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Des groupes juifs aident les communautés ukrainiennes à affronter l’hiver

Alors que la Russie poursuit ses bombardements, l'attention se tourne sur ceux qui sont encore sur place, en leur fournissant de l'électricité et des produits de première nécessité

Judah Ari Gross est le correspondant du Times of Israël pour les sujets religieux et les affaires de la Diaspora.

Une hanoukkiya envoyée en Ukraine par Midreshet Schecter, une organisation massorti, après avoir été allumée par un soldat ukrainien juif servant près de Bakhmout, le 20 décembre 2022. (Crédit : Midreshet Schecter)
Une hanoukkiya envoyée en Ukraine par Midreshet Schecter, une organisation massorti, après avoir été allumée par un soldat ukrainien juif servant près de Bakhmout, le 20 décembre 2022. (Crédit : Midreshet Schecter)

Alors que les forces russes continuent de pilonner les infrastructures de l’Ukraine, provoquant régulièrement des coupures d’eau et d’électricité, des groupes juifs s’efforcent d’aider les communautés du pays à lutter contre le froid hivernal, à l’aide de générateurs, de couvertures et de menorot de Hanoukka, ou hanoukkiya.

Ces dernières sont arrivées jusqu’aux lignes de front de la guerre russo-ukrainienne, Bakhmout, où un soldat juif ukrainien, ancien conseiller du mouvement massorti, en a utilisé une pour marquer la fête, selon la rabbin Irina Gritsevskaya, responsable de Midreshet Schechter, une institution massorti qui opère en Ukraine depuis plusieurs années.

Au début de la guerre, les groupes juifs ont surtout cherché à faire sortir les gens d’Ukraine, à faciliter l’immigration en Israël et à assurer un passage sûr vers l’Europe. Alors que les combats se poursuivent et que la plupart des personnes souhaitant quitter le pays l’ont fait, l’accent a été mis sur la préparation des communautés ukrainiennes à affronter l’hiver.

Une enquête récente menée auprès de 600 Juifs ukrainiens par l’International Fellowship of Christians and Jews (IFCJ) a révélé que la quasi-totalité d’entre eux avaient du mal à se chauffer et que la plupart devraient choisir entre chauffer leur maison ou acheter de la nourriture. Une majorité d’entre eux, 56 %, ont déclaré qu’ils ne pensaient pas avoir suffisamment de vêtements chauds pour passer l’hiver.

« Nous allons fournir des générateurs aux écoles, aux maisons de retraite et aux centres communautaires. Les générateurs sont vraiment la chose la plus importante car, lorsqu’il n’y a pas d’électricité, il n’y a pas non plus d’eau. Il y a donc des maisons de retraite à Odessa qui n’ont pas d’électricité, qui n’ont pas d’eau et qui ne peuvent pas cuisiner », a déclaré Yaël Eckstein, présidente et directrice générale de l’IFCJ, qui affirme avoir fourni plus de 20 millions de dollars de financement aux communautés ukrainiennes depuis le début des combats.

Au début du mois, le groupe d’Eckstein a annoncé qu’il transférait 6,5 millions de dollars supplémentaires aux organisations qui travaillent sur le terrain en Ukraine.

Une Juive ukrainienne tenant une hanoukkiya qui lui a été offerte par l’International Fellowship of Christians and Jews. (Crédit : IFCJ)

« Nous travaillons également avec nos partenaires pour forer des puits d’eau, installer des générateurs, fournir des couvertures et des équipements d’urgence de qualité militaire pour se préparer à l’hiver. Si les besoins évoluent, nous serons prêts à fournir davantage d’aide », a-t-elle ajouté.

Eckstein a noté que l’immigration vers Israël avait ralenti – passant de centaines de personnes par semaine à quelques dizaines avant la guerre – mais elle a déclaré que son groupe était prêt à augmenter rapidement les vols d’immigration si nécessaire.

Mais si l’IFCJ a fourni des générateurs aux communautés juives, Eckstein a reconnu que leur fonctionnement – tant en Ukraine qu’en Moldavie voisine, où l’organisation est également présente – est de plus en plus difficile et, dans certains cas, financièrement irréalisable en raison de l’augmentation du coût du carburant et de l’inflation.

« C’est littéralement ce qui m’empêche de dormir la nuit », a-t-elle déclaré.

La récession économique mondiale a également suscité des inquiétudes quant à la capacité de l’IFCJ à collecter des fonds, car ses donateurs ne seront peut-être pas en mesure de donner les mêmes montants que par le passé.

La directrice de l’International Fellowship of Christians and Jews, Yaël Eckstein, distribue une boîte de nourriture pour Pessah. (Crédit : Olivier Fitoussi)

« Ces derniers mois, nous avons commencé à voir un léger ralentissement, mais je crois que nos donateurs feront tout ce qui est nécessaire. Ils ont à maintes reprises répondu aux besoins des survivants de la Shoah et du peuple juif menacé », a déclaré Eckstein.

« Mais est-ce que cela m’inquiète ? Oui, cela m’inquiète. Je regarde constamment les chiffres et je suis les dernières tendances. Je suis sûre que l’inflation affectera nos donateurs, mais pas nécessairement leurs dons. Je suis convaincue que nos donateurs feront tout ce qui est nécessaire pour aider ce peuple juif en Ukraine », a-t-elle déclaré.

Renforcer les communautés 

Pour la rabbin Irina Gritsevskaya, l’aide apportée par son institution à l’Ukraine est axée sur le renforcement des petites – mais bien vivantes – communautés massorti (conservatrices) du pays, bien que Midreshet Schechter ait également participé à l’effort initial d’évacuation.

« Nous avons quatre communautés en Ukraine : la communauté de Kiev, la communauté d’Odessa, la communauté de Kharkiv, qui est, comme vous le savez, dans la situation la plus problématique, et la communauté de Tchernivtsi, dans l’ouest de l’Ukraine, qui a accueilli la plupart des membres de nos autres communautés qui ont dû fuir leurs villes », a déclaré Gritsevskaya.

La rabbin Irina Gritsevskaya, responsable de Midreshet Schechter, sur une photo non datée. (Autorisation)

La rabbin massorti, née à Saint-Pétersbourg et basée à Tel Aviv, s’est rendue en Ukraine à plusieurs reprises pendant la guerre, notamment à l’occasion des fêtes, pour organiser des offices de prière. Elle estime qu’il y avait environ 1 000 membres dévoués des communautés massorti en Ukraine, dont certains se sont depuis réinstallés en Israël ou en Europe.

« La première fois que je suis allée là-bas, c’était pour Pourim. C’était moins de trois semaines après le début de la guerre. C’était une expérience incroyable. Nous avons traversé la frontière [de la Roumanie] vers l’Ukraine et nous avons vu tous les réfugiés – femmes et enfants – arriver de la direction opposée. Nous étions les seuls à entrer en Ukraine par la frontière », a-t-elle raconté.

« Il n’y avait pas de meguila à Tchernivtsi, alors nous l’avons apportée avec nous, en la portant à travers la frontière, et nous avons organisé une lecture de la meguila là-bas », a déclaré Gritsevskaya, faisant référence au Livre d’Esther, qui est lu lors de la fête de Pourim.

Elle y est retournée au printemps pour organiser un seder de Pessah pour plus de 100 personnes et a aidé le réseau massorti de camps Ramah à organiser un camp d’été pour les enfants ukrainiens en Roumanie.

Une famille juive ukrainienne d’Odessa recevant un colis de Midreshet Schecter pendant Hanoukka, en décembre 2022. (Crédit : Midreshet Schecter)

Gritsevskaya a déclaré qu’elle s’occupait de trois principaux domaines avant l’hiver : aider les membres de ses communautés à trouver un emploi, envoyer des colis d’aide pour Hanoukka et renforcer les centres communautaires juifs.

« Nous avons préparé des kits comprenant des couvertures, des sweat-shirts, une kippa, une menorah de Hanoukka et des boites de 44 bougies pour que tout le monde puisse allumer dans des endroits comme Kharkiv, où je ne peux pas me rendre pour le moment », a-t-elle déclaré.

L’un de ces kits a été remis au soldat susmentionné qui sert sur le front de Bakhmout, a-t-elle précisé. Pour des raisons de sécurité, Gritsevskaya n’a pas souhaité que son nom ni d’autres détails soient publiés.

Les colis de Midreshet Schecter en préparation avant Hanoukka, en décembre 2022. (Crédit : Midreshet Schecter)

Au milieu des pannes de courant en cours et d’autres problèmes d’infrastructure en Ukraine, Gritsevskaya a déclaré que son organisation travaillait pour s’assurer que les centres communautaires massorti étaient « un endroit où tout fonctionne », où il y a une électricité constante et un accès à Internet, où les gens peuvent se rassembler en toute sécurité.

« Ils disposent d’un générateur et d’une connexion internet. Nous voulons ouvrir nos communautés le plus longtemps possible afin que les gens puissent venir et se retrouver dans un endroit paisible », a-t-elle déclaré.

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