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Des quartiers de Haïfa longtemps oubliés dévoilent leurs secrets

Le festival d’histoires de la ville septentrionale met l’accent sur les endroits inconnus de la ville, y compris sa scène LGBT

Le guide et chercheur, Dotan Brom, dirigera plusieurs visites sur la vie gay à Haïfa au Festival d'histoires de Haïfa, à partir du 1er novembre 2018 (Crédit : Jessica Steinberg / Times of Israel)
Le guide et chercheur, Dotan Brom, dirigera plusieurs visites sur la vie gay à Haïfa au Festival d'histoires de Haïfa, à partir du 1er novembre 2018 (Crédit : Jessica Steinberg / Times of Israel)

HAIFA – Cette ville portuaire du nord d’Israël plaît aux touristes. Elle est bordée par la mer et les collines, divisées en quartiers dans lesquels vivent tous les types de citoyens israéliens, laïcs et religieux, arabes et juifs, russes, éthiopiens et même bahaïs.

Mais ils ne se mélangent pas trop.

“Les habitants de Haïfa ne se rendent pas dans d’autres quartiers que le leur”, a déclaré Hila Goshen, responsable des manifestations culturelles à Beit Hagefen, le centre culturel juif arabe de Haïfa.

Cette séparation est la raison d’être du Festival d’histoires de Haïfa, un événement annuel de cinq jours organisé par Beit Hagefen, qui se consacre cette année au thème de l’identité et du militantisme.

Beit Hagefen, le centre de la culture juive et arabe à Haïfa (Crédit : avec la permission de Beit Hagefen)

Le festival, qui se déroule du 1er au 5 novembre, est financé par le ministère du développement du Néguev et de la Galilée, qui travaille généralement sur la périphérie d’Israël. Selon Goshen, ces quartiers particuliers de Haïfa peuvent également être considérés comme une zone périphérique, même s’ils se trouvent en plein centre-ville.

“Cet événement ne se déroule pas dans la ville basse de Haïfa, ni dans le Carmel, mais dans les quartiers périphériques de Haïfa”, a déclaré Goshen. “Nous parlons des locaux, nous allons chez eux, nous allons dans des endroits hors des sentiers battus, car il y a des histoires incroyables dans ces quartiers.”

Dans le passé, il y avait des conversations dans les synagogues Haredi et des rencontres dans les maisons d’immigrants éthiopiens. Cette année, le festival comprend des projections, des dégustations, des visites et des expositions. Une nouvelle activité proposée consiste à écouter les histoires des habitants de Haïfa à travers des rencontres identitaires, qui permettront de déterminer si les différences rassemblent les gens ou les séparent.

L’activisme a toujours été un pilier de Haïfa, depuis ses débuts de ville portuaire, lorsque des manutentionnaires et des travailleurs du port appartenaient aux premiers syndicats, déclare Dotan Brom, un guide spécialisé dans des visites sur le thème de la gay pride et du communisme dans la ville qu’il a adoptée comme si elle était sa ville natale il y a quelques années.

Brom, qui proposera plusieurs visites pendant le festival, m’a fait faire un tour rapide de l’histoire homosexuelle de Haïfa, avec un aperçu du port, qui a été agrandi pour la première fois sous le mandat britannique, dans le cadre du projet de pipeline Haïfa-Mossoul.

Un mélange de styles de construction et de façades dans le quartier Hadar de Haïfa (Crédit : Jessica Steinberg / Times of Israel)

À l’époque, Haïfa était une ville d’Arabes et de juifs ottomans qui s’y étaient installés sous l’Empire ottoman. Des juifs d’autres pays, récemment arrivés dans la Palestine antérieure à l’État d’Israël, sont arrivés plus tard pour travailler au port, dans la raffinerie de pétrole voisine et dans d’autres usines locales.

Ce sont eux qui ont construit le quartier de Hadar dans les années 1940, la première enclave juive sioniste de Haïfa, principalement parce que le terrain était vacant et disponible, déclare Brom.

Hadar est maintenant un quartier animé, surtout par rapport à l’époque où de nombreux habitants de Haïfa sont partis s’installer à Tel Aviv dans les années 1980, ou sont restés mais en s’installant dans le quartier du Carmel, laissant Hadar vide et avec un fort taux de criminalité.

C’est là que vit Brom, au sein d’une commune urbaine. Pour Brom, chercheur et membre du Haifa Queer History Project (Projet d’histoire queer de Haïfa), Hadar est le cœur gay de Haïfa, à la fois historiquement et allégoriquement.

La vie gaie secrète de la ville a commencé à bien des égards à Gan Hazikaron, ou Jardin du Souvenir, juste en face de l’hôtel de ville, édifice de style éclectique conçu par Benjamin Chaikin et construit en 1942, mélangeant des éléments orientaux et occidentaux, symboles de la ville en développement.

La façade de l’hôtel de ville de Haïfa, exemple de l’architecture éclectique d’avant l’État dans le quartier de Hadar (Crédit : Jessica Steinberg / Times of Israel)

Ce parc ouvert et herbeux surplombant la baie et le port était l’endroit où se rendaient les homosexuels la nuit pour rencontrer d’autres personnes dans les parties basses du parc.

C’est là que la police locale a recherché des suspects lors d’une série d’assassinats d’hommes homosexuels dans les années 1990, prenant leur numéro de carte d’identité et les appelant au travail ou à la maison, les transmettant souvent à leur famille et à leurs employeurs.

Le parc est également le lieu de prédilection de la première communauté transgenre de Haïfa. La ville abritait la défunte actrice et chanteuse Gila Goldstein, considérée comme la première femme transgenre d’Israël, ainsi que Zalman Shoshi, qui s’est toujours décrit comme le premier travesti d’Israël.

Les chemins les plus cachés et les recoins du parc sont toujours utilisés par des homosexuels refoulés, souvent issus de milieux Haredi ou arabes, a ajouté Brom, mais l’endroit est également utilisé par d’autres, y compris pour le match de cricket hebdomadaire de travailleurs étrangers sri-lankais.

Yom Hazikaron par une journée ensoleillée en octobre 2018 (Crédit : Jessica Steinberg / Times of Israel)

La vie gay a considérablement changé au cours des dernières décennies, et Brom ne veut pas que Haïfa soit considérée comme le Tel Aviv de bas étage, alors que la ville blanche est la reine de la scène gay israélienne. Chaque année en juin, Haïfa organise son propre défilé de la Gay Pride. C’est également dans le nouveau centre LGBTQ de Haïfa, la Maison de la fierté et de la tolérance des communautés, rue Masada à Hadar, que se tient le festival annuel d’histoire Queer.

“C’est une ville qui accepte les gens pour ce qu’ils sont”, ajoute-t-il.

“L’ambiance de Haïfa vous pousse à faire ce que vous avez à faire”.

C’est ce genre d’identité – et de militantisme – qui sera expliqué lors du Festival des histoires de Haïfa cette cinq prochains jours. L’événement comprendra également une visite guidée sur les graffiti de rue, symboles des communautés sociales rejetées.

Les bannières du jour des élections en 2018 survolent le siège du parti à Wadi Nisnas à Haïfa (Crédit : Jessica Steinberg / Times of Israel)

Brom dirigera deux visites, l’une le vendredi 2 novembre à 10h30, sur la communauté gay de Haïfa, qui nécessite une inscription préalable. Il propose également une visite des aspects communistes de la ville le samedi à 10h30.

Pour plus d’informations et pour vous pré-inscrire à d’autres événements pendant le festival, rendez-vous sur le site du festival d’histoires de Haïfa.

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