Des nazis ont restauré d’anciens registres afin de traquer les ancêtres juifs – experte
Une chercheuse d'Oxford révèle le rôle joué par les restaurateurs de papier et les relieurs dans le déchiffrage des archives paroissiales et civiles pour établir une "liste noire" des Juifs

Une chercheuse britannique a découvert que le régime nazi allemand avait engagé des relieurs et des restaurateurs pour réparer d’anciens documents afin de pouvoir y rechercher les noms de personnes ayant des ancêtres juifs, a rapporté mercredi le journal britannique The Guardian.
Morwenna Blewett, chercheuse en histoire de la conservation à l’université d’Oxford, menait une enquête sur les organisations du patrimoine culturel créées sous le régime nazi. Elle a été intriguée par des références à la reliure et à la restauration de documents ecclésiastiques.
« J’ai trouvé dans les archives des documents officiels concernant l’embauche de relieurs, ainsi que des lettres échangées entre divers fonctionnaires au sujet du nettoyage de documents, dans l’espoir que ces archives reflètent la ‘pureté raciale’ », a-t-elle expliqué au journal.
Au cours des années 1930 et 1940, les restaurateurs de papier et les relieurs ont réparé les registres historiques des églises et des administrations civiles afin de les rendre lisibles et de permettre aux nazis de traquer les personnes ayant des ancêtres juifs, a expliqué Blewett.
« Ils ont créé une liste cumulative des personnes susceptibles d’être tuées, une sorte de liste noire, en réalité. Ils ont tout mis en œuvre pour imposer leur enregistrement ‘racial’ des populations. »
Pendant la Shoah, l’Allemagne nazie a assassiné six millions de Juifs européens qui ont été pourchassés en Allemagne et dans les pays qu’elle occupait.
Les artisans ont restauré des documents enregistrant les mariages, les naissances, les conversions et les baptêmes, permettant ainsi aux nazis de rechercher les personnes ayant un statut « racial », a expliqué Blewett.
Elle a basé ses recherches sur des lettres et d’autres documents trouvés dans des institutions publiques telles que les archives fédérales allemandes à Berlin.
À l’époque, un fonctionnaire nazi avait écrit que « les registres paroissiaux allemands, qui répertorient les moindres localités et les plus petites fermes dans leur masse compacte de plus de cent mille volumes, sont de loin la source la plus importante pour l’histoire démographique allemande, la preuve de l’ascendance et de la généalogie ».
Ce travail était nécessaire car certains manuscrits vieux de plusieurs siècles étaient sales, endommagés par la moisissure et fragiles.
Blewett a déclaré que les restaurateurs utilisaient des méthodes destructrices, soulignant « qu’ils ne garantissaient pas la sécurité des objets historiques, mais qu’ils les rendaient lisibles. La nature de ces objets leur importait peu ».
« Par leur travail, les restaurateurs ont conspiré avec le régime nazi pour aider et encourager des actes criminels », a-t-elle écrit dans son livre sur cette question, Art Restoration Under the Nazi Regime (« La restauration d’œuvres d’art sous le régime nazi »), qui paraîtra ce mois-ci.
Blewett a déjà mené des recherches sur la façon dont les restaurateurs d’art juifs ont fui l’Allemagne et l’Europe occupée entre 1933 et 1945, comme rapporté par le journal local Ham and High en 2013. À l’époque, elle recherchait des restaurateurs juifs qui s’étaient installés à Hampstead, à Londres.







