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Des rabbins témoins de la catastrophe et de la compassion à la frontière ukrainienne

Au cours d'une mission de 3 jours, une équipe de 19 rabbins new-yorkais a distribué des fournitures et évalué la meilleure façon de soutenir les organisations d'aide aux réfugiés

Un village de tentes, situé du côté polonais du poste frontalier de Medyka avec l’Ukraine, fournit un abri et des fournitures aux réfugiés de guerre, le 14 mars 2022. (Avec la permission de Menachem Creditor via la JTA)
Un village de tentes, situé du côté polonais du poste frontalier de Medyka avec l’Ukraine, fournit un abri et des fournitures aux réfugiés de guerre, le 14 mars 2022. (Avec la permission de Menachem Creditor via la JTA)

New York Jewish Week via JTA – Dix-neuf rabbins new- yorkais sont rentrés d’un bref voyage à la frontière entre la Pologne et l’Ukraine mardi dernier, choqués par les problèmes auxquels sont confrontés les réfugiés juifs ukrainiens.

« C’est terrible de voir l’ampleur de la souffrance humaine », a déclaré le rabbin Rachel Timoner, rabbin principal de la congrégation Beth Elohim de Park Slope, au New York Jewish Week.

« Les gens sont sous le choc. Ce que nous avons vu, ce sont des femmes et des enfants qui ont laissé tout ce qu’ils avaient, qui ont quitté leur foyer, leur communauté et leurs proches et, dans de nombreux cas, un mari, un père, un fils. Sans idée de l’endroit où ils allaient dormir, voyageant des jours et des jours, tenaillés par le froid, la faim et la soif. »

Au cours de la mission de trois jours, les rabbins ont distribué des fournitures, évalué comment soutenir au mieux les organisations d’aide aux réfugiés et écouté l’histoire de ceux qui ont fui l’Ukraine ces dernières semaines.

Au cours de la mission – organisée par l’UJA-Fédération de New York – les rabbins ont visité des refuges, des cliniques, des soupes populaires et des organisations juives de terrain. Les institutions fonctionnent jour et nuit pour aider les réfugiés ukrainiens qui ont trouvé refuge en Pologne depuis le début de l’invasion russe, le 24 février dernier.

Lundi, l’UJA-Federation of New York a annoncé un nouveau programme de financement d’urgence, portant l’aide accordée aux Ukrainiens à un total de 8,1 millions de dollars depuis le début de la guerre. (L’UJA-Federation est un bailleur de fonds de 70 Faces Media, la société mère du New York Jewish Week.)

Selon le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, le nombre de réfugiés ukrainiens en Pologne aurait déjà dépassé les deux millions.

« Multipliez [ce que nous avons vu] par des centaines de milliers et des millions de personnes », a déclaré Timoner. « C’est terrible de voir cela et donc, être là avec des collègues, qui veulent également témoigner et partager ce que nous avons vu pour obtenir davantage de soutien, cela avait énormément de sens. »

Des rabbins new-yorkais se sont rendus en Pologne du 12 au 15 mars pour réapprovisionner en fournitures humanitaires et rendre visite aux organisations juives au service des réfugiés ukrainiens sur le terrain. (Avec la permission de Rachel Ain par l’entremise de la JTA)

Tous les rabbins contactés par le New York Jewish Week ont relevé l’ampleur de la souffrance. Et si certains membres de la communauté juive au sens large ont remis en question l’efficacité de telles missions de court terme, les rabbins qui se sont rendus en Pologne ont évoqué la nécessité de témoigner de la tragédie et de communiquer sur le besoin d’aide humanitaire.

L’UJA-Federation of New York avait demandé aux rabbins, le mardi 7 mars, s’ils pouvaient entreprendre leur voyage le samedi soir suivant. Ils n’avaient que quelques heures pour se décider.

« Je savais qu’il était important d’y aller », a déclaré le rabbin Rachel Ain de la synagogue Sutton Place. « Je savais aussi que, dans ce cas, non seulement j’irais mais je serais capable de comprendre et de faire passer le message, parler de la situation sur le terrain que nous ne verrons peut-être pas dans les nouvelles, car il est difficile d’entendre l’histoire de chacun. »

Certains rabbins ont évoqué ces histoires personnelles sur leurs réseaux sociaux, au cours du voyage. Timoner a parlé sur Instagram de Katya, qui a dû laisser son mari et quitter l’Ukraine avec ses fils, âgés de 4 et 9 ans, alors que les combats s’intensifiaient. Après trois jours d’attente dans le froid, ils ont fini par rejoindre la Pologne, d’où ils espèrent rejoindre Israël, où vit la mère de Katya.

« L’idée que nous puissions apporter une aide matérielle aux réfugiés ou aux personnes qui souffrent en Ukraine était une évidence, même si je savais que notre impact serait très faible », a déclaré Timoner. « L’idée de faire la différence et d’offrir un peu d’aide a suffi à me convaincre. »

Dans les jours qui ont précédé le voyage, Timoner a lancé un appel à sa congrégation pour qu’elle fasse don d’articles comme des couches, des produits d’hygiène féminine et des sous-vêtements pour femmes et enfants. En seulement trois jours, Timoner avait collecté six grands sacs de fournitures pour réapprovisionner les centres de réfugiés où ils allaient se rendre. « Pour nous, apporter des fournitures et non de l’argent permettait de répondre à leurs besoins immédiats », a-t-elle déclaré. « Ils ne peuvent pas les obtenir autrement. »

Le groupe a rendu visite à des organisations de terrain qui travaillent avec la Fédération UJA, la commission mixte de distribution et l’Agence juive pour Israël pour apporter de l’aide aux réfugiés.

Le groupe a également rencontré des dirigeants de la communauté juive en Pologne, dont le rabbin Michael Schudrich, grand rabbin de Pologne, Jonathan Ornstein, directeur exécutif du centre communautaire juif de Cracovie et Tzvi Sperber, directeur de JRoots, qui organise des voyages pour les jeunes Juifs afin de visiter des lieux du patrimoine juif, dont beaucoup se trouvent en Europe de l’Est.

Bien qu’ils aient tous vu de leur propres yeux la souffrance vécue par les réfugiés à la frontière, de nombreux rabbins sont rentrés aux États-Unis porteurs de messages d’espoir.

« Il est impossible de décrire le regard de ces femmes et de ces enfants, abasourdis, qui passent la frontière avec presque rien », a écrit Shaul Robinson, le rabbin principal de la synagogue Lincoln Square, dans un message à sa congrégation la semaine dernière. « Mais il est tout aussi impossible de décrire leur regard quand ils s’aperçoivent que des gens les attendent. »

Un soldat polonais tient un bébé dans ses bras, tandis que des réfugiés de guerre ukrainiens arrivent à la frontière de Medyka, en Pologne, le 10 mars 2022. (AP Photo/Daniel Cole)

« Malgré tout, c’est un message du judaïsme : nous résistons », a déclaré Ain. Certes, nous nous remémorons la tristesse : nous brisons le verre lors d’un mariage, nous huons quand nous entendons le nom de Haman, nous ne peignons pas les coins des maisons neuves, en témoignage de l’imperfection de ce monde. »

« Mais nous le faisons dans l’espoir que demain soit meilleur qu’aujourd’hui », a-t-elle ajouté. « Et en attendant, nous devons être des partenaires, avec Dieu et les uns avec les autres, pour créer un monde meilleur. »

Le rabbin Chaim Steinmetz de la congrégation Kehilath Jeshurun dans l’Upper East Side a également fait remarquer à quel point il était important d’être témoin d’un tel élan d’entraide juive au plus fort de la crise des réfugiés européens.

« L’un des moments les plus forts a été quand nous avons salué un groupe de 40 Ukrainiens sur le point de de monter à bord d’un bus à destination de l’aéroport, pour s’envoler ensuite vers Israël », a-t-il déclaré.

« Cela permet de nous souvenir que, contrairement à il y a 80 ans, les réfugiés juifs ont toujours un foyer. C’est exaltant de voir que la famille juive est là pour eux, à travers le monde. »

Sur ses réseaux sociaux, Timoner a pris des photos de la tente israélienne « Sauveteurs sans frontières », qui selon elle, est la première tente que voient les réfugiés lorsqu’ils entrent en Pologne, à la frontière de Medyka.

Quand on leur a demandé s’ils ne servaient que des Juifs, ils ont répondu : « Sélectionner, c’est ce qui a été fait il y a 80 ans. Nous ne sélectionnons pas. Nous servons tout le monde », a-t-elle écrit.

« Quand il y a un grand malheur dans le monde, parfois il fait ressortir une grande bonté », a déclaré Timoner au New York Jewish Week.

« Nous n’avons pas seulement été témoins du mal et des effets du mal, nous avons été témoins de la beauté de ce dont les êtres humains sont capables, par leur générosité et leur bienveillance, et c’est une source d’inspiration. »

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