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"LA BRAVOURE NOUS A ÉTÉ IMPOSÉE"

Des partisans juifs racontent leur lutte contre les nazis dans « Four Winters »

Le documentaire présente des images d'archives et des entretiens avec huit combattants qui ont fui la persécution pour combattre les occupants allemands

Des partisans juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, tels qu'ils apparaissent dans le documentaire "Four Winters", écrit et réalisé par Julia Mintz. (Crédit : New Moon Films via JTA)
Des partisans juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, tels qu'ils apparaissent dans le documentaire "Four Winters", écrit et réalisé par Julia Mintz. (Crédit : New Moon Films via JTA)

JTA – En 1944, Faye Schulman, une jeune partisane juive, est sortie de la forêt dans sa ville natale de Lenin, en Pologne, avec pour mission de mettre le feu aux maisons que les nazis utilisaient comme bureaux en temps de guerre. Elle découvre rapidement que l’une de ces maisons est la sienne.

En déambulant dans la maison de son enfance, elle aperçoit un vieil économe encore sur le sol. Schulman repense au reste de sa famille – déjà assassinée par les nazis à ce moment-là – et réalise que, même si elle survit à la guerre, elle ne pourra plus jamais vivre dans cette maison.

« Brûlez-la », a-t-elle dit à ses camarades partisans. Elle a elle-même allumé l’allumette puis a posé pour une photo au milieu des cendres.

Le nouveau documentaire « Four Winters » (« Quatre Hivers ») compile de fascinants récits comme celui de Schulman. Écrit et réalisé par Julia Mintz, le film raconte l’histoire de plusieurs partisans juifs : des femmes et des hommes des ghettos qui ont échappé aux rafles nazies dans les camps de concentration, qui se sont réfugiés dans les forêts d’Europe de l’Est et ont mené des attaques de guérilla contre les nazis et leurs collaborateurs, jusqu’à la fin de la guerre.

L’histoire est racontée dans un style oral, avec huit anciens partisans partageant leurs récits de survie en temps de guerre, accompagnés de remarquables images d’archives des partisans en action. Schulman était elle-même photographe.

La vue de ces Juifs se serrant les uns contre les autres dans les bois en hiver, hommes et femmes munis d’armes nazies récupérées et nourris d’aliments volés, constitue une puissante réplique au commentaire du partisan Michael Stoll, au début du film, selon lequel « les Juifs ont la réputation » de ne pas être des « combattants ».

Le film explique que plus de 25 000 partisans ont combattu les nazis, depuis la forêt, pendant la guerre. Devant la caméra, ils apparaissent endurcis. Ceci n’est pas surprenant si l’on considère qu’ils ont survécu à des conditions brutales sans ravitaillement tout en menant à bien de nombreuses opérations. Le documentaire tire son titre de la façon dont les partisans mesuraient le temps, les hivers étant les périodes les plus difficiles à supporter.

Les personnes interrogées racontent qu’elles ont volé de la nourriture et du matériel aux agriculteurs et aux villageois de la périphérie des bastions nazis, prenant des rations destinées à être offertes aux occupants, tout en sachant que, ce faisant, elles condamnaient probablement les résidents à subir le joug des nazis.

Ils racontent également à Mintz qu’ils n’aiment pas se considérer comme courageux, mais plutôt que, pour paraphraser la célèbre citation de Théodore Roosevelt, la bravoure leur a été imposée parce qu’ils ne pouvaient pas se laisser emmener pour mourir sans se battre. Il est douloureux d’entendre leurs récits. Ils racontent, par exemple, comment ils ont sauté d’un train en marche à destination du camp de concentration de Treblinka, après avoir échoué à convaincre les autres passagers, qui savaient qu’ils étaient transportés vers la mort, de sauter avec eux.

Mintz fait largement confiance à ses sujets pour porter eux-mêmes le film, bien qu’elle habille parfois les choses de techniques élégantes : des séquences modernes de drones dans les forêts, ou des coupes entre un récit particulièrement saisissant et des images d’archives pour accroître la tension.

Mais l’accent qu’elle met sur la narration révèle autre chose. Les récits de la Shoah, à tort ou à raison, présentent systématiquement les Juifs comme des victimes sans défense, et non comme des combattants courageux, capables de poignarder les nazis à mort avec des couteaux de fortune pour ne pas gaspiller de précieuses balles.

L’attention portée à ces détails et à d’autres détails macabres du combat et de la survie fait de « Four Winters » une sorte de contre-narration de la Shoah, une réplique aux centaines d’histoires de Juifs qui, comme on le laisse malheureusement souvent entendre, se sont simplement laissés mourir.

« Four Winters » a été projeté en avant-première au Film Forum de New York ; certaines projections ont donné lieu à des séances de questions-réponses en présence de Mintz. Le documentaire sera projeté dans les cinémas Laemmle de Los Angeles à partir du 7 octobre, et dans d’autres villes par la suite.

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