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Destruction « biblique » causée par l’ouragan Ian à Rosh HaShana

Les Juifs de Sanibel ont évacué leur région ; les résidents orthodoxes de Fort Myers n’ont vu les alertes qu’après Rosh Hashana et ont été bloqués

Sur cette photo prise par un drone, des maisons mobiles endommagées sont éparpillées après le passage de l'ouragan Ian, sur l'île San Carlos, à Fort Myers Beach, en Floride, jeudi 29 septembre 2022. (Crédit : Rebecca Blackwell/AP)
Sur cette photo prise par un drone, des maisons mobiles endommagées sont éparpillées après le passage de l'ouragan Ian, sur l'île San Carlos, à Fort Myers Beach, en Floride, jeudi 29 septembre 2022. (Crédit : Rebecca Blackwell/AP)

JTA – Lundi, après avoir terminé les prières de Rosh Hashana, les fidèles du Bat Yam Temple of the Islands se sont dirigés vers la plage pour accomplir le rituel juif du tashlich, laissant les symboles de leurs péchés être emportés par l’eau chaude du golfe qui entoure l’île de Sanibel.

Le lendemain, presque tous avaient quitté l’île, craignant la colère de ces mêmes eaux alors que l’ouragan Ian s’abattait sur leur région de la côte de la Floride.

Le gouverneur de la Floride, Ron DeSantis, a déclaré que l’île de Sanibel a subi une destruction « biblique » lorsque la tempête a frappé mercredi, apportant avec elle une vague de 4 à 6 mètres et des vents violents. Le pont reliant l’île au continent a été si gravement endommagé que l’accès à l’île est devenu impossible – suscitant des inquiétudes chez les membres de Bat Yam quant à ce qui est arrivé aux deux couples de la synagogue qui sont restés malgré l’ordre d’évacuation du comté.

« Personne n’a de nouvelles de quiconque sur l’île depuis un peu plus de 15 heures, hier », a déclaré Janice Block Chaddock à la Jewish Telegraphic Agency. « Je suis heureuse d’être en vie, heureuse que mon mari et ma mère soient en vie et je suis très inquiète pour mes autres amis de Sanibel ».

Si l’île semble être parmi les endroits les plus durement touchés par Ian, la tempête a laisse derrière elle une traînée de dévastation le long de la côte ouest de la Floride et sur le continent. Environ 2,5 millions de personnes sont privées d’électricité en Floride, où, selon les autorités, la tempête aurait fait de nombreuses victimes et où la reconstruction pourrait prendre des années.

Les principaux centres de la communauté juive de Floride, dans le sud, près de Miami, n’ont connu que des pluies et des vents violents. Mais les villes de Sarasota, Orlando et Naples, toutes durement touchées par Ian, abritent au moins 70 000 Juifs, selon les données sur la population juive américaine publiés en 2020 ; d’autres villes ont des populations juives moins importantes.

Le gouverneur de la Floride, Ron DeSantis, parle lors d’une conférence de presse où il a informé les résidents de la trajectoire de l’ouragan Ian au centre des opérations d’urgence du comté de Pinellas, lundi 26 septembre 2022, à Largo, Fla. (Crédit : Chris O’Meara/AP)

Le rabbin Yitzchok Minkowicz, du centre Habad du sud-ouest de la Floride à Fort Myers, était chez lui quand la tempête s’est abattue sur la ville. Non pas par choix mais parce que l’ordre d’évacuation avait été donné pendant Rosh Hashana, période pendant laquelle les juifs orthodoxes s’abstiennent d’utiliser toute technologie.

« Nous ne pouvions pas partir, car nous n’avons vu ls nouvelles qu’après [la fête] et il était trop tard pour partir », a déclaré Minkowicz.

Fort Myers a subi de graves inondations, mais jeudi matin, alors que l’onde de tempête s’est retirée dans le Golfe du Mexique, Minkowicz s’est mobilisé, ouvrant un abri temporaire à la maison Habad de Fort Myers, lançant une collecte de fonds et diffusant des vidéos sur les efforts de secours de la communauté. À minuit mercredi soir, trois ambulances d’Hatzoloh, le service d’urgence juif, étaient arrivées, et des bénévoles de Miami et de Boca Raton travaillent sur la logistique, comme l’installation d’un générateur et du Wi-Fi dans l’abri temporaire.

Jeudi, le groupe de Minkowicz a organisé un dîner barbecue pour les habitants qui n’ont plus d’électricité ou qui n’ont plus de provisions, et a livré 200 repas de Shabbat aux membres de la communauté.

« Il s’agit maintenant d’aider les gens à se remettre sur pied, les aider à réparer les maisons, leur fournir de la nourriture, à boire, des provisions », a déclaré M. Minkowicz. « C’est notre prochain gros travail ».

Les efforts de secours au-delà de la Floride sont déjà en cours. L’organsation Jewish Federations of North America a ouvert une collecte d’urgence pour les dons et se préparent à fournir des subventions d’urgence aux communautés touchées.

Les eaux de crue entourent des maisons près du centre-ville, un jour après le passage de l’ouragan Ian, à Fort Myers, en Floride, le jeudi 29 septembre 2022. (Crédit : Rebecca Blackwell/AP)

« Bien que nous soyons encore en train d’évaluer les dégâts, il est clair que de nombreuses communautés situées sur le passage de Ian auront des besoins importants », a déclaré Julie Platt, présidente du groupe, dans un communiqué à JTA.

Ville de villégiature connue pour ses nombreux coquillages, ses bâtiments aux couleurs vives et ses noms fantaisistes de rues, de maisons et de restaurants, comme The Blue Giraffe et The Lazy Flamingo, Sanibel a déjà subi des dégâts catastrophiques causés par des ouragans. En 2004, l’ouragan Charley avait divisé l’île Captiva, voisine de Sanibel au nord, en deux parties, modifiant à jamais la géographie de la région.

Block Chaddock, qui est devenue résidente à plein temps de Sanibel en 2018 mais qui a passé des dizaines d’années à visiter ses grands-parents et sa mère sur l’île, se souvient de la dévastation après l’ouragan Charley. Tellement d’arbres avaient été arrachés que les îles avaient l’air « stériles et différentes », dit-elle.

Sur la base du peu qu’elle sait jusqu’à présent, Block Chaddock a le sentiment que la destruction causée par l’ouragan Ian sera bien pire.

Le phare de Sanibel est une structure en fer vieille de 138 ans, inscrite au registre national des lieux historiques, qui a jusqu’à présent survécu aux destructions de l’ouragan Ian. (Crédit : Jackie Hajdenberg/JTA)

Outre l’effondrement de la chaussée, ce qui ne s’était jamais produit auparavant, les images des caméras de rue du début de la tempête mercredi montrent l’une des rues principales de Sanibel, Periwinkle Way, submergée de plusieurs mètres en une heure.

Le Bat Yam Temple of the Islands, qui ne se réunit que pour les offices de Shabbat de novembre à mai, est installé dans une église locale juste à côté de Periwinkle Way. Les fidèles n’ont aucune idée si la structure où les services de Rosh Hashana ont eu lieu lundi est encore debout ou si leur précieuse Torah tchèque sauvée de la Shoah a survécu.

Les fidèles ne pensent pas pouvoir y accéder avant Yom Kippour, la fête juive qui commence mardi soir au coucher du soleil. Le rabbin Nicole Luna du Temple Beth El de Fort Myers a donc invité la communauté Bat Yam à se joindre à sa congrégation pour les offices.

Pour l’instant, les habitants du sud-ouest de la Floride sont sous le choc, et espèrent que les systèmes de communication seront bientôt rétablis pour qu’ils puissent prendre des nouvelles de leurs amis, voisins et membres de leur famille.

Block Chaddock, qui préside le conseil d’administration de Bat Yam et se trouve actuellement en France avec son mari pour obligation professionnelle, a pu localiser plusieurs membres de la direction de Bat Yam, dont beaucoup se sont réfugiés à Fort Myers ou Naples. Mais elle regrette qu’un plus grand nombre de ses voisins n’aient pas décidé de partir.

« Tout ce à quoi je pense en ce moment, c’est à leur santé et à leur sécurité », dit-elle.

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