Des universitaires interpellent Rouhani sur le décès en prison d’un des leurs
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Des universitaires interpellent Rouhani sur le décès en prison d’un des leurs

Un responsable de la justice a affirmé dimanche que l'homme avait avoué des crimes liés à une enquête pour espionnage

Hassan Rouhani, président iranien, pendant une conférence de presse à Téhéran, le 17 janvier 2017. (Crédit : Atta Kenare/AFP)
Hassan Rouhani, président iranien, pendant une conférence de presse à Téhéran, le 17 janvier 2017. (Crédit : Atta Kenare/AFP)

Des universitaires de premier plan en Iran ont écrit lundi au président Hassan Rouhani pour demander des explications sur le « suicide » présumé en prison d’un écologiste éminent.

Kavous Seyed Emami, universitaire et écologiste irano-canadien de 63 ans, était le directeur de la Fondation pour la faune persane, qui œuvre à la protection des espèces menacées en Iran.

Il avait été arrêté le 24 janvier et sa famille a été informée vendredi de son « suicide » en prison.

Un responsable de la justice a affirmé dimanche que M. Emami avait avoué des crimes liés à une enquête pour espionnage et que sept membres de sa fondation avaient été placés en détention.

« La nouvelle du décès du Dr. Kavous Seyed Emami a surpris et choqué la communauté scientifique et écologique », dit le texte de la lettre ouverte, évoquant un « professeur réputé, un scientifique distingué, un vétéran de guerre et un noble être humain ».

« Les rumeurs sur son arrestation et sur son décès en prison ne sont pas crédibles », ajoute la lettre.

« Nous attendons que vous agissiez d’urgence pour enquêter sérieusement sur ce cas et demander des comptes aux institutions impliquées dans cette perte douloureuse », demandent les quatre associations universitaires à l’origine de la lettre à M. Rouhani, un religieux modéré.

Le militant iranien des droits de l’Homme Emameddin Baghi, qui a été emprisonné plusieurs fois, regrette lui de ne pas avoir rendu public les abus commis dans les prisons iraniennes.

« Lorsque j’ai appris la nouvelle [de la mort de M. Emami], je me suis senti coupable car, pour éviter toute instrumentalisation par les ennemis de l’Iran (…), j’ai refusé de dévoiler les mauvais traitements subis lors de ma détention », a-t-il écrit sur son compte Telegram.

« Si nous avions tous parlé, on saurait pourquoi ce type de catastrophes se produit dans les prisons », a-t-il ajouté.

Un autre écologiste inquiété ?

Interrogé lundi, le porte-parole de la justice iranienne, Gholamhossein Mohseni Ejeie, a indiqué à l’agence Ilna, liée aux réformateurs, avoir entendu qu’Emami s’était « donné la mort mais qu’il ne disposait pas d’informations détaillées sur cet incident qui fait l’objet d’une enquête ».

Le procureur de Téhéran, Abbas Jafari-Dolatabadi, a confirmé dimanche la mort de l’universitaire. « Il s’est malheureusement suicidé en prison », a-t-il indiqué à l’agence Ilna.

M. Emani est le deuxième citoyen irano-canadien à mourir dans les prisons iraniennes après le décès en 2003 de la photojournaliste Zahra Kazemi. Sa mort avait entaché les relations irano-canadiennes pendant plusieurs années. L’Iran ne reconnaît pas la double nationalité et traite donc les détenus concernés comme des citoyens iraniens.

Samedi, M. Jafari-Dolatabadi avait par ailleurs annoncé que plusieurs personnes liées au domaine de l’environnement avaient été arrêtées car soupçonnées d’espionnage, et qu’elles « rassemblaient des informations classifiées dans des lieux stratégiques (…) sous couvert de projets scientifiques et environnementaux. »

Dans le même temps, de nombreuses questions circulent sur le sort du directeur-adjoint de l’Organisation pour la protection de l’environnement, Kaveh Madani, dont un député réformateur a annoncé dimanche l’arrestation.

Sa détention a été démentie plus tard par son organisation, mais le principal intéressé a publié lundi une vidéo sur Instagram suggérant qu’il avait rencontré des problèmes.

« Merci à tous mes amis (…) j’espère que personne ne sera inquiété. Je voulais dire que je suis sain et sauf », a-t-il dit.

Il a affirmé que les accès à sa boîte mail et à ses comptes Twitter et Telegram avaient été coupés.

« Ces problèmes vont passer, (…) l’étroitesse d’esprit sera éliminée et nous pourrons développer notre pays (…) et sauvegarder notre environnement pour la génération suivante ».

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