Des ONG environnementales internationales mettent en garde Israël contre Chevron
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Des ONG environnementales internationales mettent en garde Israël contre Chevron

Une experte américaine enquêtant sur le passif de Chevron a découvert des dizaines de litiges dans le monde ; ministère de l'Energie : "Nous n'agissons pas sur la base de 'ragots'"

Sur cette photo du 30 juillet 2006, Mariana Jimenez se promène dans sa ferme où des tuyaux de pétrole ont éclaté et contaminé sa terre au début du mois, près de Lago Agrio, dans la région amazonienne de l'Équateur. Mardi 10 juillet 2018, la plus haute cour d'Equateur a confirmé un jugement de 9,5 milliards de dollars contre le géant pétrolier Chevron pour des décennies de dommages causés à la forêt tropicale qui ont porté préjudice aux populations indigènes. (AP Photo/Lou Dematteis, Dossier)
Sur cette photo du 30 juillet 2006, Mariana Jimenez se promène dans sa ferme où des tuyaux de pétrole ont éclaté et contaminé sa terre au début du mois, près de Lago Agrio, dans la région amazonienne de l'Équateur. Mardi 10 juillet 2018, la plus haute cour d'Equateur a confirmé un jugement de 9,5 milliards de dollars contre le géant pétrolier Chevron pour des décennies de dommages causés à la forêt tropicale qui ont porté préjudice aux populations indigènes. (AP Photo/Lou Dematteis, Dossier)

La compagnie pétrolière et gazière Chevron a laissé une traînée de désastres environnementaux et humanitaires dans le monde entier, a déclaré mardi une anthropologue de l’environnement devant une commission de la Knesset après avoir examiné 31 pays où le conglomérat américain a été actif.

Nan Marie Greer, ancienne professeur adjointe de l’université d’Hawaï et de l’université de Redlands, et directrice exécutive d’Alistar International, une organisation travaillant pour les droits des indigènes dans le monde entier, a indiqué qu’au cours d’un mois de recherche sur le sujet, elle avait trouvé 65 cas de litiges contre Chevron dans les 31 pays qu’elle a étudiés.

En juillet, l’entreprise a annoncé avoir conclu un accord définitif avec la société Noble Energy, basée au Texas, qui exploite les deux plus grands gisements de gaz naturel d’Israël, pour acheter toutes les actions en circulation dans le cadre d’une transaction d’une valeur de 5 milliards de dollars. Le ministre de l’Energie, Yuval Steinitz, a salué cette initiative.

Les actionnaires de Noble Energy à New York, au Colorado et au Delaware tentent de retarder le vote sur l’accord, affirmant qu’ils n’ont pas reçu toute la documentation nécessaire.

Néanmoins, le Conseil du pétrole du ministère de l’Energie devrait discuter et approuver l’accord de principe le 14 septembre. Le conseil ne publie pas de protocoles, mais seulement des recommandations.

Chevron a décliné une invitation à prendre la parole lors de la réunion.

S’exprimant lors du débat via Zoom depuis la Californie, Nan Greer a fait savoir que sur les 65 cas de litiges qu’elle avait identifiés contre Chevron, 71 % concernaient de « graves violations des droits à la terre, à la vie et à la sécurité des populations locales ».

Tous ces cas font ou ont fait l’objet d’un litige, « Chevron refusant de prendre en compte les préoccupations des personnes concernées » ; 83 % n’ont pas encore abouti à un règlement, « en grande partie en raison de la décision de Chevron de dépenser des fonds dans des cabinets d’avocats pour lutter contre les accusations » ; et 65 % impliquent « des accusations documentées de graves violations des droits humains, y compris la torture, le travail forcé/esclavage, le viol, le meurtre et même le génocide ». Elle avait en sa possession des documents pour toutes les actions en justice.

Dans un des nombreux exemples donnés, Nan Greer a expliqué qu’au Nigeria, « des dépôts massifs de pétrole brut jonchent les zones humides des canaux de multiples populations indigènes dans le delta du Niger, et ce jusqu’à ce jour, avec plus de 500 000 personnes ayant perdu la vie, leurs moyens de subsistance, leurs maisons, leurs terres et leur nourriture… Avec des dossiers s’étendant des années 1960 aux années 2000, chaque population indigène a mis en cause Chevron. Chevron continue d’empoisonner leurs terres avec des feux de puits et de foreuse, dont cinq ont été documentés au cours de la seule année dernière ».

Des militants du Nigeria et de l’Équateur ont assisté à la réunion, mais le manque de temps les a empêchés de témoigner. Les Nigérians ont soumis une vidéo.

« Aujourd’hui, tant à Richmond que dans le comté de Kern, dans l’État de Chevron aux États-Unis, les communautés implorent Chevron de faire ce qui est juste, de nettoyer leurs récents déversements et la pollution dans leurs régions », a poursuivi l’experte. « Les deux affaires sont bloquées dans un litige depuis des années ».

Elle a conseillé à Israël de noter que Chevron est actuellement face à deux cas graves de « fissures et d’éruptions » dans des installations de gaz naturel. Dans l’un des cas, Chevron n’a fermé une plateforme sur l’île australienne de Barrow que le mois dernier, lorsque le gouvernement lui a donné l’ordre de le faire, après des pétitions répétées des travailleurs.

« Bien que ces recherches ne soient pas exhaustives, il existe suffisamment de preuves facilement accessibles au public qui donnent une image dégoûtante et choquante d’une entreprise refusant de se conformer à ses responsabilités sociales, environnementales et fiscales – une entreprise qui intente des poursuites jusqu’à ce que ses victimes se taisent, refusant à tout prix de se conformer à la loi. J’ai constaté cette approche récurrente dans de nombreux pays », a souligné Nan Greer.

Yonatan Aikhenbaum, directeur de Greenpeace Israël. (Autorisation)

« Les preuves de la non-conformité de Chevron, que nous demandons à cette commission d’examiner, devraient préoccuper tous les citoyens israéliens et leurs voisins », a-t-elle ajouté. « Au minimum, cela soulève de sérieuses questions qui, à mon avis, devraient être traitées par les autorités avant qu’Israël puisse prendre une décision responsable et éclairée sur l’approbation de l’achat par Chevron d’actifs énergétiques nationaux vitaux ».

Paz y Miño, directeur associé de l’association à but non lucratif Amazon Watch, a déclaré : « Ils déplacent leurs avoirs d’un pays à l’autre et lorsqu’ils sont poursuivis dans ce pays, ils dépensent des milliards pour se battre légalement plutôt que de faire le ménage. Cela s’est produit à maintes reprises. Je me suis rendu dans beaucoup de ces endroits et j’ai rencontré les personnes qui ont été touchées. C’est la stratégie qu’ils appliquent partout où ils opèrent. »

Yonatan Aikhenbaum, de Greenpeace Israël, a déclaré à la commission que Chevron, qui selon lui investit 30 millions de dollars par an dans le lobbying, considérait Israël comme un simple tremplin vers le marché européen, suggérant qu’il voudra développer d’autres champs de pétrole et de gaz en Israël, à Chypre et ailleurs dans la région. Cela s’inscrirait dans le cadre d’une poussée géopolitique des États-Unis visant à remplacer la Russie comme principal fournisseur de gaz à l’Europe, ce qui provoquerait des tensions au Moyen-Orient, empêcherait l’Europe d’atteindre ses objectifs en matière d’énergies renouvelables et permettrait à Chevron de réaliser des bénéfices massifs, mais laisserait peu de choses à la population israélienne.

« Il n’est pas dans notre intérêt que Chevron occupe une place aussi importante dans nos relations bilatérales avec les États-Unis », a-t-il averti.

Ilan Nissim, responsable de l’environnement au sein de l’administration des ressources naturelles du ministère de l’Energie, s’adresse à la commission des affaires intérieures et de l’environnement de la Knesset le 8 septembre 2020. (Capture d’écran)

Déçue que le ministère de l’Energie n’ait pas envoyé quelqu’un de plus haut placé, la présidente de la commission, Miki Haimovich (Kakhol lavan), a demandé à Ilan Nissim, de l’administration des ressources naturelles du ministère, s’il était au fait de ces témoignages.

Il a répondu que les décisions étaient prises en fonction des faits et non des « ragots », et a affirmé qu’aucun fait ne lui avait été rapporté. « Si je me tourne vers mon homologue américain et que je l’interroge sur Chevron et qu’il me dit que c’est une grande entreprise respectable, de mon point de vue, c’est suffisant », a-t-il indiqué.

Miki Haimovich a rétorqué : « Les organisations environnementales se sont tournées vers vous et vous n’avez même pas répondu à leur demande ». Ilan Nissim a reconnu que l’association Zalul l’avait contacté, mais que c’était à un stade « trop précoce ». « Chevron est connu et respecté dans le monde entier et nous ne pouvons pas le salir à cause d’un article dans un journal », a-t-il objecté.

« Je ne comprends pas comment vous travaillez », a répondu Miki Haimovich. « Vous êtes allé vérifier tous les articles dans le monde ? Vous nous représentez, nous, citoyens d’Israël. Cela ne vous intéresse-t-il pas de savoir ce qui s’est passé dans les endroits touchés par la pollution, et où les gens n’ont pas été indemnisés, mais aussi dont le lieu n’a pas été nettoyé ? Cela ne vous intéresse-t-il pas de savoir ce qui pourrait arriver si une catastrophe se produisait sur la plage Dor [près de la plate-forme de traitement du Leviathan dans le nord d’Israël] et de savoir à qui nous avons affaire ?”.

Miki Haimovich, présidente de la commission des affaires intérieures et de l’environnement de la Knesset, 8 septembre 2020, (Autorisation)

A la question de savoir si le ministère de l’Energie avait demandé une enquête sur la pollution liée à Chevron, Ilan Nissim a répondu qu’il avait demandé à Chevron de fournir un rapport sur son passé environnemental, qu’il n’avait pas encore reçu.

« Alors la semaine prochaine, vous allez discuter de l’approbation de l’accord et vous n’avez pas encore vérifié les détails ? », a alors demandé la présidente de la commission parlementaire. Le conseiller juridique de la commission a souligné que cela constituait une « alerte rouge ».

Notant que Chevron avait choisi de ne pas se présenter devant la commission, Miki Haimovich a dit qu’elle transmettrait le protocole de la réunion au Conseil du pétrole, recommandant que ses membres retardent la décision « à moins qu’ils ne soient convaincus que toutes les informations présentées devant cette commission soient incorrectes, ou des ‘ragots’, comme l’a dit Ilan Nissim ». Elle a demandé que le rapport environnemental de Chevron soit rendu public avant la réunion du Conseil du pétrole, que les délibérations du conseil sur la question soient rendues publiques et que tous les détails sur l’engagement d’assurance de Chevron soient fournis. Ilan Nissim a assuré à la commission que, comme Noble, Chevron devrait déposer une garantie de 100 millions de dollars.

Yossef Abramowitz et Maya Jacobs à la commission des affaires intérieures et de l’environnement de la Knesset, le 8 septembre 2020. (Photo)

L’entrepreneur solaire Yossef Abramowitz, qui, avec la directrice de Zalul, Maya Jacobs, a porté la question à l’attention de la commission pour la première fois en juillet, a déclaré lors de la réunion de mardi que le gouvernement devait approfondir la question avant de libérer des ressources appartenant au public.

Steve Donziger, un avocat new-yorkais qui a gagné un procès de 9,5 milliards de dollars contre la société dans un tribunal équatorien en 2011 pour des décennies de dommages causés à la forêt tropicale ayant porté préjudice aux populations indigènes, était absent à la réunion de la commission. Depuis lors, selon ses soutiens, Steve Donziger est persécuté par Chevron.

L’avocat Steven Donziger, à droite, parle à des femmes Huaoranis lors de cette première journée du procès contre Chevron-Texaco, à Lago Agrio, le 21 octobre 2003. Une décennie après que Texaco s’est retiré de la jungle amazonienne, le géant pétrolier américain a été jugé dans un procès intenté au nom de 30 000 pauvres équatoriens qui affirment que les 20 ans de forage de la société ont empoisonné leur patrie. (AP Photo/Dolores Ochoa)

En 2014, le tribunal pour le district sud de New York a jugé que le procès équatorien était le fruit d’une fraude et d’un racket, le qualifiant d’inapplicable. l’avocat, assigné à résidence à New York, a déclaré au Times of Israel après la réunion de la Knesset que c’était probablement la première fois que le mouvement environnemental mondial essayait d’empêcher une entreprise de combustibles fossiles de faire des affaires dans un pays tiers.

« Le fait que des Équatoriens, des Américains et des Nigérians se soient réunis en Israël marque un moment important dans le mouvement environnemental mondial », a-t-il souligné. « Aujourd’hui, nous avons imposé une dose de responsabilité à Chevron. Dorénavant, ils devront tenir compte des groupes environnementaux lorsqu’ils essaieront de faire des affaires avec les gouvernements. »

Interrogé sur les allégations concernant différents pays, Chevron a répondu majoritairement sur le cas de l’Equateur. Un porte-parole a déclaré : « Le système judiciaire américain a estimé que le jugement rendu contre Chevron en Équateur était le fruit d’une fraude et d’un racket, le jugeant inapplicable aux États-Unis. Les tribunaux ont jugé que Steven Donziger – l’avocat principal de l’affaire – avait violé la loi américaine sur le racket (RICO) en commettant des extorsions, des fraudes électroniques, du blanchiment d’argent, une obstruction à la justice, une falsification de témoignages et des violations de la loi sur les pratiques de corruption à l’étranger. Le tribunal international de La Haye, dans une décision unanime – y compris un arbitre nommé par le gouvernement équatorien – a estimé que le jugement équatorien contre Chevron avait été obtenu par fraude, corruption et pots-de-vin et ne devait être appliqué nulle part dans le monde. Après avoir achevé un programme d’assainissement environnemental de 40 millions de dollars approuvé par le gouvernement équatorien, Chevron a été libéré de toutes les revendications environnementales sur lesquelles le jugement équatorien frauduleux est basé. Vous pouvez obtenir de plus amples informations sur l’affaire de l’Équateur ici et sur la gestion de l’environnement par Chevron ici. »

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