Des portraits du Fayoum volés par les nazis retournent à une famille juive
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Des portraits du Fayoum volés par les nazis retournent à une famille juive

Les rares portraits de l’époque romaine avaient été confisqués par l’Allemagne, achetés par l’auteur d’“À l'Ouest, rien de nouveau”, vendus à l’université de Zurich puis rendus aux héritiers

Ilan Ben Zion est journaliste au Times of Israel. Il est titulaire d'une maîtrise en diplomatie de l'Université de Tel Aviv et d'une licence de l'Université de Toronto en études du Proche-Orient et en études juives

Un portrait du Fayoum de l'époque de la dynastie des Antonins d'une jeune femme que l'université de Zurich a rendu aux héritiers d'un éditeur juif allemand en avril 2016. (Crédit : Frank Tomio/University of Zurich)
Un portrait du Fayoum de l'époque de la dynastie des Antonins d'une jeune femme que l'université de Zurich a rendu aux héritiers d'un éditeur juif allemand en avril 2016. (Crédit : Frank Tomio/University of Zurich)

Deux anciens portraits du Fayoum confisqués à des juifs allemands par les nazis, acquis par l’auteur d’A l’Ouest, rien de nouveau et achetés par une université suisse dans les années 1970 ont été rendus à la famille la semaine dernière.

Les objets, des portraits datant de l’époque romaine d’un jeune homme et d’une jeune femme, ont été achetés au sein d’une collection par l’université de Zurich en 1979 à la veuve de l’auteur allemand Erich Maria Remarque pour environ 137 000 dollars.

Entre le premier et le troisième siècle, quand l’Egypte faisait partie de l’Empire romain, des portraits réalistes des défunts étaient inclus dans la traditionnelle momification des corps. Ces portraits sont appelés portraits du Fayoum.

« Puisque pratiquement aucun panneau peint du monde grec n’a été préservé », a expliqué le Metropolitan Museum of Art de New York dans son exposition sur les portraits du Fayoum de 2000, « les portraits du Fayoum, conservés par le climat aride de l’Egypte, sont les seuls exemples d’un art que les anciennes sources littéraires placent parmi les plus grandes réussites de la culture grecque. »

Un portrait du Fayoum de l'époque de la dynastie des Flaviens d'un jeune homme que l'université de Zurich a rendu aux héritiers d'un éditeur juif allemand en avril 2016. (Crédit : Frank Tomio/University of Zurich)
Un portrait du Fayoum de l’époque de la dynastie des Flaviens d’un jeune homme que l’université de Zurich a rendu aux héritiers d’un éditeur juif allemand en avril 2016. (Crédit : Frank Tomio/University of Zurich)

L’université a déclaré dans un communiqué la semaine dernière avoir rendu les deux peintures, datant du premier et du deuxième siècle après notre ère, aux héritiers de l’éditeur juif allemand Rudolf Mosse.

Selon l’université, les héritiers de Mosse ont fait une contribution financière à l’université en échange des deux objets.

Mosse, un éditeur et philanthrope juif allemand du 19e siècle, a amassé une importante collection d’œuvres et d’objets d’art avant sa mort en 1920.

Il a laissé sa succession à sa fille, Felicia Lachmann-Mosse, qui a fui l’Allemagne avec son mari en 1933 avec la montée du parti nazi, qui a volé la collection d’art de la famille et a vendu plus de 400 objets aux enchères en 1934.

On ne sait pas encore comment les peintures ont fini en possession de Remarque, qui a écrit en 1928 son roman sur les soldats allemands de la Première Guerre mondiale, A l’Ouest, rien de nouveau, qui est ensuite devenu un film oscarisé.

Un portrait du Fayoum de l'époque de la dynastie des Antonins d'une jeune femme que l'université de Zurich a rendu aux héritiers d'un éditeur juif allemand en avril 2016. (Crédit : Frank Tomio/University of Zurich)
Un portrait du Fayoum de l’époque de la dynastie des Antonins d’une jeune femme que l’université de Zurich a rendu aux héritiers d’un éditeur juif allemand en avril 2016. (Crédit : Frank Tomio/University of Zurich)

Le projet de restitution des œuvres d’art de Mosse, qui représente les héritiers de Mosse aux Etats-Unis, a tenté de réclamer les œuvres et objets d’art confisqués et vendus par deux maisons de ventes aux enchères de Berlin.

Rudolf Mosse (Crédit : domaine public via Wikimedia Commons)
Rudolf Mosse (Crédit : domaine public via Wikimedia Commons)

Les catalogues des enchères étaient « plus ou moins précisément décrits », permettant aux avocats représentant le projet d’identifier les œuvres, a déclaré par téléphone au Times of Israel l’avocat Jan Hegemann.

Hegemann a déclaré que bien que d’autres objets de la collection Mosse seront bientôt vendus aux enchères, « il n’est pas encore décidé ce qui leur arrivera » et les portraits du Fayoum n’en feront pas partie.

« Qu’ils soient mis en vente ultérieurement ou qu’ils aillent dans un musée n’a pas encore été décidé », a-t-il déclaré.

L’année dernière, la Fondation pour l’héritage culturel prussien a rendu huit œuvres, dont un sarcophage romain, à la fondation Mosse après avoir identifié qu’ils appartenaient à la collection Mosse.

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