Des Israéliennes cherchent à savoir si la ‘parentalité transcendantale’ existe
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Des Israéliennes cherchent à savoir si la ‘parentalité transcendantale’ existe

Dans un atelier de travail unique, quittant un quotidien bercé par les crises des enfants et les couches-culottes, des mères juives israéliennes se réunissent pour chercher la transcendance

Simona Weinglass est journaliste d'investigation au Times of Israël

Des mères à Tel Aviv se rencontrent pour un atelier de travail sur la 'parentalité transcendante' de l'organisation Ayeka au mois de février 2016 (Autorisation)
Des mères à Tel Aviv se rencontrent pour un atelier de travail sur la 'parentalité transcendante' de l'organisation Ayeka au mois de février 2016 (Autorisation)

Lors d’une soirée glaciale d’hiver, à Tel Aviv, un groupe de femmes, assis en cercle, réfléchit à un poème écrit par l’homme de lettres américano-libanais Kahlil Gibran : « Vos enfants ne sont pas vos enfants. Ils sont les fils et les filles de l’appel de la Vie à elle-même. Ils viennent à travers vous mais non de vous. Et bien qu’ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas ».

« Quelles qualités avez-vous transmises à vos enfants, et quelles qualités vous paraissent plus mystérieuses ou données par Dieu ? » demande Maayan Rabinovich, modératrice du groupe.

Puis elle demande aux jeunes femmes présentes ce qu’elles pensent d’un autre message, extrait du Talmud babylonien, où Dieu est évoqué comme le « troisième partenaire » dans la création d’un enfant.

« Parfois je regarde ma fille, je vois son caractère obstiné et je me demande : ‘Mais d’où tient-elle cela ?’ Ni mon époux ni moi-même ne sommes ainsi », déclare une femme du groupe.

Les femmes assemblées – dans leur majorité des mères d’enfants en bas-âge – viennent faire une coupure bienvenue, à ce moment de la soirée, dans leur routine maternelle.

Elles lisent des textes, Juifs et non-Juifs, lors d’un atelier de travail intitulé “Vivre une parentalité transcendante” organisé par le Centre Ayeka d’Education à la transcendance.

La modératrice de 'Parentalité transcendante' Maayan Rabinovich (Crédit : Simona Weinglass/Times of Israel)
La modératrice de ‘Parentalité transcendante’ Maayan Rabinovich (Crédit : Simona Weinglass/Times of Israel)

Rabinovich, l’une des créatrices de cette session, aux côtés des éducateurs juifs Dasee Berkowitz et Mali Brofsky, explique au Times of Israel que contrairement à de nombreux ateliers consacrés à la parentalité, l’objectif poursuivi n’est pas d’apprendre comment être un bon parent.

« Ici, nous posons des questions et nous laissons chaque personne répondre. Nous voulons pouvoir créer un endroit sûr d’acceptation, sans jugement, de manière à ce que nos participants puissent partager des choses qu’ils ne pourraient pas dire dans d’autres circonstances », déclare-elle.

Et en effet, au cours des six sessions qui forment l’ensemble de l’atelier de travail, organisé chez l’un des participants, l’intimité se forme et les femmes peuvent commencer à partager leurs luttes personnelles, qu’il s’agisse de désaccords conjugaux ou de difficultés à s’occuper d’enfants aux besoins particuliers.

D’autres évoquent leur sentiment de ne pas parvenir vivre bien leurs vies, parce que leur entourage les observent et les jugent, par exemple lorsque leurs enfants sont en proie à un accès public de colère.

La règle de base appliquée par Rabinovich est que les révélations personnelles ne seront ni débattues ni partagées avec d’autres en dehors de l’intimité rassurante de la réunion. « L’une des rencontres les plus tendues, c’est lorsque nous avons discuté du ‘shalom bayit,’ ou la question de comment nous sommes parents, nous, aux côtés d’un partenaire », dit-elle.

Pour ouvrir la discussion sur les différents types de parentalité, Rabinovich a fait réfléchir le groupe à une citation du rabbin Jonathan Sacks : « Le test de la foi, c’est savoir si je peux laisser un espace à la différence. Puis-je reconnaître l’image de Dieu dans quelqu’un qui n’est pas à mon image, dont la langue, la foi, l’idéal, sont différents des miens ? Si je ne le peux pas, alors j’ai fait Dieu à mon image au lieu de lui permettre de me créer dans la sienne ».

« Je vais vous donner un exemple, le mien », dit Rabinovich. « La question de la sûreté et de la sécurité est très importante à mes yeux. Les sièges de voiture, les casques de vélo, je suis très stricte sur ces choses tandis que mon époux ne l’est pas. S’il ne veut pas porter un casque, ça me va. Mais lorsqu’on parle des enfants, cela me rend folle ».

Photo d'illustration d'un enfant à bicyclette et sans casque à Jérusalem. (Crédit :  Uri Lenz/Flash90)
Photo d’illustration d’un enfant à bicyclette et sans casque à Jérusalem. (Crédit : Uri Lenz/Flash90)

Dans la discussion de groupe, certaines femmes disent être exaspérées par la tendance affichée par leurs maris de laisser les enfants trop longtemps devant la télévision ou de les laisser manger trop de friandises.

« Et il y a généralement quelque chose de plus profond », dit Rabinovich. « Souvent, ces conflits ne se résoudront pas et nous devons réaliser que nous ne nous changerons pas l’un l’autre. Y a-t-il une façon d’apprécier un partenaire sans souscrire à tout ce qu’il fait pour autant ? »

Rabinovich indique que le groupe de parentalité consciente s’adressait de prime abord aux couples, pas seulement aux mères. Il s’avère que les participantes, à Tel Aviv, sont toutes des femmes.

Il y a également des ateliers organisés à Jérusalem et à Alon Shvut.

« Au début, l’atelier était ouvert aux couples. Lors des premières sessions, c’est pourtant une majorité de femmes qui s’est présentée avec quelques pères. Lorsque les hommes ont constaté qu’ils étaient seuls, ils ne sont pas revenus. C’est une bonne ambiance de n’avoir que des femmes mais, de mon point de vue, l’objectif de l’atelier est de faire participer des couples », admet-elle.

Insuffler la vie dans les études juives

Ayeka a été fondé en 2006 par le père de Rabinovich, Aryeh Ben-David, un éducateur juif à la retraite, qui enseignait auparavant à l’institut Pardes d’études juives de Jérusalem et ancien directeur pédagogique de Livnot U’lehibanot.

L’objectif d’Ayeka est de former des professeurs en études juives ainsi que des individus pour « insuffler la vie dans l’étude des textes juifs », en les rendant pertinents au niveau personnel.

Le centre travaille avec des éducateurs et des religieux issus du tous les courants juifs en Israël et en Amérique du nord.

Rabinovich explique que Ayeka a été fondé en réponse à la tendance dominante d’un enseignement purement intellectuel de la Torah et des Textes juifs.

« Nous enseignons la Torah et les études juives. Ayeka a été créé parce que nous avions le sentiment qu’il y avait un vide à combler entre ces études purement intellectuelles et leur influence sur nos existences. La Torah devrait être ‘torat chaim' », explique-t-elle, ou une « Torah vivante ».

Rabinovich indique que le nom de l’organisation, « Ayeka », provient de la première question posée par Dieu à Adam dans le Jardin d’Eden. Ayekain, en hébreu, se traduit par l’interrogation : « Où es-tu ? »

« Cette question résonne », dit Rabinovich. « Comment sommes-nous en relation avec nos actions ? Ecoutons-nous nos âmes ? Il arrive souvent que je n’écoute pas moi-même cette question. Je ne sais pas où je suis en réalité et je fais des choses avec langueur ».

Les cours utilisent des textes traditionnels de la Bible, du Talmud et de la littérature rabbinique ainsi que des textes non-juifs, notamment des extraits d’ouvrages du travailleur social Brene Brown et du spiritualiste Quaker Parker Palmer.

Rabinovich ajoute que Dasee Berkowitz et toute l’équipe d’Ayeka a très longuement réfléchi aux textes à introduire dans l’atelier de travail.

Photo d'illustration d'une fille et de sa mère (Crédit :  Simona Weinglass/Times of Israel)
Photo d’illustration d’une fille et de sa mère (Crédit : Simona Weinglass/Times of Israel)

« Il y a six ans, j’ai donné un cours sur la parentalité et j’ai pensé que je pourrais utiliser des récits de la Bible. Cela a été un échec », explique Rabinovich. « Isaac attaché, Joseph jeté dans le puits, David et Absalom… Ce sont des histoires difficiles ».

Alors elle et ses collègues ont cherché dans la tradition rabbinique.

« La majorité des sources que nous utilisons n’évoquent pas directement la parentalité. Habituellement, il s’agit de travailler sur l’éthique personnelle et d’apprendre à relever les défis. Nous utilisons des ouvrages du rabbin Kook, des sources Hassidiques et du Talmud ainsi que des textes de penseurs contemporains comme Abraham Joshua Heschel et Jonathan Sacks », dit-elle.

Toutefois, Rabinovitch estime que la parentalité et les textes juifs s’adaptent naturellement l’un à l’autre.

« Il y a beaucoup de sagesse dans notre tradition. Il y a beaucoup de profondeur, beaucoup d‘honnêteté et le refus de faire des compromis dans la recherche de la vérité ».

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