Des mensonges de Poutine rayés de l’édition russe du livre de Yuval Noah Harari
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Des mensonges de Poutine rayés de l’édition russe du livre de Yuval Noah Harari

L'auteur dit qu'il a approuvé des changements, dont la description de la prise de contrôle de la Crimée par Moscou comme "annexion" plutôt que "occupation"

Le président américain Donald Trump (à gauche) et le président russe Vladimir Poutine lors de la réunion des dirigeants économiques de l'APEC, dans le cadre du sommet des dirigeants de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC), à Danang, au centre du Vietnam, le 11 novembre 2017. (AFP Photo/Sputnik/Mikhail Klimentyev)
Le président américain Donald Trump (à gauche) et le président russe Vladimir Poutine lors de la réunion des dirigeants économiques de l'APEC, dans le cadre du sommet des dirigeants de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC), à Danang, au centre du Vietnam, le 11 novembre 2017. (AFP Photo/Sputnik/Mikhail Klimentyev)

L’auteur israélien des best-sellers « Sapiens » et « Homo Deus » a approuvé des changements dans la traduction russe de son dernier livre qui omettent des exemples de mensonges racontés par le président russe Vladimir Poutine et des références à la prise de la Crimée par Moscou comme une invasion et occupation.

Au lieu de cela, une section du livre de Yuval Noah Harari de 2018 « 21 Lessons for the 21st Century » illustre de fausses nouvelles diffusées par les dirigeants du monde avec des exemples de déclarations fausses ou non fondées faites par le président américain Donald Trump, selon des rapports de presse russes citant des lecteurs de la nouvelle édition.

Harari a admis aux médias israéliens avoir accepté ces changements pour éviter de « décourager certains publics » et pour éviter que les autorités locales ne censurent le livre.

Dans les éditions hébraïque et anglaise du livre, un chapitre intitulé « Post-truth : Some fake news lasts for ever » donne immédiatement un exemple des mensonges proférés par Poutine.

Yuval Noah Harari. (Autorisation)

« On nous répète sans cesse ces jours-ci que nous vivons dans une ère nouvelle et effrayante de ‘post-vérité’, et que les mensonges et les fictions nous entourent », ainsi commence ce chapitre dans son édition anglaise.

« Les exemples ne sont pas difficiles à trouver. Ainsi, fin février 2014, des unités spéciales russes ne portant aucun insigne militaire ont envahi l’Ukraine et occupé des installations clés en Crimée. Le gouvernement russe et le président Poutine en personne ont nié à plusieurs reprises qu’il s’agissait de troupes russes et les ont décrites comme des ‘groupes d’autodéfense’ spontanés qui ont pu acquérir du matériel d’apparence russe dans des magasins locaux. Poutine et ses assistants savaient très bien qu’ils mentaient en exprimant cette affirmation plutôt absurde. »

Plus loin dans le chapitre, Harari écrit : « Pour de nombreux nationalistes russes, l’idée que l’Ukraine est une nation séparée de la Russie constitue un mensonge bien plus grand que tout ce que le président Poutine a dit au cours de sa mission sainte de réintégration de la nation russe. Les citoyens ukrainiens, les observateurs extérieurs et les historiens professionnels pourraient bien être scandalisés par cette explication et la considérer comme une sorte de ‘mensonge atomique’ dans l’arsenal russe de tromperie. »

Et plusieurs paragraphes plus bas : « Les nationalistes ukrainiens seraient certainement d’accord avec les nationalistes russes pour dire qu’il y a de faux pays autour. Mais l’Ukraine n’en fait pas partie. Ces faux pays sont plutôt la ‘République populaire de Louhansk’ et la ‘République populaire de Donetsk’ que la Russie a créées pour masquer son invasion non provoquée de l’Ukraine. »

Dans l’édition russe, tout cela a disparu.

Au lieu de cela, le premier exemple de « post-vérité » concerne Trump.

« Donald Trump est bien sûr le principal coupable », dit-il, selon une traduction du site d’information en hébreu Ynet. « Le Washington Post, par exemple, a découvert que depuis son entrée à la Maison Blanche, il a fait 6 000 fausses déclarations. Dans un discours prononcé en mai 2018, Trump a fait 98 déclarations, dont 76 % étaient soit des mensonges, soit des faux ou non fondés.

En réaction, Trump et ses partisans qualifient régulièrement le Washington Post, le New York Times, CNN et d’autres médias de « menteurs » et les accusent de répandre de fausses nouvelles visant à diffamer le gouvernement Trump.

Dans d’autres parties du livre, les références à l’occupation russe de la péninsule de Crimée utilisent le mot « annexion » à la place, et les sections critiques à l’égard de Moscou sont remplacées par des sections neutres à son égard, voire louables.

Dans une déclaration à Ynet, Harari a admis avoir accepté ces changements.

« Le livre ’21 Lessons for the 21st Century’ met l’accent sur le danger de la dictature, de l’extrémisme et de la radicalisation, et j’espère vivement que les idées qu’il contient parviendront à divers publics dans le monde, y compris ceux qui vivent sous des régimes non démocratiques », a-t-il dit.

« L’édition anglaise du livre contient des exemples qui peuvent dissuader certains publics ou conduire à la censure du texte par certains gouvernements », a-t-il ajouté. « C’est pourquoi j’approuve parfois la correspondance locale d’exemples, mais je n’approuve jamais les changements dans les idées fondamentales du livre. »

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