Des Palestiniens « arrêtés pour soutien à l’annexion »
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Des Palestiniens « arrêtés pour soutien à l’annexion »

"Je veux une carte d'identité israélienne !" lance un Palestinien, quand un autre affirme ne pas voir "les Israéliens comme des ennemis, c'est leur gouvernement qui est un ennemi"

Une section de la barrière de sécurité israélienne entre l'implantation juive de Modiin Illit, (à droite), et la périphérie du village de Bilin en Cisjordanie, près de Ramallah, le 23 juin 2011. (AP Photo/Ariel Schalit)
Une section de la barrière de sécurité israélienne entre l'implantation juive de Modiin Illit, (à droite), et la périphérie du village de Bilin en Cisjordanie, près de Ramallah, le 23 juin 2011. (AP Photo/Ariel Schalit)

Des Palestiniens ayant affirmé à la télévision israélienne être favorables à l’annexion de pans de la Cisjordanie ont récemment été arrêtés par l’Autorité palestinienne (AP), selon des sources concordantes, démenties à Ramallah.

Dans un reportage diffusé début juin par la chaîne 13, des Palestiniens de Cisjordanie ont émis l’espoir de devenir Israéliens en cas d’annexion de leurs terres par l’Etat hébreu dans le cadre d’un plan de l’administration américaine, une position diamétralement opposée à celle de l’AP.

Certaines des personnes interrogées dans le reportage s’exprimaient en caméra cachée, d’autres à visage découvert, sans toutefois décliner leur identité.

« Je veux une carte d’identité israélienne ! » lance un Palestinien, quand un autre affirme ne pas voir « les Israéliens comme des ennemis, c’est leur gouvernement qui est un ennemi » et qu’un autre dit « choisir Israël » et déclare ne pas avoir peur de s’exprimer publiquement.

D’après le journaliste israélien qui a réalisé le reportage, Tzvi Yehezkeli, au moins six personnes qui se sont exprimées en faveur de l’annexion ont été arrêtées par l’AP après la diffusion du sujet.

Contactées par l’AFP, plusieurs sources au sein des services de sécurité de l’AP ont rejeté ces affirmations.

« Nous n’avons arrêté personne en lien avec cette affaire », a affirmé à l’AFP le porte-parole du ministère palestinien de l’Intérieur, Ghassan Nimr.

Le porte-parole de la police palestinienne, Louay Arzeikat, a également démenti avoir arrêté qui que ce soit en lien avec ce reportage.

Le journaliste affirme lui avoir été prévenu par les familles des personnes arrêtées. Correspondant dans les Territoires palestiniens depuis près de 25 ans, M. Yehezkeli affirme se sentir « responsable de ces arrestations ».

Contacté par l’AFP, un parent d’une des personnes arrêtées a raconté qu’elle avait été détenue plusieurs semaines par la police palestinienne et devrait comparaître devant un tribunal prochainement. Motif selon elle : avoir parlé à un média israélien et critiqué l’Autorité palestinienne.

Le parent lui-même dit être en faveur de l’annexion et malgré « la peur » d’être arrêté, affirme garder l’espoir « qu’Israël nous donne la nationalité ».

Ces déclarations tranchent avec celles qui s’expriment dans les manifestations palestiniennes contre le plan américain pour le Proche-Orient, qui propose l’annexion par Israël de ses implantations et de la vallée du Jourdain en Cisjordanie.

En voulant interroger des Palestiniens sur la question de l’annexion, Tzvi Yehezkeli, journaliste arabophone réputé en Israël, s’est rendu compte que beaucoup d’entre eux ne partageaient pas la position de leurs dirigeants, explique-t-il à l’AFP.

« ‘On se fiche de l’annexion’, ‘L’Autorité palestinienne a échoué’, ‘Elle nous prend notre argent’, ‘Elle est corrompue' », dit-il avoir entendu dans la bouche de Palestiniens interrogés, « des choses qu’on ne montre jamais à la télévision », regrette-t-il.

« Pourquoi ces gens-là ont ils dit ça ? Ils ont dit ça parce qu’ils ont perdu espoir en la paix, en une solution à deux Etats (palestinien et israélien) », estime Chaawane Jabarine, de l’organisation palestinienne de défense des droits humains Al-Haq, qui n’a toutefois pas entendu parler de cette série d’arrestations.

« On ne peut pas sortir cette question de son contexte, qui est un contexte d’injustice, d’occupation (israélienne), et dans lequel l’Autorité palestinienne n’agit pas dans les intérêts des Palestiniens et a échoué à apporter la paix », ajoute-t-il.

« La question est : est-ce qu’Israël est prêt à les accepter comme des citoyens à part entière ? », relève-t-il auprès de l’AFP.

La réponse semble être négative : fin mai, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a affirmé que les Palestiniens qui se retrouveraient sur des terres annexées n’obtiendraient pas la citoyenneté israélienne.

Le statut qui sera le leur reste confus, puisqu’a priori ils ne répondront plus non plus de l’Autorité palestinienne.

Jérusalem-Est

Le gouvernement israélien avait fixé au 1er juillet la date à partir de laquelle il pourrait se prononcer sur la mise en oeuvre du plan américain.

Aucune annonce n’a jusqu’à présent été faite sur ce dossier, des responsables ayant seulement fait état de la poursuite des discussions.

Israël a déjà annexé en 1967 Jérusalem-Est. Les Palestiniens qui y vivent n’ont pas la citoyenneté israélienne mais des cartes de résident.

Seuls les Arabes israéliens ont la pleine citoyenneté israélienne, mais certains se disent victimes de discrimination dans un pays qui a adopté en 2018 une loi le définissant comme « l’Etat-nation du peuple juif ».

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