l’IRAC, la photo a causé aux plaignantes « préjudice et humiliation » en floutant leur visage « simplement parce qu’elles sont des femmes ». La déclaration note que le visages des hommes n’ont pas été floutés.

« Behadrei Haredim doit payer pour cette exclusion illégale, en dédommageant mes collègues pour l’humiliation causée », a déclaré Anat Hoffman, directrice générale de l’IRAC, dans un communiqué.

« Il est inacceptable de flouter le visage des femmes en Israël en 2022 », a-t-elle ajouté dans un communiqué. « Tout comme nous avons combattu d’autres cas d’exclusion des femmes, nous ne resterons pas silencieuses face à cette exclusion flagrante et préjudiciable et nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour empêcher une telle discrimination à l’avenir. »

Anat Hoffman, responsable du Centre d’action religieuse israélien, porte un châle de prière alors qu’elle prie aux côtés d’autres membres des « Femmes du Mur » au mur Occidental, à Jérusalem, le 8 juillet 2013. (Miriam Alster/Flash90)

Ce procès est le premier jamais intenté en Israël contre un site web « pour des politiques humiliantes d’effacement des femmes », selon l’IRAC.

La photo en question a été publiée sur Behadrei Haredim en décembre 2021. Dans un premier temps, l’IRAC a exigé que Behadrei Haredim publie la photo originale et verse 50 000 shekels de compensation à chaque femme apparaissant sur la photo. Le site web ayant refusé, le groupe a décidé de les poursuivre en justice.

En réponse aux demandes initiales de l’IRAC, Behadrei Haredim a déclaré en décembre qu’il ne considérait pas que ses actions étaient préjudiciables aux femmes et a exhorté les plaignantes à respecter le mode de vie de ses lecteurs.

« Nous n’avons aucunement l’intention de nuire aux femmes. Comme la majorité du journalisme et des médias haredi, nous ne publions pas non plus de photos de femmes, en raison de l’insistance de nos lecteurs à préserver la dignité des femmes », a déclaré le site web dans un communiqué.

« Dans le cadre de notre couverture de la question du mur Occidental, nous avons fait un article sur une visite à la résidence du président, ce qui impliquait de flouter les photos où figuraient des femmes, et nous ne considérons pas que cela soit préjudiciable de quelque manière que ce soit », a-t-il ajouté.

« En tant que responsables des exigences de nos lecteurs, nous respectons leurs souhaits et n’excluons pas les femmes. Ceux qui vantent la valeur sacrée de ‘vivre et laisser vivre’ devraient comprendre qu’il s’agit de médias haredi, c’est notre mode de vie », ont-ils ajouté.

De nombreuses publications ultra-orthodoxes s’abstiennent de publier des photos de femmes, ou floutent leurs visages.

L’année dernière, l’IRAC a remporté une victoire dans sa campagne contre l’effacement des femmes dans la sphère publique en Israël, lorsque le tribunal de Jérusalem a statué en sa faveur et a ordonné à la municipalité de Jérusalem d’enquêter sur les incidents de juifs haredi vandalisant des panneaux d’affichage représentant des visages de femmes dans toute la ville.

Le groupe a intenté une action en justice après que des groupes d’autodéfense religieux ont défiguré le portrait d’une survivante de la Shoah âgée de 95 ans, affiché devant l’hôtel de ville de Jérusalem.

« On ne peut pas permettre aux contrevenants à la loi de régir l’espace public », avait alors jugé le tribunal.

Judah Ari Gross a contribué à cet article. 

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