Des partis soudanais dénoncent l’accord avec Israël et s’engagent à s’y opposer
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Des partis soudanais dénoncent l’accord avec Israël et s’engagent à s’y opposer

Le chef du plus grand parti du pays avertit que l'accord va mettre en péril l'autorité du fragile gouvernement de transition du Soudan

Composite : L'ancien Premier ministre soudanais Sadiq al-Mahdi, chef du parti politique Umma, parle lors d'une conférence de presse à Khartoum, Soudan, le jeudi 6 février 2020. (AP Photo/Marwan Ali) ; Des manifestants brûlent un drapeau israélien à Khartoum pour protester contre le nouvel accord de normalisation. (Capture d'écran vidéo)
Composite : L'ancien Premier ministre soudanais Sadiq al-Mahdi, chef du parti politique Umma, parle lors d'une conférence de presse à Khartoum, Soudan, le jeudi 6 février 2020. (AP Photo/Marwan Ali) ; Des manifestants brûlent un drapeau israélien à Khartoum pour protester contre le nouvel accord de normalisation. (Capture d'écran vidéo)

Plusieurs partis politiques majeurs du Soudan ont annoncé leur opposition à la décision du pays de normaliser ses relations avec Israël.

Samedi, des manifestations sporadiques contre l’accord ont également eu lieu à Khartoum. Lors d’une de ces manifestations, un drapeau israélien a été brûlé. Selon le quotidien britannique The Guardian, lors de ces événements, certains ont scandé « allez en enfer » et « non à la normalisation avec Israël ».

Les opposants à l’accord, annoncé vendredi dans une déclaration commune des États-Unis, d’Israël et du Soudan publiée par la Maison Blanche, ont déclaré qu’ils formeraient un front uni contre la normalisation.

Les partis constituent des éléments essentiels de la coalition civile qui a renversé l’autocrate de longue date Omar el-Bechir l’année dernière. Ils ont accusé le gouvernement de transition de violer ses autorités comme convenu précédemment.

Le gouvernement est dirigé par un civil, le Premier ministre Abdalla Hamdok, et un général militaire, le président du Conseil de souveraineté Abdel Fattah Abdelrahman al-Burhane.

Le Premier ministre du Soudan, Abdalla Hamdok, lors d’une conférence de presse à Khartoum, Soudan, le 21 août 2019. (Photo AP, File)

Les partis qui s’opposent à la normalisation comprennent le plus grand parti du pays, le Parti Oumma, le Parti Baas soudanais et le parti du Congrès populaire.

Le chef du Parti Oumma, l’ancien Premier ministre Sadiq al-Mahdi, a rejeté samedi l’annonce de la normalisation des relations avec Israël.

Al-Mahdi, qui est le dernier Premier ministre démocratiquement élu du pays, a déclaré qu’il avait quitté une conférence religieuse organisée par le gouvernement samedi dans la capitale, Khartoum, pour protester contre l’annonce de vendredi.

« Cette déclaration contredit la loi nationale soudanaise… et contribue à l’élimination du projet de paix au Moyen-Orient et à la préparation du déclenchement d’une nouvelle guerre », a déclaré M. al-Mahdi dans une lettre adressée à la conférence.

A gauche : Le général soudanais Abdel Fattah al-Burhane, chef du conseil militaire, s’exprime lors d’un rassemblement soutenu par l’armée, dans le district d’Omdurman, à l’ouest de Khartoum, au Soudan, le 29 juin 2019. (AP/Hussein Malla). A droite : Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’exprime dans son bureau à Jérusalem, le 13 septembre 2020. (Alex Kolomiensky/Yediot Aharonot via AP, Pool)

Il a déclaré que l’accord avec Israël mettrait en péril l’autorité du gouvernement de transition du Soudan, une fragile coalition de dirigeants civils et militaires.

Le Soudan est sur un chemin épineux vers la démocratie après qu’un soulèvement populaire l’année dernière a conduit l’armée à renverser l’autocrate de longue date, Omar el-Bechir. Le gouvernement de transition a promis des élections dès 2022.

Al-Mahdi a été renversé lors d’un coup d’État soutenu par les islamistes en 1989 qui a porté el-Bechir au pouvoir. Son parti est allié au mouvement pro-démocratique qui a mené les protestations contre el-Bechir.

Al-Mahdi a accusé le président américain Donald Trump d’être raciste envers les musulmans et les noirs, et a décrit Israël comme un « État d’apartheid ».

Le Soudan a été le troisième État arabe à normaliser ses relations avec Israël dans le cadre d’une série d’accords négociés par Washington à l’approche des élections présidentielles américaines.

L’administration Trump a conclu des pactes diplomatiques entre Israël et les Émirats arabes unis et le Bahreïn en août – les premiers depuis que la Jordanie a reconnu Israël dans les années 1990 et l’Égypte dans les années 1970.

Le président Donald Trump parle au téléphone avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu au sujet d’un accord de paix Soudan-Israël, dans le bureau ovale, le 23 octobre 2020 à Washington, DC. Le président Trump a annoncé que le Soudan et Israël faisaient la paix. (Win McNamee/Getty Images/AFP)

Le Soudan a accueilli une conférence historique de la Ligue arabe après la guerre du Moyen-Orient de 1967, au cours de laquelle huit pays arabes ont approuvé les « trois non » : pas de paix avec Israël, pas de reconnaissance d’Israël et pas de négociations avec Israël.

La reconnaissance d’Israël par le Soudan intervient après que la nation du nord de l’Afrique a accepté de placer 335 millions de dollars sur un compte séquestre qui sera utilisé pour indemniser les victimes américaines des attaques terroristes. Le Premier ministre soudanais Hamdok a remercié M. Trump d’avoir signé le décret visant à retirer le Soudan de la liste des pays terroristes et a déclaré dans un communiqué qu’il espérait conclure l’accord « en temps voulu ».

La suppression de la désignation de terroriste ouvre la porte au gouvernement de transition du Soudan pour obtenir les prêts et l’aide internationale nécessaires pour relancer son économie meurtrie et sauver la transition du pays vers la démocratie.

Le gouvernement s’efforce de relancer l’économie du Soudan dans un contexte d’énorme déficit budgétaire et de pénurie généralisée de biens essentiels, notamment de carburant, de pain et de médicaments.

Le ministre des Affaires étrangères par intérim du Soudan, Omar Qamar al-Din, a déclaré que la ratification de l’accord de normalisation relevait d’un organe législatif, qui n’a pas encore été formé.

« C’est un accord de normalisation. Ce n’est pas encore une normalisation. Nous devons attendre que les institutions démocratiques du Soudan soient fonctionnelles, y compris le conseil législatif, pour que nous puissions achever la ratification de cette étape afin qu’elle devienne, en réalité, une normalisation », a ajouté Qamar Al-Din, selon CNN.

Les forces de sécurité empêchent des manifestants d’atteindre le quartier général de l’armée soudanaise, à Khartoum, au Soudan, le mercredi 21 octobre 2020. Des manifestants sont descendus dans les rues de la capitale et dans tout le pays en raison des conditions de vie difficiles et de la répression meurtrière des manifestants dans l’est du pays au début du mois. (AP Photo/Marwan Ali)

Il a déclaré vendredi que l’accord mettait fin à l’état d’hostilité avec Israël, et qu’il conduirait à des relations diplomatiques, politiques, économiques et d’investissement s’il était approuvé, selon l’agence de presse gouvernementale SUNA.

« Si le traité est ratifié, les avantages pour le Soudan seront énormes », a-t-il déclaré, selon SUNA.

Au début de ce mois, le général Mohammed Hamdan Dagalo, chef adjoint du conseil souverain soudanais, a déclaré à une chaîne de télévision locale que le Soudan tirerait profit de la normalisation.

« Nous avons besoin d’Israël… Israël est un pays développé et le monde entier travaille avec lui », a-t-il déclaré.

La normalisation ou non des relations avec Israël a fait l’objet de débats véhéments au sein du gouvernement de transition du Soudan, dont la branche militaire, dirigée par al-Burhane, a dit être favorable, mais Hamdok s’y est longtemps opposé – affirmant que le gouvernement manquait d’autorité.

Trump a annoncé l’accord israélo-soudanais vendredi à la Maison Blanche lors d’un appel avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu et les dirigeants du Soudan.

Une déclaration commune des États-Unis, d’Israël et du Soudan publiée par la Maison Blanche a indiqué que Netanyahu, al-Burhane et Hamdok « ont accepté la normalisation des relations entre le Soudan et Israël et de mettre fin à l’état de belligérance entre leurs nations ».

Lors de ce qui semble être le premier contact public entre les deux pays après l’appel téléphonique commun, l’ambassadeur d’Israël auprès des Nations unies, Gilad Erdan, s’est entretenu avec son homologue soudanais, Omer Mohamed Ahmed Siddig.

Erdan et Siddig ont convenu de se rencontrer dans les prochains jours à l’ONU pour discuter de la coopération dans les domaines de la technologie, de l’agriculture, du commerce et du tourisme, a déclaré le bureau d’Erdan dans un communiqué.

Les Émirats arabes unis ont applaudi la décision du Soudan de normaliser ses relations avec Israël tôt samedi matin. Le ministère des Affaires étrangères des EAU a déclaré que cet accord était « une étape importante pour renforcer la sécurité et la prospérité dans la région », selon l’agence de presse émiratie WAM.

L’Égypte, premier pays à signer un accord de paix avec Israël en 1979, a été l’un des rares autres pays arabes à applaudir publiquement l’accord israélo-soudanais.

« Je salue les efforts conjoints des États-Unis, du Soudan et d’Israël pour normaliser les relations entre le Soudan et Israël et j’apprécie tous les efforts visant à établir la paix et la stabilité régionales », a tweeté le leader égyptien Abdel-Fattah al-Sissi.

Le géant de la région, l’Arabie Saoudite, est resté particulièrement silencieux.

L’ambassadeur israélien auprès des Nations unies, Gilad Erdan, dans son bureau de New York, le 13 octobre 2020. (Mission israélienne auprès de l’ONU)

Tout en déclarant officiellement qu’elle ne normalisera pas ses liens tant qu’Israël n’aura pas signé un accord de paix internationalement reconnu avec les Palestiniens, Riyad a donné son approbation tacite aux accords des EAU et de Bahreïn et a autorisé les avions civils israéliens à utiliser son espace aérien.

Les dirigeants palestiniens ont dénoncé l’accord, comme ils l’ont fait pour les accords de normalisation avec les EAU et le Bahreïn.

L’accord avec le Soudan comprendra une aide et des investissements d’Israël, notamment dans les domaines de la technologie et de l’agriculture, ainsi qu’un nouvel allégement de la dette. Cet accord intervient alors que le Soudan et son gouvernement de transition sont sur le fil du rasoir. Des milliers de personnes ont protesté ces derniers jours dans la capitale du pays, Khartoum, et dans d’autres régions en raison des conditions économiques difficiles.

Avant l’annonce de l’accord, M. Trump a signé vendredi dernier une renonciation visant à retirer Khartoum de la liste noire des commanditaires du terrorisme d’État établie par le Département d’État. Le Congrès a maintenant 45 jours pour approuver cette mesure.

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