Des milliers de migrants contestent les expulsions à l’ambassade du Rwanda
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Des milliers de migrants contestent les expulsions à l’ambassade du Rwanda

"M’auriez-vous expulsé si j’avais été Blanc ?" demandent des manifestants maquillés en blanc alors qu’Israël met en branle sa politique d’expulsion

Des demandeurs d'asile africains et des défenseurs des droits de l’Homme protestent contre le plan de déportation devant l'ambassade du Rwanda à Herzliya, le 7 février 2018 (Miriam Alster / Flash90)
Des demandeurs d'asile africains et des défenseurs des droits de l’Homme protestent contre le plan de déportation devant l'ambassade du Rwanda à Herzliya, le 7 février 2018 (Miriam Alster / Flash90)

Plusieurs milliers de demandeurs d’asile érythréens et soudanais ont manifesté devant l’ambassade rwandaise à Herzliya ce mercredi concernant l’accord du pays avec Israël, qui souhaite les y expulser de force.

Selon les organisateurs, la manifestation est l’une des nombreuses prévues devant les ambassades rwandaises à travers le monde.

Togod Omer, l’un des organisateurs, originaire du Soudan, a déclaré lors de son discours : « Il y a maintenant une crise internationale entourant les réfugiés. Au lieu de les protéger, Israël les expulse », a-t-il accusé.

Les autorités israéliennes ont lancé une nouvelle politique afin d’expulser la grande majorité des 38 000 demandeurs d’asile et migrants africains encore présents dans le pays, dont la plupart viennent d’Érythrée et du Soudan.

Des milliers de migrants ont été informés qu’ils avaient 60 jours pour accepter une offre afin de quitter le pays pour une destination africaine non identifiée – le Rwanda selon de nombreuses sources – en échange de 3 500 dollars et d’un billet d’avion. Ceux qui ne partiraient pas avant le 1er avril seraient incarcérés indéfiniment.

Les manifestants ont exhorté le Rwanda et son président, Paul Kagame, à ne pas coopérer avec Israël.

Les manifestants portaient des pancartes telles que « Nous ne tomberons pas dans le désespoir, nous arrêterons cette expulsion », « Reconnaître les réfugiés est une exigence morale », « Nous ne croyons pas les racistes » et « Kagame – Nous ne sommes pas à vendre ».

Des demandeurs d’asile africains et des activistes pour les droits de l’Homme protestent contre la déportation devant l’ambassade du Rwanda à Herzliya, le 7 février 2018 (Miriam Alster / Flash90)

Certains manifestants ont peint leurs visages en blanc et brandi des banderoles sur lesquelles étaient inscrits « Expulsé vers la mort parce que je suis Noir » et « M’auriez-vous expulsé si j’avais été Blanc ? »

Les responsables israéliens ont insisté sur le fait que la grande majorité des migrants, qu’ils qualifient « d’infiltrés », étaient des demandeurs d’emploi et n’avaient donc pas de droit spécifique pour rester dans le pays après y être entrés de façon illégale. Les fonctionnaires s’opposent à l’idée que le programme soit raciste, notant que quelque 4 000 Blancs ukrainiens et géorgiens avaient été expulsés en 2017 car leur visa n’était plus valide.

Les militants soutenant les demandeurs d’asile insistent sur le fait qu’Israël n’a pas fait le minimum requis par la Convention de 1951 sur les réfugiés afin de déterminer si les migrants pouvaient bénéficier du statut de réfugié.

Seuls quelque 6 500 demandeurs d’asile ont suivi le processus de demande du statut de réfugié du ministère de l’Intérieur, et seulement 11 d’entre eux, soit 0,16 %, ont été jugés éligibles. Dans la plupart des pays européens, des processus similaires montraient des taux à deux chiffres concernant les populations réfugiées migrantes originaires de l’Érythrée et du Soudan.

Awat Ashbar, un Érythréen âgé de 37 ans présent en Israël depuis 2008, a déclaré lors de la manifestation qu’il avait « demandé l’asile, mais n’avait toujours pas obtenu de réponse. Si tous mes amis sont expulsés, je serais expulsé. J’ai peur. »

Des demandeurs d’asile africains protestent contre le programme de déportation devant l’ambassade rwandaise à Herzliya, le 7 février 2018 (Miriam Alster / Flash90)

Il a déclaré au site d’information Ynet qu’il préférerait être emprisonné en Israël que déporté. « Si l’État décide que je dois aller en prison, j’irais en prison. Que puis-je faire ? Vous cherchez l’asile, pas la prison, mais si l’État estime que vous devez aller en prison, vous allez en prison. Vous n’avez pas le choix. »

Plusieurs dizaines de manifestants présents mercredi étaient des Israéliens qui soutiennent les demandeurs d’asile. Un activiste, Gidi Eisen, 26 ans, a déclaré à Ynet : « C’est le visage de notre pays, et ce que nous leur faisons est très triste. Ce sont des réfugiés qui sont venus ici, dans l’État des Juifs, afin de recevoir une protection, et nous leur répondons en les expulsant vers des endroits où ils pourraient être kidnappés, tués ou rencontrer l’État islamique.

« J’ai du mal face à tous les mensonges racontés. Si les gens écoutent leurs histoires, ils découvriront des atrocités. L’apathie d’un pays fondé par des survivants de l’Holocauste est intolérable », a déclaré Eisen.

Amnon Rubinstein, juriste, ancien législateur et auteur de « La Loi fondamentale israélienne : Dignité humaine et liberté », a critiqué la politique d’expulsion du gouvernement.

« Nous avons signé la convention sur les réfugiés qui exige deux choses de notre part : vérifier chaque demande [d’asile] individuellement – et nous l’avons fait seulement pour un petit nombre de ceux qui vivent ici – et la deuxième, ne pas les conduire dans des pays où ils feraient face à un danger. Ce sont deux choses que nous sommes tenus de faire, et nous pouvons le faire », a déclaré Rubinstein mercredi.

« Ce nombre de 40 000 personnes ne représente pas un problème économique pour nous. Il y a un problème face au fait qu’ils soient concentrés dans le sud de Tel Aviv et je peux comprendre leurs voisins », a-t-il dit. « Mais si vous leur proposez une formation professionnelle, ils s’étendront à travers le pays. »

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