Des Sud-africains en Israël pour comprendre les subtilités de la situation
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Des Sud-africains en Israël pour comprendre les subtilités de la situation

Une délégation d'un pays souvent hostile à Israël a entendu les témoignages des deux parties - pas de façon vaine cette fois

Les membres d'une délégation sud-africaine en train de diner avec Mohammad Darawshe (quatrième à gauche) à l'Hôtel American Colony à Jérusalem, en février 2016 (Crédit : Eliana Rudee)
Les membres d'une délégation sud-africaine en train de diner avec Mohammad Darawshe (quatrième à gauche) à l'Hôtel American Colony à Jérusalem, en février 2016 (Crédit : Eliana Rudee)

En matinée, ils se sont rendus à Rahat pour voir un projet qui vise à aider les Bédouins du Néguev pour trouver un emploi. La même soirée, ils ont rencontré la première femme éthiopienne à la Knesset. Ils ont passé un après-midi à observer un débat à la Knesset et, ce soir-là, ils ont écouté Mohammad Darawshe, un expert sur les relations judéo-arabes, qui a contesté les aspects de la démocratie parlementaire dont ils avaient été témoins. Un autre jour, ils se sont rendus à Ramallah, où les fonctionnaires de l’Autorité palestinienne leur ont dit qu’Israël était le responsable du conflit en cours. Ce soir-là, un Arabe israélien et un ancien journaliste de l’OLP leur a dit que la direction palestinienne était à blâmer.

Il y avait huit éminents sud-africains dans la délégation : des journalistes, des économistes et des professeurs sud-africains et ils sont venus en Israël sous les auspices d’une organisation appelée Israel Now Tour of South Africa, en collaboration avec l’Organisation sioniste mondiale.

Le voyage, qui a eu lieu entre le 7 et 14 février consistait à leur permettre « de mieux comprendre la complexité de la situation d’Israël sur le terrain », selon l’organisatrice Reeva Forman.

Financé par le South African Zionist Federation et le département des opérations sionistes du WZO sous la direction du Dr David Breakstone, l’itinéraire du voyage a été spécifiquement conçu pour les Sud-Africains, qui ont grandi avec des mots comme « apartheid », « racisme » et « ségrégation » dans le contexte de l’apartheid en Afrique du Sud – et qui ont vu ses termes appliqués à Israël au cours des dernières années par le mouvement BDS.

Les relations entre les deux pays sont mauvaises. Le Congrès des syndicats sud-africains a rejoint le boycott des produits israéliens en 2006 ; l’Afrique du Sud a rappelé temporairement son ambassadeur en Israël après le raid sur la flottille de Gaza en 2010. L’université de Johannesburg a rompu ses relations avec l’université Ben-Gurion dans le Néguev en 2011.

La visite d’une semaine, par conséquent, a marqué un effort pour renouer les relations avec un pays qui a souvent montré une faible sympathie pour l’histoire complexe d’Israël. Forman, la présidente du SAZF, a expliqué qu’elle a invité les huit participants en raison de leur travail anti-apartheid en Afrique du Sud, ainsi que les plates-formes auxquelles ils ont accès pour exprimer leur opinion sur les relations Israélo-sud africaines et Israël.

« Si les gens peuvent voir et entendre ce qu’il y a dans les cœurs et les esprits des gens dans tous les spectres – politiques, sociaux, économiques », a déclaré Forman, au sujet des raisons derrière le voyage, « ils vont discerner eux-mêmes la complexité des questions ».

Les différentes réactions des membres du groupe à ce qu’ils ont vu et entendu tout au long de la semaine ont souligné la complexité des questions.

Les membres d'une délégation d'Afrique du Sud avec Nir Barkat, le maire de Jérusalem, à la mairie de Jérusalem, en février 2016 (Crédit : Eliana Rudee)
Les membres d’une délégation d’Afrique du Sud avec Nir Barkat, le maire de Jérusalem, à la mairie de Jérusalem, en février 2016 (Crédit : Eliana Rudee)

La délégation est arrivée préparée avec des questions difficiles. Au début du voyage, ils ont fait pression sur le maire de Jérusalem Nir Barkat sur le statut, les droits et la qualité de vie des Arabes dans la ville. Barkat a déclaré que son administration a beaucoup investi dans le secteur arabe et que les Arabes dans les régions de Jérusalem-Est, annexée par Israël après 1967, peuvent choisir de devenir citoyens à part entière avec un droit de vote, à tout moment.

L’opinion généralement optimiste du maire a été remise en cause quelques jours plus tard par Mohammad Darawshe, le co-directeur israélo-arabe de Givat Haviva (un institut d’enseignement à but non lucratif qui soutient les efforts de coexistence israélo-palestinien), qui a fait valoir que « la mère de tous les maux » est le système éducatif séparé pour les Juifs et les Arabes dans une grande partie d’Israël et a noté que « les écoles arabes reçoivent moins d’argent par étudiant du gouvernement ».

Cette notion de séparation a dérangé Jana Marais, la rédactrice en chef de l’hebdomadaire sud-africaine Finweek : « en particulier compte tenu de notre propre histoire. J’ai vraiment le sentiment que c’est une perte pour tout le monde », a-t-elle regretté.

D’autres dans le groupe, cependant, ont été impressionnés par l’analyse de Darawshe qui a souligné que 50 % des étudiants en médecine du Technion de Haïfa étaient des Arabes et certains membres du groupe ont cité comme étant un facteur minant les comparaisons à l’apartheid.

Les délégués ont visité la région frontalière de Gaza et ont appris que les résidents locaux entendaient des « cliquetis » dans le sous le sol, qui pour eux est le bruit des terroristes en train de creuser des tunnels à quelques mètres à Gaza.

« La peur est le sentiment qui prime de ce que je perçois d’Israël », a confié l’un des délégués plus tard. « Le diable réside dans la peur et c’est pour cette raison pour que la tension restera telle qu’elle est ».

Plusieurs universitaires ont été frappés par le fait qu’Israël facilite encore l’entrée de marchandises et de l’aide dans la bande de Gaza qui est dirigée par le Hamas. « Je ne comprends pas pourquoi Israël accorde tant [de choses] aux Palestiniens, en particulier à Gaza », a déclaré délégué Rabelani Dagada, professeur au Wits Business School.

« Indépendamment de la genèse de ce qui est arrivé à Gaza, les gens qui y vivent en 2016 sont dans une situation difficile », a conclu Waldimar Pelser, le rédacteur en chef du Sunday Newsparer Rapport, plus tard.

Dr. Frans Cronje et le professeur Rabelani Dagada, l'un des membres d'un groupe sud-africain, en visite à Ramallah, en février 2016 (Crédit : Autorisation Dr. Frans Cronje)
Dr. Frans Cronje et le professeur Rabelani Dagada, l’un des membres d’un groupe sud-africain, en visite à Ramallah, en février 2016 (Crédit : Autorisation Dr. Frans Cronje)

A Ramallah, les délégués ont rencontré Fares Qadura, un ancien ministre de l’Autorité palestinienne, et le Dr Husam Zomlot, un ambassadeur sans poste de l’AP.

Les deux hommes ont longuement parlé du sort du peuple palestinien et ont accusé Israël de limiter le développement économique de la Cisjordanie. Ils ont affirmé qu’Israël a utilisé les accords d’Oslo pour approfondir le contrôle de la zone C – de 60 % de la Cisjordanie, où Israël maintient un contrôle civil et sécuritaire complet. Ils ont également affirmé qu’Israël mettait des obstacles pour la promotion des citoyens arabes d’Israël.

« Il y avait beaucoup de choses qui m’ont mises mal à l’aise [pendant le voyage en Cisjordanie] », a déclaré Jana Marais, « comme la ségrégation et les clôtures et les points de contrôle ».

D’autres dans le groupe ont commenté la qualité de vie à Ramallah, qui est meilleure que celle que connaissent beaucoup de gens qui vivent en Afrique du Sud.

« Ramallah était une surprise rafraîchissante, avec sa modernité et son développement », a déclaré Graham McIntosh, un membre à la retraite du Parlement. « J’ai eu le sentiment que les gens de l’OLP nous ont dit ce qu’ils pensaient que nous voulions entendre. S’ils étaient prêts à répéter ce qu’ils nous ont dit dans les conseils d’administration au sujet du respect du droit d’Israël à exister, en arabe, et dans les rues en dehors de Ramallah, j’aurais eu le sentiment qu’il y avait un véritable leadership en vue de parvenir à la paix ».

Prenant la parole après une visite au mémorial de Yad Vashem, Pelser a insisté sur le fait que « la revendication [israélienne] de 1948 est juste et je pense que les personnes raisonnables devraient le reconnaître ».

Au-delà de cela, a-t-il ajouté : « je pense que le défi pour moi est de faire la distinction entre les critiques [contre Israël] qui sont motivées par la peur et la haine du peuple juif – certaines le sont mais ce n’est pas le cas pour toutes – et quelles critiques permettraient d’améliorer le sort des Juifs et des non-Juifs et ceux dans la région ».

Les membres d'une délégation sud-africaine en visite à la Knesset avec l'ancien député Dov Lipman, en février 2016 (Crédit : WZO)
Les membres d’une délégation sud-africaine en visite à la Knesset avec l’ancien député Dov Lipman, en février 2016 (Crédit : WZO)

L’ancien membre de la Knesset, Rabbi Dov Lipman (Yesh Atid), qui est également le directeur de la diplomatie publique du WZO – qui a organisé et coordonné la logistique de la visite – a dit que l’expérience de cette délégation a confirmé sa forte conviction que « notre vérité est incontestable et convaincante, donc nous allons les amener ici pour découvrir l’histoire complète ».

Lipman a accompagné le groupe, répondant à toutes leurs questions, en passant par la propriété des terres en Israël, au coût de la vie, les factions religieuses et la qualité de vie pour les Arabes israéliens.

En comparant les impressions à la fin du voyage, les huit délégués ont déclaré qu’ils rentraient en Afrique du Sud avec une meilleure compréhension de la complexité de la situation en Israël et mieux équipés pour en discuter.

« Je peux vous dire que je vais à la maison avec le sentiment que je peux commenter et écrire sur ce qui se passe réellement en Israël, avec un certain degré d’autorité », a déclaré Temba Nolutshungu, le directeur du Free Market Foundation.

« Le programme n’a pas été biaisé. Nous sommes opposés à cela », a déclaré le professeur Dagada. « Nos points de vue ont été élargis. Ce fut une semaine tellement enrichissante ».

Les membres d'un délégué sud-africain en visite au mur Occidental, en février 2016 (Crédit : WZO)
Les membres d’un délégué sud-africain en visite au mur Occidental, en février 2016 (Crédit : WZO)
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