Des proches de Netanyahu acceptent de témoigner dans l’affaire 4000
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Des proches de Netanyahu acceptent de témoigner dans l’affaire 4000

Selon les médias, Shlomo Filber devrait incriminer le Premier ministre dans l'enquête, impliquant la société Bezeq et la couverture favorable sur le site d'information

Shlomo Filber, directeur général du ministère de la Communication, arrive pour une audience au tribunal de première instance de Rishon Lezion le 18 février 2018. (Flash90)
Shlomo Filber, directeur général du ministère de la Communication, arrive pour une audience au tribunal de première instance de Rishon Lezion le 18 février 2018. (Flash90)

Un associé de longue date du Premier ministre Benjamin Netanyahu a signé un accord mardi soir pour devenir le témoin de l’État dans une enquête sur la corruption explosive impliquant le Premier ministre.

Les médias israéliens ont rapporté que l’ancien directeur général du ministère des Communications, Shlomo Filber, devrait incriminer Netanyahu, témoignant qu’il avait reçu instruction du Premier ministre de fournir des avantages en termes de réglementation à la compagnie de téléphone Bezeq.

Filber est un suspect dans l’affaire 4000, qui concerne des suspicions sur Shaul Elovitch, le propriétaire de Bezeq, qui aurait accordé à Netanyahu et à sa famille une couverture positive sur son site d’information Walla en échange de la promotion de politiques au profit du géant des télécommunications.

En échange de son témoignage, M. Filber aurait exigé qu’il ne soit pas condamné à une peine de prison ferme, ce que la police a accepté.

« Si Shlomo Filber a effectivement signé un (tel) accord, c’est la fin d’une époque », écrit dans le quotidien Maariv Ben Caspit, auteur d’un récent livre sur M. Netanyahu.

« Filber est le plus proche et le plus intime des agents en charge des opérations occultes, que Netanyahu ait eus depuis des générations (…) Toujours dans l’ombre, toujours loyal, performant, secret et animé de convictions : Bibi (le surnom de M. Netanyahu) savait pouvoir compter sur Momo. Jusqu’à hier », ajoute Ben Caspit.

Ce dernier fait de M. Filber l’un des artisans de la victoire de M. Netanyahu déjouant les pronostics aux législatives de 2015.

M. Netanyahu l’avait ensuite nommé au poste de directeur général du ministère des Communications, dont il a été suspendu.

L’an dernier, il a été révélé que Filber était soupçonné d’avoir permis illégalement à Bezeq d’acheter des actions de la société satellite Yes.

M. Filber a été nommé par Netanyahu en 2015, après que le Premier ministre a pris la tête du ministère des Communications. M. Netanyahu a ensuite remis le portefeuille au ministre Likud, Ayoub Kara.

À l’époque, Filber, un fidèle de longue date du parti, a confié à Hadashot qu’il ne deviendrait jamais témoin d’État contre le Premier ministre.

L’homme d’affaires israélien Shaul Elovitch arrive pour une prolongation de sa détention provisoire dans l’affaire 4000 au tribunal de première instance de Rishon Letzion, le 18 février 2018. (Flash90)

La chaîne d’information a rapporté mardi que son témoignage marquerait un tournant dans l’enquête et pourrait conduire à d’autres développements spectaculaires.

Hadashot a fait observer que Filber n’était pas censé tirer un profit personnel des infractions dont il était soupçonné.

Mardi soir également, Netanyahu a diffusé une vidéo sur sa page Facebook dans laquelle il a fermement nié tout acte répréhensible.

« Ils apportent deux affirmations mensongères, dans le cadre de la chasse aux sorcières contre moi et contre ma famille qui dure depuis des années », a déclaré le Premier ministre dans la vidéo.

« Toutes les décisions concernant Bezeq ont été prises par des comités professionnels, par des experts, sous un contrôle juridique étroit. « Dire que j’ai agi en faveur de Bezeq au détriment de considérations pratiques est sans fondement. »

La police, a-t-il dit, « crée de nouveaux cas toutes les deux heures ». Ils convoquent des collaborateurs, les interrogent, chaque collaborateur est interrogé, et tout de suite il y a un déluge de fuites mensongères. »

Nir Hefetz, assistant de longue date du Premier ministre Benjamin Netanyahu et de la famille, arrive pour une prolongation de sa détention provisoire dans l’affaire 4000 au tribunal de première instance de Rishon Letzion, le 18 février 2018. (Flash90)

M. Netanyahu a également répondu à des informations faisant état d’une offre présumée faite en 2015 par un ancien porte-parole de la famille Netanyahu, Nir Hefetz, de nommer une juge comme procureur général si elle acceptait de mettre un terme à l’enquête sur la femme du Premier ministre, Sara.

« Je n’en ai jamais parlé à Nir Hefetz, il ne m’en a jamais parlé, et vous savez quoi ? Je ne peux pas croire qu’il ait évoqué cette question avec qui que ce soit », a dit Netanyahu.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à la conférence Muni World à Tel Aviv le 14 février 2018. (AFP PHOTO / JACK GUEZ)

Netanyahu n’est pas actuellement soupçonné d’avoir chargé Hefetz de transmettre l’offre au juge, a rapporté Hadashot.

Hefetz et Filber sont en garde à vue depuis dimanche.

La juge à la retraite Hila Gerstel (Yonatan Sindel/Flash90)

La semaine dernière, la police a recommandé que M. Netanyahu soit inculpé pour fraude, abus de confiance et corruption dans deux autres affaires.

Dans l’Affaire 1000, Netanyahu et sa femme auraient reçu des dons illicites de bienfaiteurs milliardaires, notamment le producteur d’Hollywood, d’origine israélienne, Arnon Milchan, pour un montant total de 1 million de shekels (282 000 dollars). En retour, M. Netanyahu est accusé par la police d’être intervenu au profit de Milchan dans des affaires relatives à la législation, aux relations d’affaires et aux visas.

L’affaire 2000 porte sur un accord de contrepartie présumé illicite entre Netanyahu et Arnon Mozes, éditeur du Yedioth Ahronoth, selon lequel le Premier ministre aurait affaibli un quotidien concurrent, Israel Hayom, soutenu par Sheldon Adelson, en échange d’une couverture plus favorable de la part du Yedioth.

Le Premier ministre a également été indirectement lié à l’affaire 3000, une vaste enquête sur la corruption présumée entourant l’achat de plusieurs milliards de shekels de navires et de sous-marins auprès d’un constructeur naval allemand. Bien que Netanyahu n’ait pas été désigné comme suspect, ses proches collaborateurs, dont deux assistants personnels, ont été arrêtés ou interrogés.

Netanyahu a nié tout acte répréhensible dans tous ces cas.

Le commentateur de la radio publique Yoav Krakovsky, citant des responsables politiques, a estimé que le témoignage potentiellement compromettant de Shlomo Filber pourrait provoquer des élections anticipées avant fin 2018. La législature est censée s’achever en novembre 2019.

Sous le titre « un parfum d’élections », le quotidien Israel Hayom, réputé pro-Netanyahu et surnommé ‘Bibiton’ (journal se dit iton en hébreu), a donné matière à réflexion à l’opposition comme aux partenaires de la coalition en publiant mercredi un sondage indiquant que le Likud remporterait 34 sièges sur 120 au Parlement, au lieu des 30 actuels.

Israel Hayom n’a pas publié la méthode ni le panel du sondage. Mais M. Netanyahu, qui dénonce la « chasse aux sorcières » menée selon lui par les médias et l’opposition, s’en est emparé sur Facebook en invoquant la Bible et les Hébreux : « Plus on les opprimait, plus ils se multipliaient et s’étendaient ».

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